Message de Benoît XVI pour la Journée missionnaire mondiale 2012

"Appelés à faire resplendir la Parole de vérité"

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ROME, vendredi 27 janvier 2012 (ZENIT.org) – "Appelés à faire resplendir la Parole de vérité": c’est le thème du Message de Benoît XVI pour la Journée missionnaire mondiale 2012.

Nous publions ci-dessous, dans une traduction de l'agence vaticane Fides (http://www.fides.org/aree/news/newsdet.php?idnews=32187&lan=fra).

Cette Journée  misisonnaire mondiale sera célébrée le dimanche 21 octobre 2012, en plein synode pour la nouvelle évangélisation, et dans l’année de la foi à peine commencée, et après les célébrations du 50e anniversaire de l'ouverture du concile oecuménique Vatican II, le 11 octobre. Le pape fait observer que "le nombre de ceux qui ne connaissent pas encore le Christ a augmenté".

Message de Benoît XVI

« Appelés à faire resplendir la Parole de vérité » (Lettre Apostolique Porta Fidei n. 6)

Chers frères et sœurs,

La célébration de la Journée Missionnaire mondiale se charge cette année d’une signification toute particulière. Le 50ème anniversaire du Décret conciliaire Ad gentes, l’ouverture de l’Année de la Foi et le Synode des Evêques sur la nouvelle évangélisation concourent à réaffirmer la volonté de l’Eglise de s’engager avec plus de courage et d’ardeur dans la missio ad gentes afin que l’Evangile parvienne jusqu’aux extrémités de la terre.

Le Concile œcuménique Vatican II, avec la participation des Evêques catholiques provenant de tous les coins du monde, a été un signe lumineux de l’universalité de l’Eglise, accueillant, pour la première fois, un si grand nombre de Pères conciliaires provenant d’Asie, d’Afrique, d’Amérique latine et d’Océanie. Des Evêques missionnaires et des Evêques autochtones, Pasteurs de communautés éparses parmi des populations non chrétiennes, qui portaient au sein de l’Assise conciliaire l’image d’une Eglise présente sur tous les continents et qui se faisaient interprètes des réalités complexes de ce qu’il était alors convenu d’appeler le « Tiers Monde ». Riches de l’expérience dérivant du fait d’être Pasteurs d’Eglises jeunes et en voie de formation, animés par la passion pour la diffusion du Royaume de Dieu, ils ont contribué de manière importante à réaffirmer la nécessité et l’urgence de l’évangélisation ad gentes, et donc à porter au centre de l’ecclésiologie la nature missionnaire de l’Eglise.

Ecclésiologie missionnaire

Cette vision n’a pas disparu aujourd’hui. Elle a même connu une féconde réflexion théologique et pastorale et, dans le même temps, elle se représente à nouveau avec un caractère d’urgence renouvelé parce que le nombre de ceux qui ne connaissent pas encore le Christ a augmenté : « Les hommes qui attendent le Christ sont encore en nombre incalculable », affirmait le Bienheureux Jean- Paul II dans son Encyclique Redemptoris missio à propos de la validité permanente du mandat missionnaire. Et il ajoutait : « Nous ne pouvons pas avoir l'esprit tranquille en pensant aux millions de nos frères et sœurs, rachetés eux aussi par le sang du Christ, qui vivent dans l'ignorance de l'amour de Dieu » (n° 86). Moi aussi, en convoquant l’Année de la Foi, j’ai écrit que le Christ « aujourd’hui comme alors, nous envoie par les routes du monde pour proclamer son Évangile à tous les peuples de la terre » (Lettre Apostolique Porta Fidei, 7). Proclamation qui, comme l’indiquait également le Serviteur de Dieu Paul VI dans l’Exhortation apostolique Evangelii nuntiandi, « n’est pas pour l’Eglise une contribution facultative : c’est le devoir qui lui incombe, par mandat du Seigneur Jésus, afin que les hommes puissent croire et être sauvés. Oui, ce message est nécessaire. Il est unique. Il ne saurait être remplacé » (n° 5). Nous avons donc besoin de reprendre le même élan apostolique des premières communautés chrétiennes qui, petites et sans défense, furent capables, par l’annonce et le témoignage, de diffuser l’Evangile dans l’ensemble du monde alors connu.

