Message de Noël 2008 de S.B. Fouad Twal Patriarche latin de Jérusalem

Il confirme la venue du pape prévue pour mai 2009

| 1216 clics

ROME, Mercredi 24 décembre 2008 (ZENIT.org) - Dans son message de Noël 2008, S.B. Fouad Twal, patriarche latin de Jérusalem, confirme la venue du pape prévue pour mai 2009.

Message du patriarche Twal

Les cloches de l'église de la Nativité carillonnent à nouveau. Elles unissent leur voix à celle des anges qui chantent l'hymne éternelle : "Gloire à Dieu au plus haut des cieux! Paix sur la terre aux hommes qu'Il aime!" (Lc 2, 14)

De l'humble cité de Bethléem, nous adressons ce message à tous les habitants de Terre Sainte qui sont en Jordanie, en Palestine, en Israël et à Chypre, chrétiens résidant ici ou en pèlerinage, juifs, musulmans et druzes, et à tous ceux qui aiment la Terre Sainte! Nous les supplions de prier le Bon Dieu de faire de cette terre son Royaume, "Royaume de vérité et de vie, Royaume de sainteté et de grâce, Royaume de justice, d'amour et de paix" (Préface de la Messe en la Solennité du Christ Roi de l'univers). 

 Nous prions pour que cette fête de Noël apporte la paix désirée par tous, une paix fondée sur la justice et la vérité. Alors seulement notre vie sur cette terre sanctifiée par les Prophètes pourra devenir un Noël continuel ; alors la joie règnera dans les coeurs, dans les familles, et se répandra dans les rues ; alors nos chers pèlerins pourront voir notre foi, notre amour les uns pour les autres, notre hospitalité et notre coexistence fraternelle, unis que nous sommes par notre commune foi et notre destinée unique.

Nous demandons à Dieu de nous faire don de la paix, afin que nos pays prospèrent, que les possibilités d'emploi augmentent, que croissent les rencontres entre tous les citoyens sans distinction de dénomination religieuse pour un fructueux dialogue entre religions et cultures. La stabilité mettra un terme à l'émigration qui, à l'heure actuelle, sépare les familles, déracine les gens et leur fait perdre leur identité.  

Noël approche et nous sommes rempli d'espoir. Récemment, en effet, plusieurs rencontres internationales ont rassemblé des responsables religieux et d'autres artisans de paix, au plus haut niveau. Elles ont été marquées par un authentique désir de construire une vie harmonieuse, fondée sur la dignité et l'acceptation mutuelle, et de combattre les préjugés qui taxentd'"infidèles" et vouent à l'anathème les croyants d'autres religions. Puissent la grâce de Noël et les prières sincères des fidèles accompagner les responsables qui ont pris ces initiatives en faveur de la paix, de sorte que leurs efforts soient couronnée de succès. 

  

Pour autant, cet espoir et cet optimisme ne nous aveuglent pas. Chaque jour nous expérimentons l'instabilité, le manque de sécurité, l'incertitude quant à l'avenir, ainsi que les agressions perpétrées à l'encontre des citoyens, de leurs terres, de leurs propriétés et de leurs biens.    

 Avec Bethléem, qui a attendu pendant des siècles Celui qui "briserait le joug qui pesait sur le peuple, le bâton qui meurtrissait ses épaules et le fouet du chef de corvée" (Is 9, 3), nous attendons toujours la manifestation de la grâce du Sauveur qui mettra un terme à l'occupation et à l'injustice, nous délivrera de nos peurs, de nos difficultés et de nos divisions internes. Nous attendons l'aurore d'une ère nouvelle où la vengeance laissera place au pardon, où l'amour l'emportera sur la haine, où le soleil de justice et de paix se lèvera, où la cupidité et la rancune disparaîtront, et où les inimitiés diminueront ; un temps où les hommes vivront d'accord, dans l'harmonie et la convivialité. "Alors le loup habitera avec l'agneau, le léopard se couchera près du chevreau, le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira" (Is 11, 6).  

En cette occasion, nous n'oublions pas Jérusalem, le plus précieux dépôt qui nous ait été confié, et sur lequel nous devons veiller. Nous sommes profondément inquiet au sujet de la Ville Sainte! Nous portons la responsabilité de défendre la sainteté et la vocation qui font de Jérusalem une ville unique au monde. C'est le sanctuaire où se retrouvent les fidèles des trois religions monothéistes : juifs, chrétiens et musulmans. Ils s'y retrouvent dans leur commune foi en un seul Dieu et dans leur commune affiliation à Abraham, leur père dans la foi. Nous n'oublions pas tout ce qui divise la Ville Sainte : la cupidité, l'injustice et la violence, sans parler de la construction des colonies qui l'étranglent. Pour toutes ces raisons, les Eglises de Jérusalem continuent de se vider de leurs chrétiens qui, découragés par le manque de paix et la détérioration de la situation politique, émigrent. Tout cela suscite notre inquiétude quant à l'avenir de nos Eglises et des chrétiens vivant sur la terre natale du Christ.

