Liban: former les jeunes à la nouvelle évangélisation

Par le fondateur des "Sentinelles du Matin de Pâques"

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Propos recueillis par Robert Cheaib
Traduction d’Océane Le Gall

ROME, mardi 11 septembre 2012 (ZENIT.org) – Préparer les jeunes libanais à la  mission et à la nouvelle évangélisation: c’était le but de la rencontre organisée à Harissa, près de Beyrouth, du vendredi 7 au dimanche 9 septembre 2012,  à la veille de la visite de Benoît XVI au Liban (14-16 septembre).

La rencontre, qui avait lieu au sanctuaire de Notre-Dame du Liban, à l’initiative du P. Boulos Fahed de l’ordre Maronite de la Bienheureuse Vierge Marie, était animée par deux formateurs de jeunes : le P. Daniel Ange, fondateur du mouvement «Jeunesse Lumière» (JL) et le P. Gianni Castorani, fondateur de l’Ecole d’Evangélisation italienne « Sentinelles du Matin de Pâques ».

Le P. Gianni Castorani est prêtre du diocèse de Florence. Après avoir vécu pendant trois ans l’expérience de Jeunesse Lumière avec Daniel Ange, il a porté en Italie cette réalité qui se propose de former les jeunes à la nouvelle évangélisation.
Chaque année l’Ecole d’Evangélisation accueille des jeunes qui souhaitent se consacrer un an ou plus au Seigneur pour se former spirituellement, théologiquement, humainement, et vivre une vie de prière, afin d’être des jeunes qui annoncent l’Evangile aux autres jeunes.

Ce que résume très bien la formule de Daniel Ange: « de jeunes apôtres témoins de la lumière qui donnent une année au Seigneur, un temps pour leur cœur, pour se rendre disponibles, pour écouter et être envoyés, pour ramener au Père ses enfants dispersés. Une Petite lueur dans une nuit sans étoiles ».

Dans un entretien avec Zenit, Gianni Castorani explique le sens de ces rencontres de formation à la nouvelle évangélisation, en vue de la rencontre du pape avec les jeunes le 15 septembre 2012 à Bkerké, siège du patriarcat maronite.

Zenit - Quel était l’objectif de votre rencontre de préparation avec les jeunes?

P. Gianni Castorani - L’objectif principal était de préparer les jeunes à l’arrivée du pape dans les prochains jours. Nous voulons les encourager car nous savons que le Liban est le seul territoire à avoir une présence chrétienne significative au Moyen Orient. Il est important que les jeunes chrétiens libanais restent au Liban pour témoigner et faire œuvre d’évangélisation. Donc notre objectif est de les encourager, de les consoler ou de leur donner confiance. La perspective est de les aider à mieux percevoir le chemin de sainteté. Si les jeunes chrétiens quittent le pays, il ne restera qu’un grand vide. C’est pourquoi Daniel Ange tient beaucoup à être proche des chrétiens libanais et en particulier des jeunes.

Ceux qui connaissent Daniel Ange savent sa prédilection pour le Liban. Pourquoi un tel amour le lie au Liban ?

Daniel Ange a visité le Liban pour la première fois dans les années 80 avec la bénédiction et sous mandat de Jean Paul II.  Le pape lui avait alors dit cette très belle phrase: « Le Liban c’est la fille blessé de l’humanité ». Pourquoi le Liban est-il « blessé » ? – parce que le peuple libanais est très accueillant et cet accueil fait qu’il finit par être agressé. Les libanais sont un peuple généreux, accueillant, joyeux, peuple bien-aimé du Seigneur.

Revenir au Liban après tant d’années pour préparer la visite du pape c’est renouveler cette confiance et cet accueil.

Par ailleurs, tous les jeunes qui ont été en France à l’école de JL pour se préparer à l’évangélisation et qui sont ensuite rentrés au Liban pour s’y consacrer sont un autre lien important avec le Liban. L’un d’entre eux est aujourd’hui prêtre.

Durant sa permanence au Liban, Daniel Ange a eu des expériences fortes. Par exemple, durant la guerre, une nuit de Noël, il a célébré la messe au front et cette nuit-là a été une nuit de paix. Nous l’avons vu comme un miracle.

Vous êtes des jeunes qui se consacrent à l’évangélisation, une nouvelle réalité. Vous fréquentez des endroits « chauds » comme Riccione. Vous faites de l’évangélisation aussi auprès des prostituées. Qu’avez-vous voulu transmettre aux jeunes libanais de votre expérience?

Tout d’abord nous avons voulu transmettre cette exigence d’une nouvelle évangélisation. C’est un mandat auquel Jean Paul II tenait tant, ce fut le grand slogan de son pontificat. Un des objectifs est d’éveiller les jeunes à la nouvelle évangélisation. L’Ecole d’évangélisation fait partie du Conseil pontifical pour la promotion de la nouvelle évangélisation et notre visite au Liban visait à susciter ce zèle.

Le charisme de notre Ecole est celui de la contemplation/adoration et mission. Nous vivons la contemplation et tous les trois mois partons en mission. Daniel Ange est d’origine monastique. Nous contemplons le visage de Jésus et allons ensuite le porter aux jeunes sur les plages, dans les rues, dans les discothèques. Comme Marie Madeleine le matin de Pâques qui contemple le Christ ressuscité puis va l’annoncer aux autres disciples.

Le cœur de la mission est le témoignage : nous racontons notre rencontre avec le Christ dans le notre vie.

Qui connaît votre expérience, sait qu’elle tourne autour de quatre piliers: la prière, la communauté, la formation et la mission. Qu’avez-vous transmis au Liban de tout ça?

Nous avons voulu proposer aux jeunes libanais de se former, le Liban étant « terre de mission ». Beaucoup se consacrent au service civil avec bonne volonté, cependant en tant que chrétiens, les jeunes ont besoin de savoir que le premier service social à rendre c’est l’évangélisation, comme disait Jean Paul II. En effet, il est important qu’une Eglise fasse œuvre de charité mais – comme disait Mère Teresa – nous ne sommes pas des assistants sociaux. L’Eglise existe pour évangéliser comme disait Paul VI dans Evangelii nuntiandi.

Il ne faut pas dissocier l’évangélisation et la charité, ce sont deux dimensions qui vont de pair. A quoi sert-il en effet de faire des œuvres sociales si c’est pour ensuite ne pas donner au peuple l’essentiel, c’est-à-dire Dieu. L’Europe déchristianisée perd son identité. Sa crise économique n’est que l’épiphénomène d’une crise des valeurs, une crise de la foi. Donc notre appel aux jeunes libanais est de se former et d’aller sur les routes annoncer le Christ qu’ils ont rencontré et contemplé.