Ni « illuminé » ni « révolutionnaire » : le pape par lui-même

Entretien avec Henrique Cymerman dans La Vanguardia (4)

Rome, (Zenit.org) Anita Bourdin | 653 clics

Le pape François n’est ni un « illuminé » ni un « révolutionnaire », les changements qu’il apporte, ont été demandés par les cardinaux lors des Congrégations générales qui ont précédé le conclave, et il le fait à partir des « racines », de l’identité de l’Eglise.

C’est ce qu’il explique dans un entretien avec Henrique Cymerman, dans les colonnes au quotidien espagnol édité à Barcelone La Vanguardia, vendredi dernier, 13 juin 2014.

Curé et non moins pape

Le journaliste israélien a été reçu par le pape lundi dernier, 9 juin, au Vatican, au lendemain de la prière pour la paix dans les Jardins du Vatican. Le pape a répondu à une vingtaine de questions, de la persécution des chrétiens à l’antisémitisme en passant par la retraite des papes et la situation en Espagne.

 « Vous vous percevez toujours comme un curé ? », demande Cymerman. « La dimension de curé est celle qui montre le mieux ma vocation. J’ai à cœur de servir les gens. J’éteins la lumière pour ne pas gâcher l’électricité, par exemple. Ce sont des choses que fait un curé. Mais je me sens aussi Pape. Cela m’aide à faire les choses avec sérieux. Mes collaborateurs sont très sérieux et très professionnels. Je suis aidé pour accomplir mon devoir. On ne joue pas à faire le pape-curé. Ce serait immature. Quand un Chef d’Etat vient, je dois le recevoir avec la dignité et le protocole qu’il mérite. J’ai vrai que j’ai du mal avec le protocole, mais il faut le respecter.

Je ne suis pas un illuminé 

Quant aux “changements” mis en route par le pape, il s’explique : « Je ne suis pas un illuminé ! Je n’ai aucun prijet personnel sous le bras, simplement parce que je n’ai jamais pensé que j’allais rester ici, au Vatican. Tout le monde le sait. Je suis arrivé avec une petite valise pour rentrer ensuite à Buenos Aires. Ce que je suis en train de faire, c’est de mettre en oeuvre ce à quoi nous avons réfléchi, nous, les cardinaux, lors des Congrégations générales, c’est-à-dire lors des réunions que nous avons eues tous les jours, avant le conclave pour discuter des problèmes de l’Eglise. De là des réflexions et des recommandations. L’un d’elles, très concrètes a été que le prochain pape devait compter sur un conseil extérieur, c’est-à-dire sur une équipe d’assesseurs qui ne vivent pas au Vatican.

Il précise, à propos du Conseil des Huit : « Ce sont huit cardinaux de tous les continents et un coordinateur. Ils se réunissent ici tous les deux mois. Maintenant, nous allons avoir quatre jours de réunion le 1er juillet, et nous poursuivons les changements que les cardinaux eux-mêmes nous demandent. Ce n’est pas obligatoire que nous le fassions, mais ce serait imprudent de ne pas écouter ceux qui savent. »

Revenir aux racines

A ceux qui disent que le pape est « révolutionnaire », il répond : « Pour moi, la grande révolution, c’est de revenir aux racines, de les reconnaître, et de voir ce qu’elles ont à dire aujourd’hui. Il n’y a pas de contradiction entre révolutionnaire et revenir aux racines. Plus encore, je crois que la manière de faire de vrais changements, c’est l’identité. On ne peut jamais faire un pas dans la vie sino à partir de l’arrière, sans savoir d’où je viens, quel nom je porte, quel nom culturel ou religieux je porte. »

Né au Portugal, de mère espagnole et de père polonais, Henrique Cymerman a fait sa “montée” en Israël à l’âge de 16 ans. En avril 2013, il a été invité à Buenos Aires, pour donner une conférence sur le Moyen Orient, devant quelque 700 personnes, dont le rabbin Abraham Skorka, ami du cardinal Jorge Mario Bergoglio, qui lui suggéra d’aller rencontrer le pape au Vatican.

Il y a un an, le 13 juin 2013, il a été reçu par le pape François, avec Skorka, à Sainte-Marthe. Dans un entretien privé, le pape lui demanda à propos du conflit israélo-palestinien: « Que puis-je faire pour aider ? » L’entretien dura cinq heures, et il s’est poursuivi par des échanges téléphoniques pour par courriel.