Lutte contre les abus sur mineurs : une nouvelle culture dans l'Eglise

Mgr Tomasi au Comité sur la Convention contre la torture

Rome, (Zenit.org) H. Sergio Mora | 634 clics

Mgr Tomasi souligne « une diminution des cas de pédophilie dans le clergé » : « un signe que les mesures prises sont efficaces et qu’une nouvelle culture est entrée dans l’Église ».

L’Église, explique-t-il, a en effet lancé une action « de nettoyage » en réseau, créant aussi « les conditions pour prévenir ce type de crime » dans la formation des futurs prêtres et appelant « à dénoncer immédiatement les nouveaux cas ».

Selon la procédure ordinaire appliquée aux États signataires, Mgr Silvano M. Tomasi, représentant du Saint-Siège au Bureau des Nations Unies et des institutions spécialisées à Genève, a présenté le rapport du Saint-Siège au Comité de l'ONU sur la Convention contre la torture (CAT), les 5 et 6 mai 2014 (cf. Zenit du 6 mai 2014).

Parmi les questions posées par le Comité : les cas d’abus sur mineurs commis par des membres du clergé. Le Saint-Siège a fait observer que si sa « voix morale » atteignait les catholiques du monde entier, cependant il n'avait pas juridiction sur ces catholiques, soumis au droit de leurs propres pays.

Il a aussi indiqué les mesures prises par l’Église ces dernières années dans les séminaires pour former les futurs prêtres, révélant qu’entre 2004 et 2013, 848 prêtres avaient été expulsés.

Mgr Tomasi souligne l’objectif final de ces mesures pour les lecteurs de Zenit : « protéger les enfants et leur garantir une croissance saine et sereine, afin qu’ils soient des personnes constructives pour la société dans laquelle ils doivent vivre ».

Zenit – Au comité de l’Onu, les dialogues ont mélangé la torture et les cas d’abus ?

Mgr Silvano M. Tomasi – Certains membres du Comité de l’ACAT ont un peu transformé la situation en renvoyant à un article de la convention contre la torture, l’article 16, dans lequel on parle de comportement cruel, dégradant et inhumain. En considérant que l'abus sexuel est une action de ce type, ils ont ouvert la porte à ces questions qui sont par ailleurs très appétissantes pour les médias.

Que pense le Saint-Siège ?

La définition de « torture » dans la convention est très précise et son extension visant à inclure les abus sexuels n’est pour le moment pas acceptée par les autorités sur les droits de l’homme. Naturellement, l’Église catholique rejette toute action qui viole la dignité humaine. Mais il y avait peut-être un autre objectif dans cette discussion. Du reste, divers médias ont souvent répété que l’Église a entravé ou continue d’entraver le jugement de religieux ou prêtres qui ont commis des crimes contre mineurs, ou qu’elle ignore cette réalité ou encore qu'elle n’a pas pris d’initiatives cohérentes.

Vous avez répondu en présentant des chiffres...

Les statistiques disponibles montrent clairement qu’au cours de ces dix dernières années, l’Église a vraiment fait une action en réseau, dirais-je, de nettoyage chez elle en cherchant à punir les coupables d’un point de vue canonique, mais en laissant aussi les États dont ils sont citoyens ou résidents les sanctionner. Et elle a créé les conditions pour prévenir ce type de crime en prenant des mesures spécifiques dans la formation des futurs prêtres et en instituant, grâce au pape François, une Commission pour la protection des mineurs.

Et concernant les victimes ?

L’Église a cherché le plus possible à donne une compensation aux victimes. Elle l’a fait avec des aides financières, en donnant par exemple aux États-Unis plus de 2.5 milliards de dollars. Mais elle l’a fait aussi en offrant des aides morales, en donnant des conseil et un soutien spirituel pour faciliter leur intégration dans la société et leur retour à une vie normale.

En dix ans, 848 prêtres ont été expulsés de l’Église, c’est bien ça ?

Oui, c’est un fait, c’est la réalité. Il faut aussi tenir compte que la majorité des cas de pédophilie connus, ont eu lieu dans les années 60, 70, 80. Donc si les plaintes déposées à la Congrégation pour la doctrine de la foi sont récentes, cela ne veut pas dire que ces cas d’abus ont eu lieu quand ils ont été rapportés au tribunal civil ou ecclésiastique, mais souvent très longtemps avant.

Et quelle est la tendance aujourd’hui ?

Nous devons considérer que la tendance des dernières années va vers une diminution des cas de pédophilie dans le clergé. Ceci est un signe, me semble-t-il, que les mesures prises sont efficaces et qu’une nouvelle culture est entrée dans l’Église et dans les milieux qui lui sont proches. Cette nouvelle culture consiste à dénoncer immédiatement les nouveaux cas, tant du coté des autorités civiles que du côté ecclésiastique. Certes, le meilleur chemin est de faire tout son possible pour vivre correctement notre vie sacerdotale et notre service à l’Église.

Le comité contre la torture a-t-il posé des questions sur les abus seulement au Vatican, ou également aux autres États ?

Oui, le Comité a posé à d’autres pays aussi des questions sur les abus sexuels sur mineurs. Il y aurait, me semble-t-il, deux observations à faire à ce sujet. La première c’est que l’attention des moyens de communication se concentre sur l’Église et qu’ils ont braqué leurs projecteurs dessus, parce que l’on comprend que le personnel de l’Église doit être d’extrême confiance. Quand des crimes sont commis sur des mineurs, non seulement un crime est commis, mais il y a une rupture de la confiance qui devrait être garantie.

Et la seconde observation ?

Il faut remettre ces faits survenus dans l’Église, dans le contexte de la situation générale, mondiale, car l’Organisation mondiale de la santé parle de plus de 40 millions de cas de pédophilie par an et la très grande majorité de ces cas ont lieu au sein de la famille ou dans d’autres catégories de personnes impliquées, comme les enseignants dans les écoles publiques, les professionnels de diverses natures ou institutions, des boy-scout, aux casques bleus, au Parlement anglais, comme rapporté par la presse. 

Ces chiffres de l’OMS sont terribles !

C’est pourquoi, quand on parle de l’Église il faut un sens de la perspective pour comprendre que le problème va au-delà, et que tout le monde doit sentir l’exigence de protéger les enfants : l'objectif final est leur protection et leur garantir une croissance saine et sereine, de manière à ce qu’ils puissent être des personnes constructives pour la société dans laquelle ils devront vivre.

Quelle culture y a-t-il à la racine de ces faits ?

Il me semble qu’à la racine du phénomène « pédophilie » il y a une culture basée sur des formes extrêmes d’individualisme, qui tendent à justifier n’importe quel comportement et à faire de chaque désir et velléité un droit humain. Au contraire, la culture qui se fonde sur la tradition chrétienne se fait promotrice de la dignité de la personne et de son ouverture à la transcendance et elle soutient un concept de liberté lié à la responsabilité des actions que l’ont fait.

Nous avons deux cultures qui avancent sur deux rails différents. Pour nous chrétiens, se pose donc la question : comment la force de l’Évangile peut-elle aujourd’hui opérer pour transformer cette culture de l’individualisme extrême et devenir un ferment de vie pour le développement sain de la société ?

Traduction d'Océane Le Gall