Millénaire de la fondation de l'ordre des Camaldules

Dialoguer avec le monde

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Propos recueillis par Jose Antonio Varela Vidal

Traduction d'Hélène Ginabat

ROME, jeudi 19 juillet 2012 (ZENIT.org) – Silence et prière, mais aussi accueil et dialogue œcuménique et interreligieux : la communauté monastique fondée par saint Romuald à Camaldoli, en 1012, est un « poumon » très ouvert : « nous ne cherchons pas à nous séparer du monde mais à nous y confronter, à travers le dialogue et l’hospitalité », explique le père Alessandro Barban.

En ce millénaire de leur fondation, Zenit a rencontré le prieur général des Camaldules. Diplômé d’histoire contemporaine, le père Barban a fait des études de théologie à Rome, à Saint Anselme et à la Grégorienne ; il est moine depuis 1989.

Zenit - Un ordre religieux qui fête son millième anniversaire, c’est émouvant!

P. Barban – J’ai invité mes confrères à vivre cet événement avec beaucoup d’humilité et à ne pas tomber dans le piège de l’autoglorification, des discours un peu apologétiques, parce que mille ans sont comme un seul jour aux yeux du Seigneur, comme le dit la Lettre de Pierre. S’il est vrai que mille ans sont beaucoup au regard de l’histoire, nous devons garder les pieds sur terre, être humbles, être conscients aussi de notre caractère marginal, du petit nombre que nous représentons, parce que nous ne sommes qu’une centaine dans le monde entier. Le Seigneur nous a bénis pendant mille ans et j’espère qu’il continuera de le faire ; toutefois nous sommes conscients de nos limites et de nos potentialités mais aussi de la situation objective de nos maisons et de notre congrégation.

Quel a été votre charisme au long des siècles, et quel est-il aujourd’hui ?

Notre charisme est un peu complexe parce que nous vivons à la fois la vie cénobitique, dans notre monastère situé à huit cents mètres d’altitude, et une vie de type érémitique, avec un ermitage à mille deux cents mètres. Et nous avons aussi un troisième bien, comme nous l’appelons. Le premier consiste dans notre vie communautaire, le second dans la vie solitaire et le troisième est l’évangélisation.

Vous faites allusion à l’accueil et aux cours que vous dispensez dans vos maisons ?

Oui, parce que nos communautés, nos hôtelleries sont un « poumon » très ouvert, un lieu d’accueil en vue de la formation théologique, biblique, de culture générale. Nous valorisons cette dimension de rencontre, non négligeable, avec l’homme et la femme d’aujourd’hui ; nous pratiquons une hospitalité en vue de l’évangélisation.

Je sais que vous réalisez un travail œcuménique et interreligieux important

Oui, depuis une trentaine d’années, nous proposons chaque année une semaine consacrée au dialogue judéo-chrétien. Nous avons été les premiers à lancer ce mouvement en Italie, cette forme de dialogue étroit et unique entre chrétiens, catholiques et juifs.

Et en tant que moines ?

Nous sommes très ouverts aux traditions des Eglises orientales et orthodoxes. Il est clair qu’étant moines nous sommes nés avant la division entre le monde latin et le monde grec, byzantin. Nous conservons donc, d’une certaine manière, un lien avec la tradition monastique et théologique et avec les Eglises orthodoxes byzantines.

Vous poursuivez un dialogue œcuménique mais aussi interreligieux ?

Ayant une maison en Inde, nous entretenons un dialogue interreligieux parce que la majorité des Indiens sont évidemment hindouistes. Par nos moines présents en Inde, nous sommes en contact avec la tradition monastique hindoue mais aussi avec la tradition bouddhiste ; c’est donc un contexte d’accueil et de compréhension mutuels.

Comment vivez-vous la nouvelle évangélisation ? Uniquement par la prière ou aussi par un contact direct ?

Le silence et la prière sont prioritaires dans la règle des moines camaldules, mais cela ne nous isole pas ; nous ne cherchons pas à nous séparer du monde mais à nous y confronter, à travers le dialogue et l’hospitalité. Nous pratiquons l’hospitalité envers tous, que les personnes soient plus ou moins croyantes, qu’elles soient catholiques pratiquantes ou en recherche. Il y a tant de personnes qui ont du mal à entrer dans une église catholique, qui ne vont peut-être plus à la messe ou qui ont des difficultés par rapport à la foi. Peut-être qu’elles se sentent plus à l’aise dans un environnement comme le nôtre. Nous accueillons ces personnes qui ont besoin d’un éclairage pour leur vie intérieure, qu’elles soient catholiques, chrétiennes ou croyantes.

Quel genre d’accueil proposez-vous ?

Nous offrons plusieurs types d’accueil. L’ermitage est réservé à ceux qui viennent pour la prière et le silence, pour une retraite spirituelle. Au monastère, des sessions d’une semaine sont organisées sur des thèmes particuliers. Et il y a aussi des retraites pour les prêtres, les religieuses, etc.

Etude et silence, donc ?

Toutes ces propositions se succèdent. La dimension d’étude est plus importante au monastère et à l’ermitage on trouve une dimension plus contemplative, orientée vers le silence, la prière et la méditation.

Etes-vous l’ordre monastique le plus ancien ?

Je ne sais pas si nous sommes le plus ancien des ordres monastiques, mais il est sûr que faisons partie des rares qui ont une histoire millénaire.