Migrations : pourquoi l'Eglise a son mot à dire

Par le card. Vegliò

Rome, (Zenit.org) Anne Kurian | 1581 clics

« Quelles sont les véritables raisons qui motivent l’Eglise catholique à participer au débat sur l’immigration ? ». C’est en vertu de sa mission de « conduire tous les hommes au salut que seule une rencontre avec le Christ vivant peut apporter », répond le cardinal Vegliò.

Le cardinal Antonio Maria Vegliò, président du Conseil pontifical pour la pastorale des migrants et des personnes en déplacement, participe à un colloque sur le thème "Les catholiques et les migrations : histoire, actualité, perspectives", en France, au Collège des Bernardins, les 18 et 19 janvier 2013 (cf. Documents pour le texte intégral en français).

Cette rencontre est organisée conjointement par le Centre d’information et d’études sur les migrations internationales (CIEMI), le Service national français de la pastorale des migrants et le diocèse de Paris (pour le programme, cliquer sur ce lien: http://www.collegedesbernardins.fr/index.php/rencontres-a-debats/autres-manifestations.html).

Tout pour la rencontre avec le Christ

Dans le contexte du phénomène migratoire qui ne cesse de croître – 214 millions de migrants internationaux selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) – le cardinal s’est demandé « quelles sont les véritables raisons qui motivent l’Eglise catholique à participer au débat sur l’immigration ? Qu’est-ce qui la pousse à prendre position, à dialoguer et à agir ? ».

C’est en vertu de « la rencontre avec Jésus-Christ vivant », a répondu le cardinal, qui en fait le leitmotiv de son intervention : « la rencontre salvifique avec le Christ vivant inspire l’Eglise dans ses activités en faveur des migrants et des personnes en déplacement : elle l’appelle constamment à la conversion ; elle conduit ses pas vers la communion et constitue la voie de la solidarité parmi toute l’humanité ».

Pour les disciples du Christ, a-t-il précisé, « le migrant n’est pas simplement un individu qui doit être respecté en vertu des normes établies par les lois nationales, mais un être humain dont la présence les interpelle et dont les besoins impliquent obligatoirement leur responsabilité ».

Par conséquent, la mission de l’Eglise auprès des migrants se comprend dans sa « mission essentielle de conduire tous les hommes au salut que seule une rencontre avec le Christ vivant peut apporter ». Cette mission « universelle, sans limite, ni réserve, ni obstacle », est le « fondement de toute l’activité de l’Eglise » dont le but ultime est toujours que « l’homme participe à la vie divine de Dieu pour l’éternité ».

Ré-évangéliser le monde

Concrètement, a expliqué le cardinal, cette mission se décline d’abord par l’appel à la « conversion », qui doit être comprise « comme une ré-évangélisation du monde moderne ».

En ce sens, dans le contexte des migrations, « l’Eglise ne se soucie pas seulement de la nécessité de promouvoir l’engagement des catholiques dans la foi », mais aussi « de proclamer l’Evangile à un grand nombre de migrants qui n’ont encore jamais entendu parler du Christ, ainsi que de renouveler sa proclamation de l’Evangile à ceux qui ont pratiquement perdu le sens vivant du christianisme ».

Le cardinal a en effet évoqué différentes sortes de migrants : ceux qui viennent de pays d’Afrique, d’Asie, du Moyen-Orient et de l’Europe de l’Est, « où les cultures sont souvent enracinées dans des religions non chrétiennes ou même pas du tout enracinées dans une religion ». Ceux-là doivent être évangélisés.

Mais également « des chrétiens qui ont émigré, emportant avec eux leur foi et leur tradition catholique, qui se retrouvent à vivre dans des pays de tradition non chrétienne ». Ceux-là sont aussi « les protagonistes de la « re-proclamation » de l’Evangile dans le monde moderne ».

Faire l’unité dans la multiplicité

L’Eglise a ensuite un autre rôle, qui lui est donné dans le contexte du « monde globalisé » : être « un sacrement d’unité et de communion parmi les nations », parmi le « si grand nombre de gens, de cultures et de religions » impliqué par les migrations, a fait observer le cardinal.

Pour cela, l’Eglise est invitée « à une profonde conversion dans sa rencontre avec le Christ » : il s’agit de voir la migration « pas seulement comme un problème politique », mais comme « une question humaine et morale fondamentale » où les migrants sont « nos frères et nos sœurs ».

C’est à cette condition que l’Eglise pourra apporter dans le débat « sa foi, ses principes moraux et sa longue expérience, car les migrants ont joué un rôle clef dans de nombreuses Eglises locales tout au long de l’histoire chrétienne ».

Et elle sera l’instrument du « rassemblement des enfants de Dieu dispersés en un seul », elle participera au « processus d’intégration » par « la construction d’un sens de communauté et de valeurs partagées », a ajouté le cardinal.

Cette attitude implique une autre caractéristique particulière : « la protection de la dignité de chaque être humain », qui estime que son « respect » pour les migrants qualifie l’Eglise « de façon unique » pour aider les nations à élaborer « un système migratoire juste ».

Construire une culture de l’accueil

Enfin, a poursuivi le cardinal, l’Eglise encourage l’humanité, « non seulement à aider les migrants par des actes d’assistance individuels, mais aussi à développer une culture d’accueil globale », dans un esprit de « solidarité ».

Cette culture de l’accueil comporte « l’assistance, l’accueil au sens le plus large et une intégration authentique », en dépassant « toute discrimination basée sur l’ethnicité, la culture ou la religion ».

Pour l’Eglise, a rappelé le cardinal, « les droits de l’homme sont enracinés dans la personne - une approche qui diffère souvent radicalement des approches prônées par les courants modernes de pensée, où les droits de l’homme sont davantage conçus en termes de ce que croit l’opinion publique ou de ce que la loi reconnaît ».

Dans cet esprit, il a énuméré diverses responsabilités de l’Eglise : « assurer que l’opinion publique est correctement informée sur les causes qui engendrent les migrations et sur les facteurs qui forcent les gens à quitter leurs foyers » ; « s’opposer au racisme, à la discrimination et à la xénophobie, partout et toujours » ; « considérer les migrants comme des êtres humains qui ont droit à une considération globale de leurs besoins, et dont les apports spécifiques et les contributions économiques, sociales et culturelles doivent être pris en compte » ; enfin, « inclure les migrants dans les processus de prise de décisions qui auront des incidences et décideront des orientations de leurs vies ».

En fin de compte, a conclu le cardinal, c’est « la foi ou, en d’autres termes, la rencontre personnelle avec le Christ vivant » qui pousse l’Eglise à « protéger la justice, la dignité humaine et la solidarité, pour les empêcher d’être récupérées par différentes idéologies et politiques qui, par essence, mettraient en œuvre leurs propres intérêts ».