Moyen-Orient : Il faut cesser les discriminations contre les chrétiens

Interview du cardinal Sandri à L’Osservatore Romano

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ROME, Mercredi 24 mars 2010 (ZENIT.org) - Le cardinal Leonardo Sandri, préfet de la Congrégation pour les Eglises orientales, a encore une fois dénoncé les « discriminations » subies par les chrétiens au Moyen-Orient dans la plus « triste indifférence ».

Dans une interview accordée à L'Osservatore Romano, le 24 mars, il a invité au « respect des droits fondamentaux » et à une « réelle liberté religieuse », déplorant « l'injustice » qui touche les Eglises d'Orient qui « risquent de s'éteindre là où elles sont nées ».

Le cardinal Sandri a invité à « dénoncer avec la force douce de l'Evangile les discriminations que les chrétiens subissent au Moyen Orient », évoquant sa « grande préoccupation » pour certains pays comme l'Irak où il cite le cas d'un prêtre siro-catholique de Mossoul qui a récemment perdu son père et ses deux frères.

« Les martyrs chrétiens sont vraiment innombrables », a-t-il affirmé en déplorant que « beaucoup de pays du monde, surtout l'Occident qui est chrétien - au moins historiquement - semblent assister à leur immolation dans une très triste indifférence ».

Le danger de l'intégrisme religieux

Conséquences de ces discriminations : des « victimes innocentes », l'« insécurité », et « le blocus de toute tentative de reprise sociale et économique pour une vaste région, qui prive les jeunes générations du présent et de l'avenir ». Le haut prélat a évoqué une « instabilité » qui se répand de plus en plus et « se répercute sur l'importante diaspora orientale de chaque continent ».

A ses yeux, « la violence mortifie l'action pastorale de l'Eglise, l'engagement dans de nombreuses écoles, dans des centres d'assistance sanitaire et caritative, toujours ouverts à la population d'autres religions ». « Tout se résume dans le flux incessant d'émigrants qui de l'Orient rejoignent le monde ».

Les « plus anciennes Eglises » sont touchées, qui « risquent de s'éteindre là où elles sont nées », a-t-il déploré. « C'est une injustice terrible pour l'Orient qui voit une composante essentielle de son identité multireligieuse réduite à néant ».

Si la présence chrétienne dans ces pays s'évanouit, « le danger s'installe, toujours latent, de l'intégrisme religieux avec des dérives violentes possibles, voire terroristes », a-t-il mis en garde.

Respect de la liberté religieuse

Dans cette longue interview, il a invité l'opinion publique et les responsables des nations du monde, « perdus parfois dans des problèmes bien plus secondaires », à rappeler à tous « l'urgence du respect des droits fondamentaux et, parmi eux, celui d'une réelle liberté religieuse ».

Les Eglises chrétiennes du monde, « animées par une sensibilité œcuménique et interreligieuse » devront se faire solidaires « pour que le plus de chrétiens possibles restent en Orient, comme c'est leur droit et leur devoir, mais en les accueillant quand ils sont contraints de chercher une autre patrie », a-t-il souhaité.

Evoquant enfin le prochain Synode des évêques pour le Moyen-Orient, qui se déroulera à Rome du 10 au 24 octobre prochain, il a salué cette « première assemblée qui implique directement la réalité médio orientale et pourra être dans son ensemble une forte parole de paix au nom du Christ ».

Il a notamment souhaité qu'il permette de « rappeler l'urgence absolue d'une paix stable sur les bases d'un droit reconnu au niveau international et qui offre à tous, même aux chrétiens, les garanties essentielles mais suffisantes pour une présence digne en Orient ».

Marine Soreau