Mon grand-père, Juste parmi les nations et bientôt bienheureux

Journaliste et père de famille héroïque

Rome, (Zenit.org) Luca Marcolivio | 649 clics

Moins de dix jours avant la béatification d'Odoardo Focherini, le 15 juin prochain, Zenit a rencontré son petit-fils, Francesco Manicardi, le fils de sa fille Gianna, son cinquième enfant. Il n’a pas connu son grand-père mais il connaît tout de la vie de ce membre de l’Action catholique, journaliste, qui a sauvé 105 juifs de la déportation nazie, et mort en héros et en martyr dans le camp nazi d’Hersbruck, en Bavière orientale, le 27 décembre 1944. (cf. Zenit du 7 novembre 2012).

Francesco Manicardi évoque divers aspects humains et spirituels du futur bienheureux, qui font de lui un modèle pour tous les chrétiens, appelés à devenir des saints dans leur vie quotidienne.

Zenit - Vous n’avez jamais connu personnellement votre grand-père Odoardo: de quelle manière votre famille vous a transmis ce qu’il était et son enseignement?

Francesco Manicardi - Tous les petits-enfants (nous sommes 15!) et enfants d’Odoardo Focherini, nous avons connu le grand-père Odoardo, grâce aux photos que ma tante plus âgée, Olga,  conservait, et grâce aux récits de ma grand-mère Maria, que nous avons bien connue: une femme toute menue mais forte, vêtue de noir, qui a porté le deuil pendant 45 ans et a vécu son existence en se partageant entre les tâches de la maison, où elle a accueilli enfants et petits-enfants, et l’Eglise, où elle recevait l’Eucharistie tous les jours.

L’image que l’on a reçue est celle d’un grand-père actif, chaleureux, sociable, ouvert aux autres. Sa maison était ouverte à tout le monde, à ses amis (provenant non seulement de Carpi mais du Trentin et du reste de l’Italie) mais ouverte aussi à tous ceux aussi qui étaient dans le besoin: le voisin plus pauvre, la fille mère en difficulté, les jeunes filles et filles de la mère Nina, une sainte locale,  auxquelles était donnée une instruction. Odoardo et Maria Focherini ont une paternité et maternité qu’ils étendent aux enfants des autres. Et c’est peut-être ça qui explique qu’à un certain moment Odoardo Focherini a aussi accueilli les persécutés, voyant en eux des frères (comme dans le cas des juifs), mais aussi ses propres enfants. Grand-mère Maria lui disait: « Nos enfants sont en sécurité, ils ont un toit, eux pas : vas-y et aide-les ».

Odoardo Focherini est un « Juste parmi les nations » : en quoi son exemple reste-t-il d’actualité ?

Le fait qu’Odoardo Focherini, à la fin des années 60, ait reçu cette reconnaissance comme Juste parmi les Nations,  comme non juif qui a risqué sa vie pour sauver des juifs, s’ajoute à la béatification et autres reconnaissances qu’il a reçues comme celle du président de la république Napolitano qui, en 2007, lui a conféré la médaille d’or à la mémoire pour mérite civil. Odoardo a été reconnu au niveau civil, au niveau de l’Eglise universelle, au niveau de l’Etat d’Israël: je crois donc qu’il peut vraiment être un exemple de dialogue interreligieux mais surtout d’accueil envers les autres, soit le pauvre, le petit qui a besoin d’éducation, mais aussi de l’étranger, de celui qui était considéré un étranger par nous : alors le juif, peut-être aujourd’hui l’extracommunautaire. Cet esprit d’ouverture et d’accueil d’Odoardo, bien connu dans le petit monde ecclésial de Carpi, était le même que celui que l’on trouve chez don Zeno Saltini de Nomadelphie et d’autres grandes figures et serviteurs de Dieu.

Une chose significative : à Carpi l’école qui lui est dédiée et porte son nom a mis en scène un spectacle sur la vie de mon grand-père, où l’acteur principal était un jeune musulman qui a étudié la vie d’ Odoardo Focherini, un catholique, et l’a interprété: si cela n’est pas un pont jeté vers le dialogue entre les religions, je ne sais quel autre exemple nous pouvons trouver!

Quel journaliste était Odoardo Focherini ?

Quand il était jeune, en foyer, avec Zeno Saltini, qui a ensuite été ordonné prêtre, mon grand-père apprit à utiliser les machines à imprimer, et à imprimer un journal de liaison pour les jeunes catholiques d’Italie. Puis il s’est exercé comme correspondant local  d’Avvenire d’Italia et avec l’Osservatore Romano

Il a ensuite été appelé comme administrateur du journal mais ne cessa jamais de s’intéresser à la communication et aux médias qui, évidemment, à l’époque, étaient sous l’égide et le contrôle du régime.

Dans ses articles Odoardo n’abord pas seulement des sujets importants comme la religion et la foi, il souligne aussi l’humanité des personnes avec qui il parle : la personnalité d’un évêque qui vient d’arriver, des personnes qu’il rencontre aux congrès eucharistiques, le rôle qu’ont eu certains grands prêtres, comme le père Agostino Gemelli : partout il mettait cette touche d’humanité très caractéristique. Il n’est pas un excellent écrivain mais une personne très concrète. 

Même comme administrateur du journal il s’oppose à la volonté du régime, allant le 8 septembre jusqu’à interrompre la publication du journal, pour ne pas donner l’aval au mouvement nazi en cours.

Votre grand-père fut aussi un assureur …

Quand je vais témoigner de mon grand-père  dans les écoles je dis : « Si on peut faire saint un assureur, nous pouvons tous devenir des saints … ». Le préjugé sur l’assureur est celui d’une personne qui veut faire de l’argent à tout prix. En réalité l’éthique de la profession d’ Odoardo est expliquée dans  un livret qu’il a lui-même préparé pour ses agents et subalternes lorsqu’il était inspecteur. Il dit dedans : «  vous devez avoir le plus grand respect pour les autres compagnies et pour vos competitor, mais vous devez bien les connaître, avoir un brin d’ambition, être corrects et, à la fin, interpréter votre rôle professionnel, comme une mission, car au bout du compte vous apportez dans vos familles des économies, avec les assurances vie et, avec les assurances, la pensée pour le lendemain.

 Ayant une femme et 7 enfants, Odoardo a clairement raisonné sur son avenir. Un détail que peu de gens connaissent c’est qu’en 1936 il rédigea un testament dans lequel il s’excuse avant tout auprès de tous ses employés et supérieurs pour les torts éventuellement commis, professe sa foi inconditionnelle en l’Eglise et dresse une liste de personnes et situations qui lui tenaient à cœur: parmi ces personnes les pauvres du Trentino, d’où ils provenaient lui et sa femme, et puis de structures comme le quotidien Avvenire d’Italia, l'Action Catholique, la Conférence Saint-Vincent, et l’Unitalsi, qu’il a aidé à créer.

Traduction d'Océane Le Gall