Marie, demeure de Dieu sur la terre, entre dans la Demeure de Dieu

Solennité de l'Assomption de Marie au ciel - 15 Août 2013

Paris, (Zenit.org) Mgr Francesco Follo | 994 clics

Ap 11,19a; 12,1-6a.10ab; Sal 44; 1 Co 15,20-27a; Lc 1, 39-56

1) Assomption : la fête d'un début, pour servir

  L’Assomption de Marie nous montre que la mort n’est pas la fin de la vie, mais la frontière entre la vie terrestre vécue dans la foi et la vie céleste vécue dans la vision, mais aussi, dans le service.
   Cela est vrai. D’une part, la mort de la mère de Dieu et de chacun de nous conclut une existence que le dessin divin de salut avait continuellement liée au Christ.
Le pèlerinage mariale terrestre fut à la fois physique (de Nazareth à Bethléem, de Bethléem à l’Egypte, de l’Egypte à Nazareth, de Nazareth à Jérusalem, jusqu’à Ephèse)  et spirituel  (un pèlerinage de foi, d’obéissance et d’amour, en partant du propre cœur pour arriver à celui de Dieu, donnant au Christ un cœur de chair). « La Vierge immaculée, préservée par Dieu de toute souillure de la faute originelle, ayant accompli le cours de sa vie terrestre, fut élevée corps et âme à la gloire du ciel, et exaltée par le Seigneur comme la Reine de l’univers, pour être ainsi plus entièrement conforme à son Fils, Seigneur des seigneurs (cf. Ap 19, 16), victorieux du péché et de la mort » (Conc. Ec. Vatican II, Lumen Gentium, n59). « (Ainsi, dans son assomption au ciel) Marie, est comme enveloppée dans toute la réalité de la communion des saints, et son union même à son Fils dans la gloire est toute tendue vers la plénitude définitive du Royaume, lorsque Dieu sera tout en tous » (cf. Encyclique Redemptoris Mater n.41).
    Il est aussi vrai que, d'autre part, pour Marie, la mort et l’assomption furent le début d’une vie heureuse. Le Bienheureux Jean-Paul II  affirma que Marie a été acceptée au ciel pour qu’elle puisse continuer son rôle de mère, de médiatrice de clémence dans la venue définitive du Christ juge et vivifiant de toutes les créatures (cf. Encyclique Redemptoris Mater n.41).
    « Marie – écrivait le Saint Père Jean Paul II - a été acceptée pour servir  « servante  du Seigneur » dans la gloire éternelle. Marie prépare et sert le Règne final du Fils. « La gloire de servir » ne cesse d’être son exaltation royale : acceptée au ciel, elle ne termine pas son service salvifique, dans lequel la médiation maternelle s’exprime jusqu' au couronnement perpétuel de tous les élus » (id, 41). Personne plus que Marie n’a eu confiance en Dieu, comme il en ressort de ses paroles  prononcées dans le Magnificat : « Mon âme magnifie le Seigneur », c’est à dire Elle proclame « grand » son Seigneur, et désire donc que Dieu soit grand dans le monde, soit grand dans sa vie, soit présent parmi nous tous  (Benoît XVI, homélie du 25 Août 2005).
    La Mère du Christ nous montre maternellement que Dieu est Père, grand dans la miséricorde, et non un ‘concurrent’ dans notre vie, comme s’il était un despote, un de ceux qui veut nous enlever quelque chose de notre liberté. Elle sait que si Dieu est grand, nous aussi sommes grands, et nous devons nous efforcer, avec Marie, de comprendre qu'au ciel nous pourrons être acceptés, pris, accueillis, uniquement si Dieu est  grand dans  notre vie, partout, et dans tous les moments de notre vie.
    Dieu manifeste sa grandeur en se faisant ‘petit’ avec nous pour être accueilli, gardé et aimé, et l’homme qui est réellement petit, peut être grand avec Dieu et vivre, en lui et avec lui, pour l’éternité.
    Prions constamment  la Madonne, qui parce qu’elle est avec Dieu et en Dieu, est proche de nous tous, connaît notre cœur, peut entendre nos prières, peut nous aider avec sa bonté maternelle. Nous pouvons donc, " confier toute notre vie à cette mère qui n’est loin d’aucun de nous.


