Les urnes du Conclave: une ancienne tradition stylisée

Brève histoire des symboles de l'élection du pape

Rome, (Zenit.org) Salvatore Cernuzio | 1179 clics

Le Conclave est désormais aux portes. Et la période de la vacance du Siège apostolique dans laquelle se trouve l’Eglise étant due, non à la mort du pape, mais à sa « renonciation », l’attention mondiale sur cet événement atteint des sommets inédits.

Alors que les medias du monde entier cherchent à expliquer en détail les différentes étapes de la procédure qui conduira à l’élection du nouveau pape, l’opinion publique continue d’imaginer, fascinée,  les 115 barrettes rouges dans les splendides décors de la Chapelle Sixtine, en train de prier l’Esprit Saint de leur donner du discernement sur le nom à voter.

Le moment le plus délicat du conclave est certainement celui du Scrutinium. La première phase prévoit la préparation et la distribution de deux ou trois bulletins à chaque cardinal électeur, par les cérémoniaires, et le tirage au sort par le dernier cardinal diacre de trois scrutateurs, appelés « infirmarii », qui auront la charge éventuellement de recueillir les votes des cardinaux malades à la Domus Sanctae Marthae.

Puis chaque cardinal écrit sur son propre bulletin, sous la phrase « Eligo in Summum Pontificem», le nom, en caractères lisibles, du cardinal qui, selon lui, serait plus apte à assumer le rôle de Pasteur de l’Eglise universelle.

Un cardinal à la fois, tenant dans sa main son bulletin plié en deux et bien visible, s’approche de l’autel où est posée une urne et une forme de patène dessus. Aux pieds du Jugement Dernier de Michel Ange, il prêtera serment et, après avoir posé son bulletin,  le lèvera en l’air puis le laissera glisser à l’intérieur de l’urne, avant de retourner à sa place.

Après les opérations de vote vient celle du dépouillement. Le premier scrutateur agite les bulletins dans l’urne, tandis que  le dernier scrutateur les compte un à un, en les posant dans une autre urne vide plus petite. Si le nombre ne correspond pas au nombre des cardinaux électeurs les bulletins sont aussitôt brûlés, sans être dépouillés.

La tradition des urnes (autrefois des calices) est une des traditions les plus anciennes de l’Eglise catholique pour élire un pape, comme en témoigne une tapisserie exposée dans la galerie des Musées du Vatican. Celle-ci  illustre un épisode de l’élection du pape Urbain VIII (1623-1644) : arrivé au scrutin final, le scrutateur au moment de compter, s’aperçoit qu’il manque un bulletin.

Sur le côté droit de la tapisserie, on voit bien le scrutateur regarder à l’intérieur du grand calice (l’urne) d’un air attentif, comme s’il vérifiait bien qu’il en manquait un.

Un calice très similaire à celui de la tapisserie et une patène sont conservés à la sacristie pontificale de la Chapelle Sixtine.  C’est là que les bulletins de vote des conclaves du siècle passé étaient  recueillis, jusqu’à l’élection de Jean-Paul II en octobre 1978.

La Constitution apostolique de Jean-Paul II, « Universi Dominici gregis », de 1996, reflète la nécessité d’adapter les urnes aux nouvelles normes. Il fallait ajouter aux traditionnels calice et patène une nouvelle urne destinée à recueillir les votes de cardinaux électeurs, malades ou affectés de problèmes physiques qui ne pouvaient pas s’éloigner de leur chambre et assister aux scrutins dans la Chapelle Sixtine.

Au lieu de réaliser la seule urne manquante, il fut décidé d’en projeter trois nouvelles, plus fonctionnelles, formant un ensemble plus esthétique, dans un style et une manufacture plus artistiques et dignes de la fonction qu’elles auraient à remplir.

Au chapitre V de la Constitution apostolique, on parle d’un petit plateau à joindre à la première des urnes. Chaque cardinal, lit-on, devra « déposer sur le plateau et, par son moyen, le mettre dans l'urne » ci-dessous. La deuxième urne (cadenassée) sera utilisée uniquement dans le cas où d’éventuels cardinaux malades seraient dans l’impossibilité de quitter leurs chambres, alors que la troisième servira à recueillir les bulletins après le scrutin.

Après quoi les bulletins sont donc brûlés provoquant la tant attendue « fumée »: si celle-ci est noire, elle annonce aux fidèles que l’élection du pape n’a pas eu lieu, si elle est blanche, elle annonce « la grande joie » de l’élection du nouveau pape. Aujourd’hui, on a prévu un second poêle où l’on fait en même temps brûler des fumigènes qui s’échappent par le même conduit, pour évier le doute sur la couleur de la fumée.

Les trois urnes ont été réalisées en argent et bronze par le sculpteur Cecco Bonanotte et utilisées pour le vote d’avril 2005. Leur langage iconographique renvoie à des symboles traditionnels, choisis par l’artiste en personne. Tout d’abord le berger et son troupeau pour rappeler que le pape est le « bon Pasteur » qui « confirme ses frères » (Lc 22,31) dans la foi en Jésus-Christ. Puis les oiseaux, les épis de blé et le raisin, qui symbolisent l’amour entre Jésus et Pierre et, par conséquent, entre le Saint-Père et l’Eglise. Pour finir, le pain et le vin eucharistiques qui renforcent l’idée de la charité soulignée par le partage du même pain et du même calice.