Mgr Sleiman : A qui profite la révolution dans les pays arabes ?

Une révolution nécessite un programme

| 1643 clics

ROME, Vendredi 20 mai 2011 (ZENIT.org) – Mgr Jean-Benjamin Sleiman, archevêque des Latins de Bagdad, a invité sur Radio Vatican à être attentif à l’utilisation du terme « printemps arabe », se demandant finalement à qui profite la révolution dans ces pays.

Après le triple attentat qui a fait au moins 27 morts et 89 blessés à Kirkouk (Irak) le 19 mai, Mgr Sleiman a livré une courte analyse sur la situation irakienne depuis la chute de Saddam Hussein, avec un regard aigüe sur la crise dans les pays arabes.

« Il faut être très attentif quand on parle de ‘printemps arabe’ », a-t-il affirmé, estimant qu’une révolution devait avoir « un modèle à imposer, un programme ».

Prenant l’exemple de l’Irak, il a rappelé que si le régime était tombé, « l’après » n’avait « pas donné de véritables espérances ». « Je ne dis pas qu’il n’y a pas eu de progrès importants, mais l’Irak n’affronte pas encore ses vrais problèmes : son unité, la destruction de ses ressources, sa Constitution, sa réconciliation… », a-t-il ajouté.

« En ce qui concerne ce qui se passe dans le monde arabe », a-t-il expliqué, « tous sont certainement contents de libérer les peuples de leurs dictatures, de régimes qui les humilient et les exploitent ». « Mais en définitive, qui en profite ? Que signifie une révolution de jeunes où c’est l’armée qui prend le pouvoir ? Que signifie une révolution qui se transforme en guerre civile ? », s’est-il interrogé.

Et d’ajouter : « Il faut peut-être plus pour avoir une société réconciliée, une société qui vive mieux… ».

Dans cette interview, Mgr Sleiman estime que « la situation aujourd’hui n’a pas beaucoup changé ». Seules « les formes de violence changent ».

L’archevêque des Latins de Bagdad a enfin observé que la fuite n’était pas « le seul chemin » possible. « La consolation, dans la douleur, c’est l’espérance, et je pense que l’Irak a besoin d’espérance : les chrétiens, surtout, doivent être témoins d’espérance », a-t-il affirmé. « La fuite ne résout pas les problèmes ».