Ministre de Dieu au Soudan : Une rencontre avec Mgr Mazzolari

La Fondation Oasis publie un reportage consacré à l’évêque défunt

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ROME, Lundi 25 juillet 2011 (ZENIT.org) – Samedi 16 juillet, alors qu’il célébrait la messe quotidienne, Mgr Cesare Mazzolari, évêque de Rumbek au Soudan, est décédé après avoir été victime d’un malaise. Pour rappeler son témoignage extraordinaire, sa vie totalement donnée pour annoncer l’Évangile, la Fondation internationale Oasis – consacrée à la connaissance réciproque et à la rencontre entre chrétiens et musulmans – propose en avant-première un extrait du reportage consacré à l’évêque défunt et au Soudan du Sud.

L’intégralité de ce reportage sera publié dans le prochain numéro de la revue Oasis dont la sortie est prévue en septembre prochain.

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Pour indiquer la Loreto School, située à six kilomètre du centre-ville de Rumbek, ville de 300 mille habitants du Sud-Soudan (officiellement « seulement » 60 mille, mais les réfugiés, avec leurs baraques, ont étendu cette localité), une pierre blanche a été déposée à la place d’un panneau, comme une balise pour ceux qui parcourent la grande route coloniale qui monte vers la ville de Wau : « La pierre rejetée par les constructeurs est devenue la pierre angulaire » blague, tout en étant sérieux, monseigneur Cesare Mazzolari, évêque du diocèse de Rumbek, missionnaire depuis 30 ans dans ces lointaines terres d’Afrique, destination du grand apôtre Daniele Comboni. Visiter cette école féminine, unique en son genre dans tout l’État du Sud-Soudan qui en est encore à ses balbutiements, signifie toucher du doigt la force « révolutionnaire » de l’éducation. La pierre rejetée, dans ce cas, ce sont les filles dinkas, la principale tribu nilotique, c’est-à-dire négroïde, de ces contrées. Et oui, parce qu'ici, les femmes doivent prendre en charge la majorité du travail, aussi bien à la maison qu’à l’extérieur : l’éducation des enfants, les tâches domestiques, un emploi. Pour ne donner qu’un exemple : à ces latitudes, aller chercher de l’eau n’est pas une bagatelle étant donné qu’il faut faire des kilomètres à pied, le matin et le soir. En revanche, ici, à la Loreto School, les filles reçoivent quelque chose de différent : elles vont à l’école, elles sont instruites et se préparent à devenir les leaders de la société. Elles profitent d’un petit Eden bien entretenu : « La main des sœurs se voit toujours » – exclame l’évêque Mazzolari, originaire de Brescia, américain de vocation (il a étudié et travaillé en Californie), soudanais d’adoption. « Regarde les fleurs, les plantes : ici tout est magnifique ! ». Et, en effet, l’intérieur du bâtiment semble être design, étant donné la modernité et le bon goût dans l’agencement des pièces. Actuellement, les 54 étudiantes de cette secondary school abordent les examens de fin d’année. Les enseignants – provenant tous de l’étranger, de l’Ouganda et du Kenya, ce qui en dit long sur le retard du Soudan, le 150e pays le plus pauvre du monde – font passer les examens d’anglais, de sciences, de géographie et d’histoire.

La Loreto School est vraiment une exception dans tout le Soudan, désormais l’ex-plus grand pays d’Afrique, démembré par le référendum historique qui, le 9 janvier dernier, a ratifié l’indépendance du Sud après 23 années d’une guerre civile très sanglante. […]

Dans un pays qui compte 85% d’analphabètes, le premier défi est certainement l’instruction. Non seulement pour enseigner à lire, écrire et calculer. Mais aussi pour construire une identité personnelle, une forme de peuple, une nation tournée vers le futur. Mazzolari l’explique clairement durant un voyage en jeep, qu’il conduit bien qu’il ait presque 74 ans et que les routes du Sud-Soudan ressemblent fortement à des pistes de la savane. Un des problèmes auquel les missionnaires doivent faire face tous les jours est la sujétion de la femme dans une culture polygame. « L’éducation et l’émancipation de la femme sont une des choses qui feront s’écrouler la polygamie, lorsqu’elles comprendront qu’elles sont destinées à quelque chose de plus qu’à être la 20e ou 30e femme du vieux riche du village » – explique convaincu Mazzolari. Bien que la modernité fasse une entrée timide dans une société hermétique comme celle du Sud-Soudan, les jeunes, étourdis par les coutumes sociales, « sont complètement enchaînés à leur culture avec une espèce de complexes. La polygamie, l’obligation de vengeance et d’autres situations négatives. Les gens sont victimes de ce cercle vicieux. Il faudra des convictions chrétiennes terriblement fortes pour faire échouer tout cela » explique le prélat de Brescia.

