Message de Benoît XVI à l'évêque d'Avila, 16 juillet 2012

La réforme du Carmel et la nouvelle évangélisation

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ROME, mardi 17 juillet 2012 (ZENIT.org) – Aujourd’hui, « on ressent l’urgence que les baptisés retrouvent leur cœur à travers la prière personnelle, centrée également, selon les règles de la mystique d’Avila, sur la contemplation de la Très simple humanité du Christ comme unique chemin pour trouver la gloire de Dieu», fait observer Benoît XVI dans son message du 16 juillet 2012 à l’évêque d’Avila, Mgr Jesús García Burillo, à l’occasion du 450e anniversaire de la fondation du monastère San José à Avila et du début de la réforme de l’ordre du carmel par sainte Thérèse de Jésus (cf. Zenit du 16 juillet 2012). Radio Vatican en français publie cette traduction intégrale de l’espagnol.

On comprend en relisant ce message combien, pour Benoît XVI, qui a consacré les catéchèses du mercredi de ces derniers mois à la prière, la contemplation est la condition sine qua non pour chaque baptisé pour entrer dans la dynamique de la « nouvelle évangélisation ». Le pape y souligne l’actualité de la réforme du Carmel comme source d’inspiration pour l’Eglise aujourd’hui.

Message de Benoît XVI :

A mon vénérable frère
Jesús García Burillo évêque d’Avila

1. Resplendens stella. «une étoile qui jetterait une grande splendeur » (Livre de la Vie, 32, 11). Avec ces paroles, le Seigneur encouragea sainte Thérèse de Jésus à fonder à Avila le monastère San José, début de la réforme de l’ordre carmélite, dont on célébrera le 24 août prochain le 450e anniversaire. A l’occasion de cette heureux anniversaire, je désire m’unir à la joie du bien-aimé diocèse d’Avila, de l’ordre des carmes déchaux, du Peuple de Dieu en pèlerinage en Espagne et de tous ceux qui, dans l’Eglise universelle, ont trouvé dans la spiritualité de sainte Thérèse une lumière certaine pour découvrir qu’à travers le Christ arrive à l’homme un véritable renouveau de sa vie. Amoureuse du Seigneur, cette illustre femme ne désira rien d’autre que lui plaire en tout. En effet, un saint n’est pas celui qui accomplit de grandes entreprises en se fondant sur l’excellence de ses qualités humaines, mais celui qui permet avec humilité au Christ de pénétrer dans son âme, d’agir à travers sa personne, d’être Lui le véritable protagoniste de toutes ses actions et ses désirs, celui qui inspire toute initiative et soutient tout silence.

2. Se laisser guider de cette façon par le Christ n’est possible que pour celui qui a une intense vie de prière. Celle-ci consiste, avec les paroles de la sainte d’Avila, à «un commerce d’amitié, où l’âme s’entretient seul à seul avec Celui dont elle sait qu’elle est aimée» (Livre de la Vie, 8 et 5). La réforme de l’ordre carmélite, dont l’anniversaire nous emplit de joie intérieure, naît de la prière et tend vers la prière. En promouvant un retour radical à la Règle primitive, en s’éloignant de la Règle mitigée, sainte Thérèse de Jésus voulait promouvoir une forme de vie qui favorise la rencontre personnelle avec le Seigneur, pour laquelle il suffit «se mette en solitude, qu’elle regarde en elle-même, et qu’elle ne s’étonne pas d’y rencontrer un hôte si bon» (Chemin de perfection, 28, 2). Le monastère de San José naît précisément afin que ses filles soient dans les meilleures conditions pour trouver Dieu et établir une relation profonde et intime avec Lui.

3. Sainte Thérèse propose une nouvelle façon d’être carmélite dans un monde à son tour nouveau. Ce furent «des temps durs» (Livre de la Vie, 33, 5). Et en eux, selon cette Maîtresse de l’esprit «les amis du Seigneur doivent être forts pour soutenir les faibles» (Ibidem 15, 5). Et elle insistait de façon éloquente: «Le monde est en feu; on veut, pour ainsi dire, condamner une seconde fois Jésus Christ, puisqu’on suscite mille faux témoins; on veut renverser l’Eglise: et nous perdrions le temps en des demandes qui, si Dieu les exauçait, ne serviraient peut-être qu’à fermer à une âme la porte du ciel! Non, mes sœurs, ce n’est pas le temps de traiter avec Dieu des affaires peu importantes» (Chemin de perfection, 1, 5). Dans la conjoncture actuelle, cette réflexion, qui nous illumine et nous interpelle tant, faite il y a plus de quatre siècle par la Sainte Mystique, ne nous apparaît-elle pas familière?

L’objectif ultime de la réforme de sainte Thérèse et de la création de nouveaux monastères, dans un monde ayant peu de valeurs spirituelles, était de protéger par la prière l’œuvre apostolique; proposer un style de vie évangélique qui soit un modèle pour celui qui cherchait un chemin de perfection, à partir de la conviction que toute réforme personnelle et ecclésiale authentique passe par la reproduction toujours perfectionnée en nous de la «forme» du Christ (cf. Ga 4, 19). Ce fut précisément là l’engagement de la Sainte et de ses filles. Et ce fut précisément l’engagement de ses fils carmélitains, qui ne visaient à rien d’autre qu’à «progresser dans la vertu». Dans ce sens, Thérèse écrit: «[Il me semble en effet que] il nous apprécie plus si, à travers sa miséricorde, nous réussissons à lui gagner une âme à travers nos efforts et notre prière, plus que par   tant d’autres services que nous pourrions lui rendre» (Livre des fondations, 1, 7). Face à l’oubli de Dieu, la Sainte, Docteur de l’Eglise, encourage des communautés de prière, qui protègent par leur ferveur ceux qui proclament partout le Nom du Christ afin qu’ils prient pour les besoins de l’Eglise et portent au cœur du Sauveur la clameur de tous les peuples.

