Nigeria: l'AED rencontre les victimes de Boko Haram

Le point sur les vraies raisons des attentats

Rome, (Zenit.org) | 564 clics

« On peut se demander si les raisons qui sont à l’origine des attentats de Boko Haram sont de nature religieuse, politique ou économique. Mais on ne peut nier que les violences ont volontairement atteint la communauté chrétienne et que les fidèles souffrent terriblement ». Regina Lynch, responsable internationale de la section "projets" de L’Aide à l’Église en détresse, décrit ainsi les conditions dramatiques des chrétiens nigérians à l’issue d’un voyage qu’elle a effectué dans ce pays d’Afrique.

En mai dernier, au moment même où le président Goodluck Jonathan déclarait l’état d’urgence dans les trois États septentrionaux de Borno, Yobe et Adamawa, une délégation internationale de la fondation pontificale a visité le nord du Nigeria et a rencontré plusieurs victimes des attaques des extrémistes.

Parmi celles-ci, Chioma Dike qui a perdu son mari Williams et trois de ses cinq enfants, Emmanuel (4 ans), Richard (6 ans) et Lilian (10 ans) dans l’explosion du 25 décembre 2011, dans l’église Sainte Thérèse de Madalla, dans la banlieue de la capitale Abuja. Ses deux autres enfants ont été gravement blessés. « Williams avait amené les petits à la messe, raconte-t-elle à L’AED, tandis que j’étais restée à la maison pour préparer le déjeuner de Noël ». La tragédie qui a détruit sa vie n’a nullement entamé sa foi. « J’ai le cœur brisé et Dieu seul peut le guérir ».

Dans un autre épicentre où se déchaîne la violence de la secte fondamentaliste, le diocèse de Maiduguri, la fondation pontificale a été accueillie par le Père John Bakeni, curé d’une petite église proche de la frontière avec le Niger. « Pendant les trois mois qui ont suivi mon arrivée, je n’ai jamais réussi à dormir, se souvient le jeune prêtre, des hommes n’ont cessé de tirer des coups de feu et de lancer des pierres et des animaux morts par-dessus le mur de la paroisse ».

Dans les différents diocèses visités par la délégation de L’AED, les témoignages varient essentiellement quant à la gravité des attentats subis. « La chaleur avec laquelle nous avons été accueillis chaque fois était exactement la même, fait observer Lynch. Personne ne parvenait à croire que quelqu’un pouvait risquer sa vie uniquement pour venir les rencontrer ».

Depuis 2007 jusqu’à aujourd’hui, dans le nord du Nigeria, plus de 100 églises ont été touchées par les extrémistes, tandis que, rien qu’en 2012, plus de 900 chrétiens ont été tués en haine de la foi. Malgré sa souffrance indicible, l’Église du "géant africain" est encore vivante et dynamique, comme le montrent les chiffres. Dans les quarante-huit diocèses du pays, on célèbre chaque année plus d’un demi-million de baptêmes, les religieuses sont plus de 4600, les prêtres et religieux environ 4200. Le nombre des vocations aussi (plus de 6000 séminaristes) est impressionnant et de nombreux recteurs de séminaire ont demandé de l’aide à L’AED pour agrandir ou rénover leurs structures afin d’éviter de refuser de nouveaux étudiants. Le dernier projet approuvé par la fondation est une contribution de 18.000 euros destinés au grand séminaire Saint-Augustin de Jos, dans l’État de Plateau. « Notre province est parmi les plus durement touchées par les fondamentalistes, explique à L’AED-Italie le recteur, le Père Sylvester Dagin. Et pourtant, il ne manque pas de jeunes qui, après avoir vu la mort en face, choisissent la voie du sacerdoce, déterminés à apporter leur témoignage de foi à leurs compatriotes.

L’Église nigériane poursuit sa mission aux côtés de la communauté, invitant les fidèles à pardonner à leurs persécuteurs et à renoncer au désir de vengeance. « Mais malheureusement, ce n’est pas le seul défi à relever », affirme Regina Lynch. Avec la poursuite incessante des violences, les chrétiens qui fuient le nord du pays sont de plus en plus nombreux, laissant l’Église privées de ses fidèles et d’un soutien économique. « Beaucoup de paroisses ont vu leurs offrandes diminuer de plus de la moitié et aujourd’hui, elles ont besoin de notre aide. Nous devons soutenir les prêtres, les catéchistes, les séminaristes et toutes les écoles catholiques. Et nous devons assurer notre soutien à la reconstruction des églises détruites, à la pastorale des victimes de tant d’atrocités et, ce n’est pas le moindre, à la promotion du dialogue religieux ».

Entre 2009 et 2012, L’Aide à l’Église en détresse a soutenu des projets en faveur de l’Église du Nigeria à hauteur d’environ deux millions cinq cent mille euros. En 2013, la fondation pontificale a déjà approuvé des projets pour un total de plus de six cent mille euros.

Traduction Hélène Ginabat