Les trois attitudes de David, exemplaire dans la détresse

Homélie de la messe de la Saint-Blaise

Rome, (Zenit.org) Anita Bourdin | 819 clics

Dans les moments difficiles de la vie, on ne doit pas « marchander Dieu » en utilisant les autres pour se sauver : l’attitude juste est de faire pénitence, en reconnaissant ses péchés et en se confiant au Seigneur, sans céder à la tentation de « se faire justice soi-même ».

Lors de la messe célébrée ce lundi matin, 3 février, en la chapelle de la Maison Sainte-Marthe du Vatican, le pape François a commenté la lecture tirée du livre de Samuel, proposant l’exemple du roi David, « saint et pécheur », au « moment sombre » de sa fuite de Jérusalem, après la trahison de son fils Absalon, rapporte L’Osservatore Romano.

La vie du peuple

 « Nous avons entendu, a-t-il dit, l’histoire de ce moment si triste de David, lorsqu’il a dû fuir parce que son fils l’avait trahi ». David appelle Absalon « le fils qui est de mon sang », et face à cette « grande trahison », puisque le peuple se range « du côté du fils contre le roi », c’est, pour David, « comme si son fils était mort ».

Le pape a indiqué « trois attitudes » de David. Tout d’abord, « David, homme de gouvernement, prend la réalité comme elle est. Il sait que cette guerre peut faire de nombreux morts dans le peuple », parce qu’il y a « une partie du peuple contre l’autre ». Et, avec réalisme, il fait « le choix de ne pas faire mourir son peuple ». Il aurait pu « lutter dans Jérusalem contre les forces de son fils. Mais il a dit : non, je ne veux pas que Jérusalem soit détruite ! ». Et il a renoncé à emporter l’Arche de l’Alliance, ordonnant aux siens de la laisser à Jérusalem : « Que l’Arche de Dieu reste dans la ville ! ». Tout cela montre, a expliqué le pape, « la première attitude » de David, qui « pour se défendre, n’utilise pas Dieu ni son peuple », parce qu’il « nourrit un amour immense » pour l’un et l’autre.

« Dans les moments durs de la vie, a fait observer le pape, il peut arriver que dans le désespoir, on cherche à se défendre comme on peut », en « utilisant Dieu et les gens ». David, lui, nous montre comme « première attitude » précisément « celle de ne pas utiliser Dieu et son peuple ».

Un chemin de pénitence

La seconde attitude de David est la pénitence : « il gravissait en pleurant » la montagne « tête voilée et pieds nus ». Mais, a commenté le pape, « pensez à ce que cela signifie de gravir la montagne pieds nus ! ». Et le peuple qui était avec lui faisait la même chose : il « avait la tête voilée et montait en pleurant ».

« C’est un chemin pénitentiel ». Peut-être, a poursuivi le pape, « dans son cœur », David pensait-il à ce moment-là à « toutes les mauvaises choses » et à « tous les péchés qu’il avait commis ». Et il se disait probablement : « Je ne suis pas innocent ! Ce n’est pas juste que mon fils me fasse cela, mais je ne suis pas un saint ! ». C’est dans cet esprit que David « choisit la pénitence : il pleure, il fait pénitence ». Et cette « montagne qu’il gravissait », a ajouté le pape, « nous fait penser à la montée de Jésus. Lui aussi, souffrant et les pieds nus, avec sa croix, gravissait la montagne ».

Et nous, a continué le pape, si « quelque chose de ce genre arrive dans notre vie, nous cherchons toujours – c’est un instinct que nous avons – à nous justifier ». Au contraire, « David ne se justifie pas. Il est réaliste. Il cherche à sauver l’Arche de Dieu et son peuple. Et il fait pénitence, en gravissant la montagne. C’est pour cette raison qu’il « est un grand : un grand pécheur et un grand saint ». Certes, a encore précisé le pape, seul « Dieu sait comment ces deux choses vont ensemble. Mais c’est la vérité !».

Mettre sa confiance dans le Seigneur

Le long de son chemin pénitentiel, le roi rencontre un homme qui s’appelait Shiméi, qui lui « lançait des pierres » ainsi qu’à ceux qui l’accompagnaient. C’est « un ennemi » qui maudissait et « disait des gros mots » à David. C’est ainsi qu’Abishaï, « un des amis de David », propose au roi de le capturer et de le tuer : « Ce chien crevé », l’appelle-t-il avec le langage de son temps pour montrer combien Shiméi est « une personne mauvaise ». Mais David l’en empêche et « au lieu de choisir la vengeance contre tant d’insultes, il choisit de se confier en Dieu ». David s’explique ainsi : « Même le fils qui est de mon sang s'attaque à ma vie : à plus forte raison ce descendant de Benjamin ! Laissez-le maudire, si le Seigneur le lui a ordonné. Peut-être que le Seigneur considérera ma misère et me rendra le bonheur au lieu de sa malédiction d'aujourd'hui ». Voici la troisième attitude : David « se confie dans le Seigneur ».

Ce sont précisément « ces trois attitudes de David, dans un moment sombre, dans un moment d’épreuve, qui peuvent nous aider tous », lorsque nous nous trouvons dans des situations difficiles. Nous ne devons pas « négocier notre appartenance ». Et puis, a répété le pape, il faut « accepter la pénitence », comprendre les raisons pour lesquelles on a « besoin de faire pénitence » et ainsi, savoir « pleurer sur nos erreurs, sur nos péchés ». Enfin, il ne faut pas chercher à se faire justice soi-même mais il faut « se confier en Dieu ».

Le pape François a conclu l’homélie en invitant à invoquer David, que nous « vénérons comme un saint », en lui demandant de nous enseigner à vivre « ces attitudes dans les moments durs de la vie ». Pour que chacun puisse être « un homme qui aime Dieu, qui aime son peuple et ne le marchande pas ; un homme qui se sait pécheur et qui fait pénitence, un homme qui est sûr de son Dieu et qui se confie en lui ».

Comme c’est la tradition, pour la fête de saint Blaise, deux prêtres ont donné au pape et à toutes les personnes présentes la bénédiction avec deux cierges posées sur la gorge en forme de croix, au terme de la messe.

Traduction d'Hélène Ginabat