Migrations : la légalité suppose le respect de la dignité des personnes

Par le card. Vegliò

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Anne Kurian

ROME, mardi 27 novembre 2012 (ZENIT.org) – Dans les débats sur les migrations, il n’y a pas « d’authentique défense de l’être humain » s’il l’on ne prend pas en considération autant la « légalité et sécurité » que « la protection de la dignité de chaque individu », déclare le cardinal Vegliò.

Le cardinal Antonio Maria Vegliò, président du Conseil pontifical pour la pastorale des migrants et des personnes en déplacement, a ouvert ce 27 novembre 2012 les travaux d’une réunion des représentants nationaux pour la pastorale des migrants en Europe, à Rome. Cette rencontre à l'initiative du Conseil des Conférences épiscopales d'Europe (CCEE), porte sur le thème: « Une pastorale de communion pour une évangélisation renouvelée » (cf. Zenit du 23 novembre 2012).

Cette rencontre, qui a lieu dans le cadre de l’Année de la foi, se déroule aussi sous le signe du 60e anniversaire de la promulgation de la Constitution apostolique Exsul Familia, de Pie XII, décisive pour la pastorale des migrations.

Pour une approche réaliste et humaine

Evoquant le phénomène migratoire globalisé et les questions d’actualité conséquentes, telle la sécurité des frontières, le cardinal rappelle qu’il « n’existe pas d’authentique défense de l’être humain » si l’on ne prend en considération autant la « légalité et sécurité » que « la protection prioritaire de la centralité et de la dignité de chaque individu ».

Pour l’Eglise, poursuit-il, cette dignité prévaut sur le reste, car elle fait abstraction du statut juridique, « qu’il soit dans la légalité ou l’irrégularité », de la personne.

Sans cette « approche réaliste et humaine », estime-t-il, « les difficultés ne peuvent être bien comprises ». En tenant compte de cette approche au contraire, les débats ne se fondent plus seulement sur « des chiffres et des statistiques », mais traitent « d’hommes et de femmes, parents, enfants, familles ».

Le cardinal considère par conséquent qu’il est « toujours plus impérieux » que l’Eglise « contribue à la discussion », afin que la communauté internationale puisse « fixer un cadre normatif respectueux de la justice et de la solidarité, et surtout de la dignité de toute personne humaine ».

Un meilleur accueil de la part des baptisés

Selon le cardinal, l’approche humaine doit « commencer dans l’Eglise même », appelée à « s’ouvrir à un meilleur accueil des migrants », notamment en aidant les fidèles à « dépasser les préjugés » et à accepter les « diversités légitimes ».

Il propose en ce sens des « formations au dialogue » pour apprendre à « apprécier la valeur de la culture et de la tradition du migrant ».

D’autant que les migrants sont une richesse pour l’Eglise : le cardinal voit en effet dans « ces étrangers en terre étrangère » un rappel de l’universalité de l’Eglise pour les communautés locales.

En outre, les migrants chrétiens sont une richesse car ils sont « protagonistes de la proclamation de la foi » : s’ils sont soutenus par une « pastorale spécifique », non seulement ils grandiront dans la foi, mais ils deviendront aussi « hérauts de la Bonne nouvelle », fait-il observer, invitant les diocèses à s’impliquer dans cette pastorale.

Les migrations, une chance pour l’évangélisation

« Le christianisme ne peut pas faire abstraction de la réalité migratoire », affirme le cardinal par ailleurs : « les migrations font partie intégrante de la vie de l’Eglise ». Dès son expansion dans les premiers siècles et au cours de toute l’histoire de l’Eglise, « la migration a joué un rôle fondamental dans la diffusion de l’Evangile ».

Dans ce contexte, le cardinal invite à saisir l’opportunité du temps présent, où les voyages sont facilités : l’Eglise doit proclamer la Bonne nouvelle, non seulement « par le développement de moyens de communications », mais aussi en s’appuyant sur « la fréquence et la facilité avec lequel est rendu possible le déplacement d’individus et de groupes ».

Il voit à ce propos « un lien étroit entre l’évangélisation et la migration, et un rapport explicite entre la nouvelle évangélisation et le mouvement des peuples dans le monde entier ».

Citant Benoît XVI, pour qui « l’Eglise a pour défi d’aider les migrants à garder leur foi solide », le cardinal souligne que la réponse « la plus efficace » de l’Eglise consiste « à faire ce qu’elle a toujours fait », c’est-à-dire « enseigner l’Evangile, préparer aux sacrements, fournir une vraie expérience de communier avec le Christ et donner le témoignage d’une vie cohérente », mais « avec une plus grande générosité et urgence ».