En cette fête de Noël, nous prions pour les villes et villages de Terre Sainte isolés les uns des autres. C'est avec douleur et profonde tristesse que nous constatons combien de civils sont bloqués, combien de murs et de barrières sont dressés, créant violence et humiliation, générant rancune et haine, alors que ce dont nous avons besoin par-dessus tout est de mener une vie calme et sereine, faite de confiance mutuelle, de bonne entente et de coopération.

Avec tous les Patriarches catholiques du Moyen-Orient, "nous nous tournons vers nos fidèles et tous les citoyens de Terre Sainte qui vivent dans des conditions dégradées, et nous pensons spécialement au siège injuste imposé à Gaza  et qui affecte des centaines de milliers d'innocents. En même temps que nous remercions les hommes de bonne volonté qui s'efforcent de mettre un terme à ce siège, nous lançons aux autorités locales et internationales un appel à instaurer une paix juste et définitive en Terre Sainte, afin qu'elle puisse redevenir source de rédemption, de réconciliation, de justice et de pardon pour ses habitants et pour le monde. Nous appelons également les Palestiniens à rétablir l'unité entre eux, au sein d'un cadre juridico-étatique légal et reconnu, afin d'épargner aux citoyens la poursuite de ce siège si éprouvant" (Communiqué final de la 18ème assemblée du Conseil des patriarches Catholiques d'Orient, Bkerké, novembre 2008).

Il est une seconde tragédie que nous n'avons pas le droit d'ignorer ou de passer sous silence : il s'agit de la tragédie irakienne. La population, la culture, l'héritage et l'histoire de l'Irak ont été sapés à cause de l'occupation de son territoire par des forces étrangères, occupation qui a détruit ses structures fondamentales et transformé le pays en une jungle où règnent le chaos, la violence et le terrorisme. Nous voulons attirer l'attention sur les explosions qui démolissent églises et mosquées, sur l'enlèvement et l'assassinat de plusieurs prêtres et évêques, sur la destruction des maisons de nombreux chrétiens, qui sont constamment menacés et contraints à l'exil. Nous souhaitons que les citoyens irakiens, musulmans et chrétiens, puissent rester sur le sol de leur patrie. Nous prions pour l'unité de l'Irak et pour son retour à une vie normale.  

Chers frères et soeurs,

Nous avons la joie de vous annoncer que Sa Sainteté le pape Benoît XVI a le projet de venir en pèlerinage en Terre Sainte au mois de mai prochain. Le Souverain Pontife souhaite prier pour nous et avec nous, mais également mieux connaître nos difficiles conditions de vie. Prions pour que le pèlerinage et la visite pastorale du Saint-Père soient une bénédiction pour nous tous, contribuent à une meilleure compréhension mutuelle entre les différentes nations de la région, lèvent les barrières et aident à résoudre les problèmes, soulagent la détresse et consolident les bonnes relations entre les peuples et les religions, dans la paix et la sécurité.

Depuis Bethléem, je lance un appel à mes frères les évêques et aux autres chefs religieux, aux congrégations et ordres religieux, aux personnes consacrées, à tous les hommes de bonne volonté, aux pèlerins et à tous ceux qui aiment la Terre Sainte : S'il vous plaît, souvenez-vous de Bethléem et de Jérusalem dans vos prières! La Terre Sainte en appelle à vos consciences et a besoin de votre soutien! Ne la laissez pas seule dans sa détresse! Assistez-la pour qu'elle devienne et reste une terre d'amour, de paix, de réconciliation et d'égalité entre tous ses enfants!

   

O Enfant de Bethléem, toi qui as voulu naître dans le silence et le calme de la nuit, enracine en nos cœurs l'amour de la paix, de la justice et de la sérénité! Toi qui as expérimenté la pauvreté, l'errance et la peur, aie pitié de nos pauvres, de nos réfugiés, de nos prisonniers!

O Dieu illimité, qui par ton incarnation as voulu expérimenter les limites de notre espace-temps! Tu as connu les limites de notre espace par ta naissance dans une grotte, puis par ta fuite et ton errance qui ont fait de toi le modèle des réfugiés et des rejetés. Tu as connu les limites de notre temps par ta gestation dans le sein béni de la Vierge. Bénis ton Pays, afin que ton Nom soit partout sanctifié, afin que nous nous rapprochions de toi et les uns des autres, dans les dures circonstances de notre vie.

O Enfant de la Grotte, qui as rejeté la violence, le meurtre et la haine, toi dont la Naissance a séparé l'Histoire en deux - ancien et nouveau, avant le Christ et après le Christ -, supprime de ta Patrie les guerres et les destructions de maisons! Sème la fraternité! Donne aux affligés et aux pauvres espérance et réconfort! O toi, le Pauvre, le Fugitif et le Persécuté, jette un regard sur tous ceux qui ont émigré de Jordanie, de Palestine, du Liban, d'Irak et d'autres pays en détresse. Puisse ta Terre natale être une terre de bénédictions et de prospérité, où les fidèles de toutes les religions se rencontrent et vivent en harmonie, de sorte qu'"aucune nation ne lève l'épée contre une autre" (Is 2, 4). Puisse ta Naissance donner naissance à une nouvelle ère faite de paix, de stabilité et de sécurité. Amen!  

+ Fouad Twal

Patriarche latin de Jérusalem