En plus de la débâcle de la polygamie, échec de la dignité de la femme et de la valeur même de l’amour, l’éducation, si on la considère dans un sens chrétien, est en train d’apporter dans la Nigritia antique une autre valeur humaine et sociale très importante : le pardon. « En tant qu’Église, nous avons réconcilié les nouers et les dinkas à travers notre association diocésaine dédiée à sainte Monique : nous avons fait se rencontrer des tribus qui à une époque étaient en conflit, les familles dinkas ont rendu visite aux nouers et les nouers sont allés dans les maison des dinkas. Cela s’est produit dans les 7 ou 8 dernières années, lorsqu’il y avait encore la guerre. Quand les personnes oublient la vengeance, la paix arrive. De nombreuses femmes ont pardonné les infamies que le Nord a commis envers le Sud : à Khartoum, ils étaient fatigués de combattre, nous, au Sud nous étions par terre, épuisés. Le traité de paix, au fond, a été un acte de réconciliation, même si le Nord le considère uniquement comme une trêve ».

Le travail de réconciliation de l’Église ne s’est pas seulement produit au niveau du pouvoir politique. Bien que comme le remarque Mazzolari, « pour la paix nous avons fait le tour des ambassades : nous sommes allés en Afrique du Sud, en Ouganda, au Nigeria, au Kenya, où finalement nous avons réussi à conclure les accords de paix. Nous autres, évêques, nous sommes aussi venus en Europe : au Ministère des Affaires étrangères de Rome, en Allemagne, en France, en Grande-Bretagne. La conférence épiscopale des États-Unis est venue nous visiter, tout comme les Évêques d’Afrique du Sud. Ce fut une tentative constante de créer une nouvelle situation, une époque de liberté pour ressusciter l’esprit de ce peuple qui a souffert à cause de trop nombreuses années de guerre ». Ce que Mazzolari et d’autres avec lui ont essayé de faire, c’est de cicatriser les blessures de plus d’une vingtaine d’années d’affrontements et d’oppositions de manière à dépasser le terme ennemi. Un exemple : « Dans la région de la frontière entre le Nord et le Sud, de nombreux jeunes parvenaient à s’échapper des campements de tentes où ils étaient amassés comme des esclaves par les baghar, les marchands esclavagistes arabes. Alors, nous avons mis sur pied des écoles à Gordhim et à Marial Con, deux de nos missions, où une éducation a été proposée à ces jeunes ex-esclaves. C’était des jeunes traumatisés et mentalement perturbés au point qu’ils ne savaient plus parler leur dialecte. Je me rappelle avoir vu dans un camp près de Malualkon quelques jeunes sous des cabanes faites de branchages : ils s’étaient à peine enfuis. Nos écoles n’ont pas seulement été des écoles, mais de véritables refuges pour ces jeunes. C’étaient des lieux où on amalgamait des enfants qui venaient du Nord réfractaires à rencontrer ceux du Sud : nos centres ont été capables d’une réconciliation et d’une intégration véritables. Nous avons été en mesure d’offrir un futur à des centaines d’enfants ex-esclaves. Un jour, ils diront : ‘S’il n’y avait pas eu l’Église, nous serions encore abandonnés et ignorants’. J’ai envoyé plusieurs enfants ex-esclaves à l’Université. Une jeune fille, Suzanne, est allée jusqu’à Oxford : maintenant, elle est responsable des relations publiques du gouvernement du Sud-Soudan». Ici, l’éducation est utile comme le pain l’est pour l’affamé et l’eau pour l’assoiffé. […]

Une des plus grandes consolations pour un missionnaire est de voir, du moins en partie, les fruits de sa mission. Monseigneur Mazzolari ne cache pas son enthousiasme en parlant de ses premiers chrétiens : « Durant mes premières années de mission parmi les azandi, j’ai moi-même suivi la préparation au baptême. Ensuite, en tant qu’Évêque, j’ai baptisé en une soirée à Niam Liel au moins 1200 jeunes. Le matin suivant, j’ai administré la confirmation à 900. Ce sont des moments – lorsqu’ils deviennent instruments de sanctification – où nous sommes, nous aussi, sanctifiés. On ne peut pas oublier combien et comment Dieu agit dans le cœur des personnes. Et lorsque tu deviens son ministre, et bien, c’est magnifique ! Une expérience gigantesque !» […]

*La version intégrale du reportage sera publiée sur le prochain numéro de la revue Oasis, à paraître en Septembre 2011