Il n’y a donc pas lieu de s’étonner du fait que le Concile Vatican II et le Magistère de l’Eglise qui l’a suivi insistent spécialement sur le mandat missionnaire que le Christ a confié à Ses disciples et qui doit constituer l’engagement de l’ensemble du Peuple de Dieu, des Evêques, des prêtres, des diacres, des religieux, des religieuses et des laïcs. La mission d’annoncer l’Evangile sur toute la terre appartient en premier lieu aux Evêques, directement responsables de l'évangélisation dans le monde, tant en qualité de membres du collège épiscopal que comme Pasteurs des Eglises particulières. En effet, ils « ont été consacrés non seulement pour un diocèse, mais pour le salut du monde entier » (Jean Paul II, Lettre Encyclique Redemptoris missio, 63), « prédicateur de la foi, qui amène au Christ de nouveaux disciples » (Ad gentes, 20) et rendent « visibles l’esprit et l’ardeur missionnaires du Peuple de Dieu, en sorte que le diocèse tout entier devient missionnaire » (ibid., 38).

La priorité est d’évangéliser

Le mandat de prêcher l’Evangile ne se limite donc pas pour un Pasteur, à l’attention accordée à la portion du Peuple de Dieu qui est confiée à ses soins pastoraux, ni à l’envoi de quelque prêtre ou laïc fidei donum. Il doit impliquer toute l’activité de l’Eglise particulière, tous ses secteurs, en bref tout son être et son agir. Le Concile Vatican II l’a indiqué clairement et le Magistère successif l’a réaffirmé avec force. Cela demande d’adapter constamment styles de vie, plans pastoraux et organisation diocésaine à cette dimension fondamentale de l’Eglise, en particulier au sein de notre monde en continuel changement. Et ceci vaut également pour les Instituts de Vie consacrée et les Sociétés de Vie apostolique tout comme pour les Mouvements ecclésiaux : tous les composants de la grande mosaïque de l’Eglise doivent se sentir fortement interpellés par le mandat du Seigneur de prêcher l’Evangile, afin que le Christ soit annoncé partout. Nous Pasteurs, religieux et religieuses ainsi que tous les fidèles dans le Christ, nous devons nous mettre sur les traces de Paul, qui, « prisonnier du Christ à cause de vous, païens... » (Ep 3, 1) a travaillé, souffert et lutté pour faire porter l’Evangile parmi les païens (Col 1, 24-29) sans économiser énergie, temps et moyens pour faire connaître le Message du Christ.

Aujourd’hui encore, la mission ad gentes doit être l’horizon constant et le paradigme de toute activité ecclésiale parce que l’identité même de l’Eglise est constituée par la foi dans le Mystère de Dieu qui est révélé par le Christ pour nous porter le Salut et par la mission de Lui rendre témoignage et de L’annoncer au monde jusqu’à Son retour. Comme Saint Paul, nous devons être attentifs à ceux qui sont loin, à ceux qui ne connaissent pas encore le Christ et n’ont pas encore fait l’expérience de la paternité de Dieu, bien conscients que « la coopération s'élargit aujourd'hui en prenant des formes nouvelles, qui comportent non seulement l'aide économique mais aussi la participation directe à l’évangélisation » (Jean Paul II, Lettre Encyclique Redemptoris missio, 82). La célébration de l’Année de la Foi et du Synode des Evêques sur la nouvelle évangélisation constitueront des occasions propices en vue de la relance de la coopération missionnaire, surtout dans cette seconde forme.

Foi et annonce

Le désir d’annoncer le Christ nous pousse à lire l’histoire pour y découvrir les problèmes, les aspirations et les espérances de l’humanité que le Christ doit guérir, purifier et remplir de Sa présence. Son message est en effet toujours actuel, il descend au cœur même de l’histoire et est capable d’apporter une réponse aux inquiétudes les plus profondes de tout homme. C’est pourquoi l’Eglise, dans tous ses composants, doit être consciente du fait que « les horizons immenses de la mission ecclésiale, la complexité de la situation présente demandent aujourd’hui des modalités nouvelles pour communiquer de façon efficace la Parole de Dieu » (Benoît XVI, Exhortation apostolique post-synodale Verbum Domini, 97). Ceci exige, d’abord et avant tout, une adhésion de foi renouvelée, personnelle et communautaire, à l’Evangile de Jésus Christ « en un moment de profond changement comme celui que l’humanité est en train de vivre » (Lettre Apostolique Porta Fidei, 8).

L’un des obstacles à l’élan de l’évangélisation est, en effet, la crise de foi non seulement du monde occidental mais d’une grande partie de l’humanité qui a pourtant faim et soif de Dieu et doit être invitée et conduite au pain de vie et à l’eau vive comme la Samaritaine qui se rend au puits de Jacob et dialogue avec le Christ. Ainsi que le raconte Saint Jean l’Evangéliste, l’histoire de cette femme est particulièrement significative (cf. Jn 4,1-30) : elle rencontre Jésus qui lui demande à boire mais lui parle ensuite d’une eau nouvelle, capable d’étancher sa soif pour toujours. Au départ, la femme ne comprend pas, elle reste au plan matériel mais, lentement, elle est conduite par le Seigneur à accomplir un chemin de foi qui la conduit à Le reconnaître comme étant le Messie. A ce propos, Saint Augustin affirme : « Après avoir reçu dans son coeur le Christ Notre-Seigneur, qu’aurait-elle de plus à faire [cette femme] que laisser là sa cruche et courir annoncer la bonne nouvelle ? (Homélie 15, 30).

