Marie-Eugénie a voulu « unir éducation et contemplation », par Mgr Duthel

Le charisme de la fondatrice des religieuses de l’Assomption, par le postulateur

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ROME, Mercredi 30 mai 2007 (ZENIT.org) – Marie-Eugénie de Jésus (au siècle Milleret de Brou), qui sera canonisée dimanche 3 juin par Benoît XVI, a voulu « unir éducation et contemplation », a confié aujourd’hui au micro de Radio Vatican le postulateur de la cause de canonisation, Mgr François Duthel. Nous traduisons de l’italien.



Mgr Duthel rappelait que « Marie Eugénie est née à Metz, en France, en 1817. Elle appartenait à une famille aisée de la bourgeoisie française. Très jeune, elles s’était interrogée sur le sens de la vie, et elle avait cherché à se donner des réponses. Cela lui fit prendre conscience de la superficialité de l’éducation donnée aux jeunes filles de son milieu social. En outre, dans un contexte historique encore fortement marqué par les idées de la Révolution française, elle comprenait que beaucoup de valeurs spirituelles avaient été perdues. Cette double prise de conscience fit naître en elle le désir d’apporter sa petite pierre à la construction d’une société transformée par les valeurs de l’Evangile, sans pourtant renier les idéaux les plus hauts de la Révolution. Convertiée à l’âge adulte, en passant d’une foi conventionnelle à une foi personnelle, et engagée, Marie-Eugénie Milleret répondit à l’appel de Dieu et fonda une congrégation religieuse apostolique et en même temps profondément contemplative ».

Et de préciser : « Marie-Eugénie avait un projet de vie apostolique fortement enraciné dans uen vie de prière profonde. Dès le début, elle a voulu unir éducation et contemplation. Elle disait que les femmes consacrées à la mission d’éduquer ‘ont besoin plus que les autres d’une intense vie de contemplation et d’adoration’. La spiritualité qu’elle a voulu donner à la congrégation est centrée sur Jésus Christ, la Parole faite chair, pour redonner à l’homme sa pleine dignité d’enfant de Dieu. Pour elle, chaque personne est unique et appelée à devenir ce que Dieu a voulu qu’elle soit et à réaliser sa mission sur la terre, là où elle vit. La pédagogie de Marie-Eugénie est animée de la vision de l’homme et du monde créés à l’image de Dieu. Les religieuses de l’Assomption vivent ce charisme en communauté. Contemplation, mission et vie fraternelle sont vécues en profonde unité entre elles ».

Pour ce qui est contexte dans lequel Marie-Eugénie a réalisé sa mission, Mgr Duthel ajoutait : « Elle a vécu au XIXe siècle, un siècle complexe, à la recherche d’un équilibre après les bouleversements de la Révolution. Un siècle traversé par des luttes passionnées pour la liberté, un siècle de grandes découvertes : la première locomotive, la photographie ; le siècle de la première industrialisation qui a contribué à approfondir le fossé entre les différentes classes sociales. Un siècle marqué par l’égoïsme, par une religiosité étroite, ou par la négation de Dieu. Mais aussi par une nouvelle floraison de saints : Thérèse de Lisieux, le curé d’Ars, don Bosco, Bernadette Soubirous. Un siècle, enfin, d’apôtres et de prophètes, de pionniers tournés vers l’avenir. Parmi eux, il y a Marie-Eugénie Milleret qui a compris comment, pour construire un monde chrétien selon l’Evangile, au lendemain de la Révolution, l’Eglise avait besoin de se consacrer à l’éducation chrétienne des jeunes. C’est dans ce contexte historique très particulier qu’il faut situer la vie de Marie-Eugénie Milleret. Ses intuitions lui feront faire un chemin dans la ligne de la restauration évangélique et chrétienne de la société qui sera ensuite confirmée par les orientatinos de Vatican II ».

Mgr Duthel évoquait également cet épisode significatif de la vie de la beinheureuse et bientôt sainte : « La grâce de sa première communion comme elle la décrit elle-même : ‘Ce fut un très court instant, mais je ne l’ai jamais oublié… au moment où j’ai reçu Jésus Christ ce fut comme si tout ce que j’avais vu sur la terre, même ma mère, n’étaient que des ombres passagères’. Puis elle entendit une voix intérieure qui lui disait : ‘Un jour, tu quitteras tout ce que tu aimes pour me glorifier et pour servir cette Eglise que tu ne connais pas’. Cette grâce, Marie-Eugénie la gardera dans son cœur et la retrouvera le jour de sa ‘conversion’ à Notre-Dame de Paris. Après avoir entendu la prédication du Père Lacordaire, elle se sentira complètement convertie et elle prendra immédiatement la décision de consacrer toutes ses forces ou mieux toute sa faiblesse à l’Eglise qui seule, a désormais, à ses yeux, le secret et la capacité de faire le bien sur cette terre. Toutes les fondations auront comme unique but de glorifier Dieu et servir l’Eglise : Tu me glorifieras, tu me serviras… »

« Marie-Eugénie a regardé son temps avec espérance, soulignait encore Mgr Duthel. Pour elle, le monde était un lieu de la révélation de Dieu, et un lieu pour lui rendre gloire. La contemplation ne la détournait pas du monde, mais la conduisait à un amour toujours plus grand. ‘Je ne peux pas entendre parler de la terre comme d’un lieu d’exil. Je la considère plutôt comme un lieu de gloire pour Dieu puisqu’Il peut recevoir de nos volontés libres et souffrantes le seul hommage qu’il ne trouve pas en lui-même’. Marie-Eugénie avait bien compris que Dieu a un projet sur le monde et que chacun est appelé à y collaborer. Elle croit que chacun a une mission sur la terre, et c’est pourquoi elle nous laisse un message d’espérance engagée : collaborer à la réalisation de cieux nouveaux et d’une terre nouvelle, c’est le vrai héritage de l’humanité. Elle nous laisse une certitude : la sainteté n’est pas un état mais un chemin que nous devons parcourir jour après jour, un chemin de foi et d’amour. La sainteté est un don qui se reçoit de Dieu seul, à nous de marcher pour y répondre ».