4. Aujourd’hui aussi, comme au XVIe siècle, parmi les transformations rapides, il est nécessaire que la prière confiante soit l’âme de l’apostolat, afin que retentisse, avec une grande clarté et un dynamisme vigoureux, le message rédempteur de Jésus Christ. Il est urgent que la Parole de vie vibre dans les âmes de façon harmonieuse, avec des notes vibrantes et attirantes.

Dans ce devoir passionnant, l’exemple de Thérèse d’Avila nous est d’une grande aide. Nous pouvons affirmer que, à son époque, la sainte évangélisa sans demi-mesure, avec une ardeur jamais affaiblie, avec des méthodes loin de l’inertie avec des expressions auréolées de lumière. Cela conserve toute sa fraîcheur à l’époque de transition actuelle, où l’on ressent l’urgence que les baptisés retrouvent leur cœur à travers la prière personnelle, centrée également, selon les règles de la mystique d’Avila, sur la contemplation de la Très simple humanité du Christ comme unique chemin pour trouver la gloire de Dieu (cf. Livre de la Vie, 22, 1; Le Château intérieur 6, 7). Ainsi pourront se former des familles authentiques, qui découvriront dans l’Evangile le feu de leur propre noyau familial; des communautés chrétiennes vivantes et unies, cimentées dans le Christ comme leur pierre d’angle, qui ont soif d’une vie de service fraternel et généreux. Il est également souhaitable que l’incessante prière puisse promouvoir l’attention prioritaire pour la pastorale des vocations, en soulignant en particulier la beauté de la vie consacrée, qu’il faut accompagner comme il se doit comme trésor propre de l’Eglise, comme torrent de grâce, dans sa dimension tant active que contemplative.

La force du Christ portera également à multiplier les initiatives afin que le peuple de Dieu acquiert à nouveau sa vigueur dans l’unique forme possible: en laissant une place en nous aux sentiments du Seigneur Jésus (cf. Ph 2, 5) et en recherchant en toute circonstance une expérience radicale de son Evangile. Ce qui signifie, avant tout, permettre à l’Esprit Saint de faire de nous des amis du Maître et de nous configurer à Lui. Cela signifie également accepter en tout ses mandats et adopter en nous des critères tels qu’adopter une conduite humble, renoncer au superflu, ne pas offenser les autres ou agir avec un cœur simple et doux. Ainsi, ceux qui nous entourent percevront la joie qui naît de notre adhésion au Seigneur et que nous ne plaçons rien devant son amour, étant toujours disposés à donner raison de notre espérance (cf. 1 P 3, 15) et vivant comme Thérèse de Jésus, dans une obéissance filiale à notre Sainte Mère l’Eglise.

5. C’est à cette radicalité et fidélité  que nous invite aujourd’hui cette fille si illustre du diocèse d’Avila. En accueillant son bel héritage, au moment présent de l’histoire, le Pape invite tous les membres de cette Eglise particulière, mais en particulier les jeunes, à prendre au sérieux la vocation commune à la sainteté. En suivant les traces de Thérèse de Jésus, permettez-moi de dire à tous ceux qui ont l’avenir devant eux: aspirez vous aussi à être entièrement de Jésus, uniquement de Jésus et toujours de Jésus. ne craigniez pas de dire à Notre Seigneur, comme elle le fit: «Je suis vôtre, je suis née pour vous, que voulez-vous de moi? (Poésie, 2)? A Lui, je demande que vous sachiez répondre également à ses appels illuminés par la grâce divine avec “une ferme détermination”, pour offrir “le peu” qu’il y a en vous, confiants dans le fait que Dieu n’abandonne jamais ceux qui quittent tout pour sa gloire» (cf. Chemin de perfection 21, 2; 1, 2).

6. Sainte Thérèse sut honorer avec une grande dévotion la Très Sainte Vierge, qu’elle invoquait sous le doux nom de Carmen. Je place sous sa protection maternelle les élans apostoliques de l’Eglise d’Avila, afin que, rajeunie par l’Esprit Saint, elle trouve les chemins opportuns pour proclamer l’Evangile avec enthousiasme et courage. Que Marie, Etoile de l’évangélisation, et son chaste époux saint Joseph intercèdent afin que l’«étoile» que le Seigneur a allumée dans l’univers, l’Eglise, avec la réforme de sainte Thérèse, continue d’irradier la grande splendeur de l’amour et de la vérité du Christ à tous les hommes. Avec ce souhait, cher frère dans l’épiscopat, je t’envoie ce Message, que je te prie de communiquer au troupeau confié à tes soins pastoraux, et en particulier aux bienheureuses carmélites déchaussées du couvent de San José, d’Avila, afin qu’elles perpétuent dans le temps l’esprit de leur fondatrice et dont j’ai la confirmation reconnaissante de la fervente prière pour le Successeur de Pierre. A eux,  à elle et à tous les fidèles d’Avila, je donne avec affection la Bénédiction apostolique en gage d’abondantes faveurs célestes.

Du Vatican, le 16 juillet 2012.

Benoît XVI

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