   2) Une Fête réconfortante

   La fête d’aujourd’hui nous console parce que l’on célèbre non seulement le fait prodigieux de l’Assomption au ciel de la mère de Jésus, corps et âme, mais aussi la foi avec laquelle nous croyons que nous serons avec elle dans la gloire. Et nous le serons, si nous faisons l’« impossible » pour vivre comme elle dans la foi, dans la prière, dans l’espoir, dans la charité et dans le service, si nous savons transfigurer chaque souffrance, même celle de nos péchés, en pureté et amour, si nous nous adressons à elle, toujours, pour être dignes du pardon et de la miséricorde du Christ.
    Marie, acceptée au  ciel signifie que l’amour gagne sur la mort et que la mort n’est pas la fin, mais plutôt la frontière entre une condition de mortalité et une condition d’immortalité.
    Comme Marie a embrassé la divinité du Verbe, le Ressuscité embrasse l’incomparable humanité de Marie. L’Assomption est donc une espèce de restitution de la part du Christ, de l’embrassement reçu sur la terre par sa mère; nous  sommes nous aussi, compris dans cette embrassade.
   Cela est  très significatif que, pour la fête de l’Assomption, la liturgie choisisse le chant du magnificat, où la Madonne loue Dieu et montre comment ses yeux pleins de grâce et de foi regardent la réalité.
    Elle est heureuse parce que le Seigneur a regardé (le texte grec utilise un verbe qui signifie " regarder en bas") son humilité, c’est-à-dire son être  « humus », terre. Dieu regarde donc  en bas, vers nous dans notre réalité de poussière. Cette poussière, humble par définition, est observée par Dieu, par son amour. Cette conscience d’être poussière, d’être petite, a permis à la Madonne, de dire oui, Amen (= je crois) et d’être certaine qu’elle, petite femme, ne portait pas dans son ventre, un petit mais un grand Homme : «  le Tout-Puissant a fait en moi de grandes choses ».
Dans cette fête de l'Assomption, disons avec la Vierge Marie le Magnificat, reconnaissant que notre petitesse peut accueillir la grandeur du Christ comme sa mère l’a fait. Si nous agissons de cette façon, nous participerons, non seulement à la joie, mais à l’Assomption.
    A cette vocation, les vierges consacrées sont particulièrement engagées comme l’indique le rituel de leur consécration  les invitant à la prière des louanges (cf. n. 27 : « Recevez le livre de la prière de l’Eglise. Ne cessez jamais de louer le Seigneur ». Je me permets de leur rappeler l’invitation de Saint Ambroise faite à ses consœurs : « Que l’âme de Marie soit en chacune d’elles pour magnifier le Seigneur; que l’esprit de Marie soit en chacune d’elles pour exulter  en Dieu. S’il existe une seule mère du Christ selon la chair, selon la foi, alors Christ est le fruit de tous car chaque âme reçoit le Verbe de Dieu à condition que, immaculée et sans vices, elle garde la chasteté avec une pudeur sans tâches ». (Commentaire de saint Luc 2,26 : PL 15,1642).
    Comme Marie, la plus petite sœur de Marthe, elles « ont choisi la meilleur part ». Aujourd'hui, comme  la grande Marie, toujours Vierge et Mère de Dieu, elles prient le Magnificat, pour obtenir pour elles-mêmes et pour toute l’Eglise la meilleure part : celle d’être inséparablement unies au Seigneur pour être toujours avec lui, dans la joie sans fin.

Lecture Patristique
Saint Bernard de Clairvaux
1er Sermon sur l’Assomption

« En montant aujourd'hui dans les cieux, la glorieuse Vierge a certainement porté à son comble la joie des citoyens du Ciel. Car elle n'est, rien moins que celle dont la voix fit tressaillir de joie, dans les entrailles d'une mère qu'elle a saluée, l'enfant qui y était encore enfermé. Si l'âme d'un enfant qui n'était pas encore né, s'est fondue de bonheur à la voix de Marie, quelle ne dut pas être l'allégresse des esprits célestes quand ils eurent le bonheur d'entendre sa voix, de contempler son visage?
       Et même pour nous, mes frères bien-aimés, le jour de son Assomption est une fête splendide, c’est un motif de joie et de bonheur.
      La présence de Marie éclaire le monde entier. C'est donc avec raison que les actions de grâce et les chants de gloire retentissent dans les cieux; mais nous, mes frères, il semble que nous avons plus de motifs de gémir que d'applaudir.
            En effet, ce monde inférieur ne doit-il pas proportionner son deuil, quand elle le quitte, à l'allégresse même que sa présence répand dans les cieux?
            Pourtant, trêve de plaintes chez nous, car, après tout, nous. n'avons point ici une cité permanente, nous aspirons, à celle où Marie fait aujourd'hui son entrée; si nous devons un jour en être citoyens, il est juste que, même dans notre exil, nous l'ayons présente à la pensée, nous participions à ses joies, nous partagions son allégresse, surtout à celle qui remplit si bien aujourd'hui même, comme un torrent, cette cité de Dieu, que, même ici-bas, nous en recevons quelques gouttes qui tombent jusque sur la terre.
           Notre Reine nous a précédés, et le glorieux accueil qui lui est fait doit nous engager à suivre Notre Dame, nous ses humbles serviteurs. Notre exil a envoyé en avant une avocate qui, en sa qualité de mère de notre Juge, de mère de la miséricorde, doit traiter en suppliante, mais en suppliante écoutée, l'affaire de notre salut.
           Mais qui pourra se faire une juste idée de la gloire au sein de laquelle la reine du monde s'est avancée aujourd'hui, de l'empressement plein d'amour avec lequel toute la multitude des légions célestes s'est portée à sa rencontre; au milieu de quels cantiques de gloire elle a.été conduite à son trône, avec quel visage paisible, quel air serein, quels joyeux embrassements, elle a été accueillie par son Fils, élevée par lui au-dessus de toutes les créatures avec tout l'honneur dont une telle mère est digne, et avec toute la pompe et l'éclat qui conviennent à un tel Fils?
                 Mais laissons plutôt la place aux cantiques de louanges car ce jour doit être consacré tout entier à des chants de fête. »