Moines de Tibhirine : un témoignage fort de vie auprès des musulmans

Article de Mgr Teissier, ancien archevêque d’Alger

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ROME, Jeudi 28 octobre 2010 (ZENIT.org) - Dans un article intitulé « Tous frères en Dieu », Mgr Henri Teissier, archevêque émérite d'Alger, revient sur le martyre des moines de Tibhirine, évoquant « la qualité des liens humains et spirituels que les moines avaient su établir avec leurs voisins musulmans ».

Cet article, repris dans L'Osservatore Romano du 28 octobre, sera publié dans le prochain numéro du bimensuel italien « Il Regno Attualità », à l'occasion de la sortie en Italie du film « Des hommes et des dieux », consacré aux moines assassinés en 1996.

Installée depuis 1937 à Tibhirine, la communauté cistercienne « prit progressivement une forme de vie qui en a fait un véritable symbole de notre vocation chrétienne en Algérie », a affirmé Mgr Teissier. En effet, « les moines formaient une communauté chrétienne et monastique à travers le signe de la prière chrétienne, du service évangélique et de la rencontre sans préjugé avec un voisinage presque totalement musulman ».

« C'est pour cela que la majeure partie des chrétiens pratiquants des quatre diocèses d'Alger cherchait chaque occasion de passer par là pour une période de retraite ou un week-end spirituel », a-t-il ajouté. « Par ailleurs, le père Christian de Chergé, devenu abbé du monastère, maintenait une correspondance de direction spirituelle très importante avec de nombreux prêtres, religieux, laïcs ».

C'est ainsi que le monastère a tissé « des liens très étroits avec les quatre diocèses d'Algérie », a-t-il affirmé en soulignant que « peu de monastères pouvaient se vanter d'avoir une relation aussi étroite avec son Eglise locale ».

« Mais ce qui pour nous était particulièrement émouvant, c'était la qualité des liens humains et spirituels que les moines avaient su établir avec leurs voisins musulmans », a rappelé l'ancien archevêque d'Alger.

« Ils avaient des relations avec la plus grande partie des habitants du village de Tibhirine, qui peu à peu s'étaient habitués à reconnaître dans leurs voisins trappistes des frères en Dieu, même s'ils étaient musulmans et les moines chrétiens : relations de malades avec frère Luc, médecin, qui fréquentaient le dispensaire, visite au frère « gardien », Amédée, ou à un autre pour se faire remplir des formulaires, travail en commun avec frère Christophe, chargé du jardin ou avec frère Paul, dont les compétences hydrauliques étaient connues de tous ».

Certains savaient aussi partager avec frère Christian « leurs préoccupations spirituelles et tous reconnaissaient donc la valeur de la prière des moines et profitaient en même temps de la salle de prière que les moines avaient préparé pour eux en ouvrant une salle du monastère qui donnait sur la rue ».

La situation s'aggrava en 1992

Mgr Teissier a aussi raconté comment, à deux reprises, « le père abbé (lui) demanda de recevoir individuellement chacun des moines pour vérifier la liberté des décisions qu'ils avaient prises de rester, malgré les dangers qui entouraient le monastère ».

« Leur enlèvement dans la nuit du 6 au 7 mars fut une grande épreuve non seulement pour la communauté chrétienne mais aussi pour toute la société algérienne », a rapporté le haut prélat. « Tous nos amis algériens nous ont rassuré jusqu'à la fin, persuadés que les ravisseurs auraient respecté leur vie ».

Après l'annonce de leur mort, le 21 mai 1996, « nous avons reçu de nombreux témoignages de sympathie de personnes très diverses de la société algérienne ». « Et c'est alors que le mystère de la générosité monastique dont ils vivaient, cachés, dans une région isolée du Titteri, s'est révélé au monde, avant même le testament de Christian ».