Message du pape à l’Académie pontificale des Sciences sociales

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ROME, Dimanche 30 avril 2006 (ZENIT.org) – Nous publions ci-dessous le message que le pape Benoît XVI a adressé à Madame Mary Ann Glendon, présidente de l’Académie pontificale des Sciences sociales. (L’original en anglais a été publié vendredi 29 avril par la salle de presse du Saint-Siège).



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Au Professeur Mary Ann Glendon, Présidente de l’Académie pontificale des Sciences sociales

Alors que l’Académie pontificale des Sciences sociales est réunie à l’occasion de sa douzième Session plénière, je vous adresse une salutation cordiale ainsi qu’à tous les membres, et je forme le vœu dans la prière que la recherche et la discussion qui marquent cette rencontre annuelle contribueront non seulement à faire progresser les connaissances dans vos domaines respectifs, mais qu’elles aideront également l’Eglise dans sa mission de témoigner d’un authentique humanisme, enraciné dans la vérité et guidé par la lumière de l’Evangile.

Votre présente Session est consacrée à un thème actuel : « Une enfance qui disparaît ? La solidarité avec les enfants et les jeunes à une époque troublée ». Certains indicateurs démographiques ont clairement souligné le besoin urgent de réflexion critique dans ce domaine. Même si les statistiques de la croissance de la population sont effectivement ouvertes à des interprétations différentes, tout le monde est d’accord avec le fait que nous assistons, à un niveau mondial, et en particulier dans les pays développés, à deux tendances significatives et liées entre elles : d’un côté une augmentation de l’espérance de vie et de l’autre une baisse du taux de natalité. Etant donné que les sociétés vieillissent, de nombreuses nations ou groupes de nations ne possèdent plus un nombre suffisant de jeunes pour renouveler leur population.

Cette situation est le résultat de causes multiples et complexes – souvent de nature économique, sociale et culturelle – que vous avez proposé d’étudier. Mais les racines ultimes peuvent être considérées comme morales et spirituelles ; elles sont liées à un manque inquiétant de foi, d’espérance, et, il est vrai, d’amour. Pour faire venir des enfants au monde l’eros égocentrique doit être rempli par un agape créatif enraciné dans la générosité et marqué par la confiance et l’espérance dans l’avenir. De par sa nature, l’amour est tourné vers l’éternel (cf. Deus caritas est, 6). C’est peut-être à cause de ce manque d’amour créatif et tourné vers l’avenir que de nombreux couples choisissent aujourd’hui de ne pas se marier, que tant de mariages échouent, et que les taux de natalité ont diminué de manière importante.

Ce sont les enfants et les jeunes qui ressentent souvent les premiers les conséquences de ce déclin d’amour et d’espérance. Souvent, au lieu de se sentir aimés et chéris, ils semblent être simplement tolérés. A « une époque troublée » ils sont souvent privés d’une direction morale adéquate de la part du monde adulte, au grand détriment de leur développement intellectuel et spirituel. De nombreux enfants grandissent actuellement dans une société qui néglige souvent Dieu et la dignité innée de la personne humaine créée à l’image de Dieu. Dans un monde façonné par les processus accélérés de la mondialisation, ils ne sont souvent exposés qu’à des visions matérialistes de l’univers, de la vie et de l’épanouissement humain.

Pourtant, les enfants et les jeunes sont par nature réceptifs, généreux, idéalistes et ouverts à la transcendance. Ils ont avant tout besoin d’être exposés à l’amour et de se développer dans une écologie humaine saine, où ils pourront être amenés à comprendre qu’ils n’ont pas été mis au monde par hasard, mais par un don faisant partie du plan d’amour de Dieu. S’ils veulent être fidèles à leur propre appel, les parents, les éducateurs et les responsables de la communauté, ne peuvent jamais renoncer à leur devoir de placer devant les enfants et les jeunes la tâche de choisir un projet de vie orienté vers un bonheur authentique, capable de faire la différence entre la vérité et le mensonge, le bien et le mal, la justice et l’injustice, le monde réel et le monde de la ‘réalité virtuelle’.

Dans votre approche scientifique des différentes questions traitées lors de cette session, je vous encouragerais à considérer attentivement ces questions et en particulier la question de la liberté humaine, avec ses vastes implications au niveau d’une vision saine de la personne et la réalisation d’une maturité affective au sein de la communauté élargie. La liberté intérieure est en effet la condition pour une croissance humaine authentique. Là où cette liberté manque ou est en danger, les jeunes font une expérience de frustration et deviennent incapables de se battre généreusement pour les idéaux qui peuvent façonner leur vie en tant qu’individus et membres de la société. En conséquence ils peuvent se décourager ou se rebeller, et leur immense potentiel humain se détourne des défis passionnants de la vie.

Les chrétiens, qui croient que l’Evangile éclaire chaque aspect de la vie individuelle et sociale, ne pourront pas ne pas voir les dimensions philosophique et théologique de ces questions, et le besoin de considérer cette opposition fondamentale entre le péché et la grâce qui englobe tous les autres conflits qui troublent le cœur humain : le conflit entre l’erreur et la vérité, le vice et la vertu, la rébellion et la coopération, la guerre et la paix. Ils ne peuvent pas non plus ne pas être convaincus que la foi, vécue dans la plénitude de la charité et transmise aux nouvelles générations, est un élément essentiel dans la construction d’un avenir meilleur et la protection de la solidarité entre les générations, dans la mesure où elle ancre tout effort humain pour construire la civilisation de l’amour dans la révélation de Dieu le Créateur, la création de l’homme et de la femme à son image, et la victoire du Christ sur le mal et la mort.

Chers amis, tout en exprimant ma reconnaissance et mon soutien pour vos recherches importantes, poursuivies selon les méthodes propres à vos sciences respectives, je vous encourage à ne jamais oublier que vos études peuvent inspirer et aider les jeunes hommes et femmes de notre temps dans leurs efforts pour mener des vies productives et épanouissantes. J’invoque cordialement les bénédictions de Dieu de sagesse, de force et de paix sur vous et vos familles et tous ceux qui sont associés au travail de l’Académie pontificale des Sciences sociales.

Du Vatican, le 27 avril 2006

© Copyright du texte original en anglais : Libreria Editrice Vaticana
Traduction réalisée par Zenit