La rencontre avec le Christ en tant que Personne vivante qui étanche la soif du cœur ne peut que conduire au désir de partager avec d’autres la joie de cette présence et de Le faire connaître afin que tous puissent en faire l’expérience. Il faut renouveler l’enthousiasme de communiquer la foi afin de promouvoir une nouvelle évangélisation des communautés et des Pays d’antique tradition chrétienne qui sont en train de perdre la référence à Dieu, de manière à redécouvrir la joie de croire. La préoccupation d’évangéliser ne doit jamais demeurer en marge de l’activité ecclésiale et de la vie personnelle du chrétien, mais elle doit les caractériser de manière forte en étant conscients du fait que nous sommes destinataires et, dans le même temps, missionnaires de l’Evangile. Le point central de l’annonce demeure toujours le même : le Kérygme du Christ mort et ressuscité pour le Salut du monde, le Kérygme de l’amour de Dieu absolu et total pour tout homme et pour toute femme, qui a culminé au travers de l’envoi du Fils éternel et unique, le Seigneur Jésus qui ne dédaigna pas de prendre la pauvreté de notre nature humaine, l’aimant et la rachetant du péché et de la mort en S’offrant Lui-même sur la croix.

La foi en Dieu, dans ce dessein d’amour réalisé dans le Christ, est tout d’abord un don et un mystère à accueillir dans le cœur et dans la vie et dont il faut toujours remercier le Seigneur. Mais la foi est un don qui nous est donné pour être partagé ; elle est un talent reçu afin qu’il porte du fruit ; elle est une lumière qui ne doit pas demeurer cachée mais illuminer toute la maison. Elle est le don le plus important qui nous a été fait au cours de notre existence et que nous ne pouvons pas conserver pour nous-mêmes.

L’annonce se fait charité

« Malheur à moi si je n'annonçais pas l'Évangile ! », disait l’Apôtre Paul (1 Co 9, 16). Cette parole résonne avec force pour tout chrétien et pour toute communauté chrétienne sur tous les Continents. Même pour les Eglises se trouvant dans les territoires de mission, Eglises pour la plupart jeunes, souvent de fondation récente, le caractère missionnaire est devenu une dimension naturelle même si elles-mêmes ont encore besoin de missionnaires. De nombreux prêtres, religieux et religieuses de tous les coins du monde, de nombreux laïcs et même des familles entières quittent leurs pays, leurs communautés locales et se rendent près d’autres Eglises pour témoigner et annoncer le Nom du Christ grâce auquel l’humanité trouve le Salut. Il s’agit d’une expression de profonde communion, de partage et de charité entre les Eglises afin que tout homme puisse écouter ou réécouter l’annonce qui guérit et s’approcher des Sacrements, source de la vraie vie.

Avec ce signe éminent de la foi qui se transforme en charité, je fais mémoire et remercie les Œuvres pontificales missionnaires, instrument de la coopération à la mission universelle de l’Eglise dans le monde. Au travers de leur action, l’annonce de l’Evangile se fait également intervention d’aide au prochain, justice envers les plus pauvres, possibilité d’instruction jusque dans les villages les plus perdus, assistance médicale dans des lieux reculés, émancipation de la misère, réhabilitation de ceux qui sont marginalisés, soutien au développement des peuples, dépassement des divisions ethniques, respect de la vie en chacune de ses phases.

Chers frères et sœurs, j’invoque sur l’œuvre d’évangélisation ad gentes, et en particulier sur ses ouvriers, l’effusion de l’Esprit Saint afin que la Grâce de Dieu la fasse cheminer avec plus de décision dans l’histoire du monde. Avec le Bienheureux Newmann, je voudrais prier : « Accompagne, ô Seigneur, Tes missionnaires dans les terres à évangéliser ; met les bons mots sur leurs lèvres ; rend leur travail fructueux ». Que la Vierge Marie, Mère de l’Eglise et Etoile de l’Evangélisation, accompagne tous les missionnaires de l’Evangile.


Du Vatican, le 6 janvier 2012, Solennité de l’Epiphanie du Seigneur

Benedictus PP. XVI

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