Montfort : "La sainteté, perfection de la charité" (IV)

Lettre de Jean-Paul II (IVe partie)

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CITE DU VATICAN, Vendredi 16 janvier 2004 (ZENIT.org) – "La sainteté, perfection de la charité", c’est le titre de la quatrième partie de la lettre adressée par Jean-Paul II aux familles spirituelles montfortaines, à l’occasion du 160e anniversaire de la publication du "Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge" de saint Louis-Marie Grignion de Montfort. Jean-Paul II relit l’oeuvre du saint à la lumière de l’enseignement de Vatican II, principalement la constitution sur l’Eglise, Lumen gentium (ch. VIII).



En voici une traduction rapide, de travail. Nous avons déjà publié les trois premières des six sections (§§ 1-5, cf. ZF040113, ZF040114, et ZF040115).

"La sainteté, perfection de la charité"
6. La constitution Lumen gentium dit encore: "Cependant, si l’Eglise en la personne de la bienheureuse Vierge, atteint déjà à la perfection qui la fait sans tache ni ride (cf. Ep. 5, 27), les fidèles du Christ, eux, sont encore tendus dans leur effort pour croître en sainteté par la victoire sur le péché: c’est pourquoi ils lèvent les yeux vers Marie comme modèle des vertus qui rayonne sur toute la communauté des élus" (LG, 65). La sainteté est perfection de la charité, de cet amour de Dieu et du prochain qui est l’objet du plus grand commandement de Jésus (cf. Mt 22, 38), et est encore le plus grand don de l’esprit Saint (cf. 1 Co 13, 13). Ainsi, dans ses Cantiques, saint Louis-Marie présente successivement aux fidèles l’excellence de la charit (Cantique 5), la lumière de la foi (Cantique 6) et le salut de l’espérance (Cantique 7).

Dans la spiritualité montfortaine, le dynamisme de la charité est spécialement exprimé à travers le symbole de l’esclavage d’amour à Jésus à l’exemple et avec l’aide de Marie. Il s’agit de la pleine communion à la kénose du Christ; communion vécue avec Marie, intimement présente aux mystères de la vie de son Fils.

"Il n’y a rien parmi les chrétiens qui nous fasse plus absolument appartenir à Jésus Christ et à sa sainte Mère que l’esclavage de volonté, selon l’exemple de Jésus-Christ lui-même, qui a pris la forme d’esclave pour notre amour: Formam servi accipiens, et de la Sainte Vierge qui s’est dite la servante et l’esclave du Seigneur. L’Apôtre s’appelle par honneur servus Christi. Les chrétiens sont appelés plusieurs fois dans l’Ecriture Sainte servi Christi" (Traité de la vraie dévotion, 72). En effet, le Fils de Dieu, venu dans le monde en obéissant au Père à l’Incarnation (cf. He 10, 7), s’est ensuite humilié en se faisant obéissant jusqu’à la mort et à la mort de la Croix (cf. Ph 2, 7-8). Marie a correspondu à la volonté de Dieu par le don total d’elle-même, corps et âme, pour toujours, de l’Annonciation à la Croix, et de la Croix à l’Assomption. Certes, entre l’obéissance du Christ et l’obéissance de Marie il y a une asymétrie déterminée par la différence ontologique entre la Personne divine du Fils et la personne humaine de Marie, d’où découle aussi l’exclusivité de l’efficacité salfvifique de l’obéissance du Fils, qui est source, et dont sa Mère elle-même a reçu la grâce de pouvoir obéir de façon totale à Dieu et ainsi collaborer à la mission de son Fils.

L’esclavage d’amour doit donc être interprété à la lumière de l’admirable échange entre Dieu et l’humanité dans le mystère du Verbe incarné. C’est un véritable échange d’amour entre Dieu et sa créature, dans la réciprocité du don total de soi. "L’esprit de cette dévotion … est de rendre l’âme intérieurement dépendante et esclave de la très sainte Vierge et de Jésus par elle" (Secret de Marie, 44). Paradoxalement, ce "lien de la charité", cet "esclavage d’amour", rend l’homme pleinement libre, de la véritable liberté des enfants de Dieu (cf. Traite de la vraie dévotion, 169). Il s’agit de se remettre totalement à Jésus, en répondant à l’Amour dont Il nous a aimés le premier. Celui qui vit un tel amour peut dire comme saint Paul: "Ce n’est plus moi qui vit, c’est le Christ qui vit en mou" (Ga 2, 20).

(Fin de la IVe partie)