Marie, réconfort des souffrants

Notre-Dame des Douleurs, 15 septembre

Rome, (Zenit.org) Mgr Jacques Perrier | 971 clics

La dévotion à Notre-Dame des Douleurs s’appuie sur deux textes évangéliques incontestables : la prophétie du vieillard Syméon lorsque Jésus est présenté au Temple et la présence de Marie au pied de la Croix. A dire vrai, dans aucun des deux cas, la douleur n’est directement évoquée. Syméon parle simplement d’un glaive qui lui transpercera le cœur et saint Jean, dans son évangile, nous montre Marie debout : Stabat.

Paul Claudel, si dévôt pourtant envers Marie, n’aimait pas une représentation larmoyante de la Vierge. D’ailleurs, autrefois, la première lecture de la Messe propre à la fête nous présentait Marie sous les traits de Judith. Judith est cette femme juive qui trancha la tête d’Holopherne. Certes, c’était pour la bonne cause. Mais l’Ecriture ne dit pas que son bras ait tremblé un instant.

Mais nous manquerions de foi en l’Incarnation si elle n’incluait pas la douleur de la Mère aussi bien que du Fils. Jésus a pleuré sur la ville de Jérusalem et sur la tombe de Lazare. La liturgie actuelle a changé la première lecture de la Messe : « Le Christ, pendant les jours de sa vie mortelle, a présenté avec un grand cri et dans les larmes sa prière et sa supplication à Dieu qui pouvait le sauver de la mort » (Hébreux 5, 7).

La dévotion à Notre-Dame des Douleurs se développe au Moyen-Age. La première Messe en son honneur est célébrée à Bruges en 1494 et une confrérie portera officiellement ce nom à partir de l’année suivante. Mais la magnifique séquence Stabat Mater date du 13ème siècle et les premières représentations de la Pieta, du 14ème. Michel Ange reprit ce thème plusieurs fois. Sa dernière ébauche exprime avec encore plus de force la communion entre la Mère et le Fils : elle ne le tient plus sur ses genoux ; elle l’enfante à nouveau. Le sujet restera populaire pendant des siècles : le Vœu de Louis XIII, réalisé par Louis XIV, à Notre-Dame de Paris, est encore une Pieta.

« Notre-Dame de Pitié » est un des noms donnés à la Vierge communiant à la Passion de son Fils. Le Salve Regina la chante sur la même tonalité : elle est la « Mère de miséricorde » vers laquelle nous « soupirons, gémissant et pleurant dans cette vallée de larmes ». Les épidémies, les guerres, la misère ne rendaient que trop réelles ces expressions qui répugnent à notre sensibilité moderne. Et pourtant, en combien de lieux du monde et pour combien de nos semblables, la vie est-elle effectivement une vallée de larmes ! Les « yeux miséricordieux » de la « clémente, pieuse et douce Vierge Marie » leur sont un réconfort : il faudrait avoir le cœur bien sec et l’intelligence bien abstraite pour les en priver. Et nous-mêmes, ne concluons-nous pas le Je vous salue, Marie en demandant à la Vierge de « prier pour nous aujourd’hui et à l’heure de notre mort » ? Comment ne prierait-elle pas pour nous à cette heure suprême, elle qui était au pied de la Croix et nous a reçus pour ses enfants en la personne du disciple bien-aimé.

D’autres noms sont encore donnés à la Mater dolorosa : Notre-Dame de la Compassion ou de la Transfixion, en référence à la prophétie de Syméon. Dans la Liturgie des Heures, le 15 septembre, saint Bernard déclare que Marie a été « plus que martyre » : « Jean t’est donné en lieu et place de Jésus… Comment l’écoute de cette parole ne transpercerait-elle pas ton âme pleine d’affection, quand le seul souvenir de cette parole brise déjà nos cœurs, qui sont pourtant de roc et de fer ! ».

L’appellation la plus fréquente est celle de « Notre-Dame des sept douleurs ». Le chiffre renvoyait à sept moments dans la vie de Marie, dont quatre se rattachent à la Passion : la prophétie de Syméon, la fuite en Egypte, la perte de Jésus au Temple quand il a douze ans, la rencontre de Jésus sur le Chemin du Golgotha, la présence au pied de la Croix, la scène de la Pieta, la mise au tombeau. Marie est parfois représentée, entourée de sept glaives et dénommée, « Notre-Dame des sept glaives ».

Jadis, Notre-Dame des Sept Douleurs était célébrée deux fois dans l’année liturgique : dans la semaine dite « de la Passion » et le 15 septembre. C’est cette deuxième date qui a été retenue dans le calendrier actuel. Ainsi la mémoire de Notre-Dame des Douleurs suit-elle immédiatement la fête de la Croix glorieuse, le 14 septembre. Ce sont les dates que le pape Benoît VI avait choisies pour son pèlerinage à Lourdes, en 2008, pour le 150ème anniversaire des Apparitions. Il a osé parler du « sourire » de Marie, en fêtant Notre-Dame des Douleurs ! La gloire de la Croix rejaillit sur la douleur de la Vierge. A Notre-Dame de Paris, de nouveau aujourd’hui comme à l’origine, la Pieta est surmontée d’une croix glorieuse.

Ainsi la mémoire de Notre-Dame des Douleurs ne doit-elle pas rester sentimentale. Les oraisons de la Messe nous invitent à nous unir à la douleur de la Vierge. Marie symbolise l’Eglise. Elle a communié à la Passion de son Fils. Au 15 août, nous avons célébré sa communion à sa Résurrection. Nous-mêmes, comme dit saint Paul et comme le rappelle la dernière oraison de la Messe, nous devons « accomplir pour l’Eglise ce qu’il reste encore à souffrir des épreuves du Christ ».

Autrefois, entre les stations du Chemin de Croix, les chrétiens chantaient souvent une strophe du Stabat Mater :

O sainte Mère, daigne donc

graver les plaies du Crucifié

profondément dans mon cœur !

Comment une fête de la Vierge ne renverrait-elle pas, et à son Fils, et à l’Eglise ?