Message posthume de Jean-Paul II : « La Mission : pain rompu pour la vie du monde »

Sollicitude pour les pauvres, authenticité des célébrations eucharistiques

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ROME, Vendredi 15 avril 2005 (ZENIT.org) – La sollicitude pour les pauvres sera le critère de l’authenticité des célébrations eucharistiques, avertit Jean-Paul II dans un message posthume.



« La Mission : pain rompu pour la vie du monde », c’est le titre du message de Jean-Paul II publié aujourd’hui par la salle de presse du Saint-Siège dans son original en français mais aussi en chinois, en italien, en espagnol, en portugais et en anglais.

Le Saint-Siège a publié ce vendredi le message posthume de Jean-Paul II pour la Journée mondiale missionnaire qui sera célébrée le 23 octobre prochain. On note dans son titre la tonalité eucharistique du message en cette année de l’Eucharistie.

Cette journée de la Mission, le troisième dimanche d’octobre, était particulièrement chère à Jean-Paul II. Il a, par exemple, donné à Thérèse de Lisieux le titre de Docteur de l’Eglise ce jour-là, ou bien aussi béatifié Mère Térésa de Calcutta.

Ce message porte la date de la fête de la Chaire de Saint-Pierre, le 22 février dernier.

« Je souhaite de tout cœur que l’Année eucharistique stimule toutes les communautés chrétiennes à lutter « par des actions fraternelles contre telle ou telle forme des nombreuses pauvretés de notre monde » (Mane nobiscum Domine, 28) », demande Jean-Paul II, dans ce message posthume.

Et d’expliquer : « Et cela parce que « c’est à l’amour mutuel et, en particulier, à la sollicitude que nous manifesterons à ceux qui sont dans le besoin que nous serons reconnus comme de véritables disciples du Christ (cf. Jn 13,35 ; Mt 25, 31-4-). Tel est le critère qui prouvera l’authenticité de nos célébrations eucharistiques » (Mane nobiscum Domine, 28) ».

Mais Jean-Paul II exhorte aussi au « courage » de l’annonce en disant : « Quand la communauté ecclésiale célèbre l’eucharistie, spécialement le dimanche, jour du Seigneur, elle expérimente, à la lumière de la foi, la valeur de la rencontre avec le Christ ressuscité et prend de plus en plus conscience que le sacrifice eucharistique est « pour tous » (Mt 26,28), insiste le pape. Si on se nourrit du corps et du sang du Christ crucifié et ressuscité, on ne peut pas garder ce « don » pour soi uniquement. Il faut, au contraire, le partager. L’amour passionné envers le Christ porte à l’annonce courageuse du Christ, annonce qui, par le martyre, devient offrande suprême d’amour à Dieu et aux frères. L’eucharistie incite à une action évangélisatrice généreuse et à un engagement actif dans l’édification d’une société plus juste et fraternelle ».

« La Journée missionnaire mondiale, consacrée cette année à l’eucharistie, nous aide à mieux comprendre le sens « eucharistique » de notre existence, en revivant l’atmosphère du Cénacle, quand Jésus, la veille de sa passion, s’offrit lui-même au monde : « la nuit où il fut livré, il prit du pain et, après avoir rendu grâce, le rompit et dit : Ceci est mon corps, qui est pour vous ; faites ceci en mémoire de moi » (1 Co 11, 23-24) », affirme le pape.

Mais Jean-Paul II invite à l’engagement radical des baptisés en disant : « L’eucharistie, tout en faisant comprendre pleinement le sens de la mission, pousse chaque croyant, et spécialement les missionnaires, à être « pain rompu pour la vie du monde ».

Le diagnostic du pape Wojtyla sur l’état du monde est sans équivoque : « À notre époque, la société humaine semble enveloppée de ténèbres épaisses, tandis qu’elle est secouée par des événements dramatiques et bouleversée par des désastres naturels catastrophiques. Mais comme « dans la nuit où il était livré » (1 Co 11,23), Jésus, aujourd’hui encore, « rompt le pain » (cf. Mt 26,26) pour nous et dans les célébrations eucharistiques, il s’offre lui-même sous le signe sacramentel de son amour pour tous. Voilà pourquoi j’ai voulu rappeler que « l’eucharistie n’est pas seulement une expression de communion dans la vie de l’Église ; elle est aussi un projet de solidarité pour l’humanité tout entière » (Mane nobiscum Domine, 27) ; elle est le « pain du ciel » qui, en donnant la vie éternelle (cf. Jn 6,33), ouvre le cœur des hommes à une grande espérance ».

« Le Rédempteur lui-même qui, à la vue des foules eut pitié (…), présent dans l’eucharistie, continue au long des siècles à manifester de la compassion envers l’humanité pauvre et souffrante »,rappelle le pape.

A propos des missionnaires, il écrit : « Unis au Christ, « centre non seulement de l’histoire de l’Église, mais aussi de l’histoire de l’humanité (cf. Ep 1,10 ; Col 1, 15-20) (Mane nobiscum Domine, 6) », il est possible de satisfaire les attentes les plus profondes du cœur humain. Seul Jésus peut éteindre la soif d’amour et la soif de justice des hommes ; lui seul permet à chaque homme de participer à la vie éternelle : « Je suis le pain vivant, descendu du ciel. Qui mange ce pain, vivra à jamais » (Jn 6,51) ».

« Aujourd’hui encore, le Christ recommande à ses disciples « donnez-leur vous-mêmes à manger » (Mt 14,16). En son nom, les missionnaires se rendent dans de nombreuses parties du monde pour annoncer et témoigner l’Évangile. Par leur action, ils font retentir les paroles du Rédempteur : « Je suis le pain de vie ; qui vient à moi n’aura jamais faim ; qui croit en moi n’aura jamais soif » (Jn 6,35) ; eux-mêmes se font « pain rompu » pour les frères, allant parfois jusqu’au sacrifice de leur vie », déclare le pape qui vient de dépenser sa vie jusqu’à son dernier souffle pour l’amour du christ et de l’humanité.

« L’Église a besoin d’hommes et de femmes prêts à se consacrer totalement à la grande cause de l’Évangile », déclare le pape aux jeunes d’aujourd’hui.

Il invite plus que jamais à « prendre conscience de la nécessité pressante de participer à la mission évangélisatrice », et il précise, concret : « c’est une mission qui, outre la prière et le sacrifice, attend aussi un soutien matériel concret ».

« Je vous invite tous à les soutenir par une généreuse coopération spirituelle et matérielle », dit-il en rendant hommage aux Œuvres pontificales missionnaires.

Jean-Paul II conclut : « Que la Vierge, Mère de Dieu, nous aide à revivre l’expérience du Cénacle, afin que nos communautés ecclésiales deviennent authentiquement « catholiques », c’est-à-dire des communautés où la « spiritualité missionnaire », qui est « communion intime avec le Christ » (Redemptoris missio, 88) se situe dans un rapport étroit avec la « spiritualité eucharistique » qui a pour modèle Marie « femme eucharistique » (Ecclesia de Eucharistia, 53), des communautés qui sont ouvertes à la voix de l’Esprit et aux nécessités de l’humanité, des communautés où les croyants, et spécialement les missionnaires, n’hésitent pas à devenir « pain rompu pour la vie du monde ». »