Nigeria : la Caritas apportera une aide humanitaire aux victimes du conflit

A Jos, les Nigérians craignent de nouvelles tueries

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ROME, Jeudi 11 Mars 2010 (ZENIT.org) - Les tueries dans la ville nigériane de Jos, qui ont fait des centaines de morts le week-end dernier, ont terrorisé la population locale, affirme la Caritas dans un communiqué.

Caritas mettra en place des programmes de « construction de la paix » et apportera une aide humanitaire aux victimes du conflit. L'organisation demande également aux autorités nigérianes de renforcer la sécurité sur place.

L'archevêché catholique de Jos célèbrera une messe de solidarité pour les survivants le 19 mars prochain à l'église paroissiale Saint Jarlath à Bukuru.

Incertitude sur le nombre de victimes

Entre 200 et 500 personnes ont été tuées dans des villages près de Jos le 7 mars. Selon Caritas Nigeria, le gouvernement a ignoré les signaux d'alerte. La population a désormais cessé de faire confiance aux forces de sécurité.

« Les gens ont très peur qu'il y ait d'autres attaques. Ils ont peur de dormir dans leurs maisons et nombre d'entre eux sont partis se cacher dans les montagnes. Il faut mettre fin à la violence pour de bon », a estimé le Père Anthony Fom, président de Caritas Jos.

Les informations sur le nombre de victimes restent incertaines. Les prêtres des paroisses locales ont compté plus de 200 enterrements en raison des violences, d'autres sources parlent de plus de 500 morts.

« Des rumeurs sur de nouvelles attaques circulent sans cesse, mais on ne sait jamais s'il faut les prendre au sérieux. Même maintenant, deux jours après les dernières tueries, il y aurait déjà de nouvelles menaces. Les gens ne se sentent jamais en sécurité ici », a estimé le Père Fom.

Des villageois de Dogon Nahawa, Ratsat et Zot Foron, à environ 20 kilomètres au sud de Jos, ont été attaqués dans la nuit de samedi à dimanche. Pendant deux heures, les agresseurs, apparemment des bergers musulmans de l'ethnie Fulani, ont massacré des centaines de personnes appartenant à l'ethnie Berom, majoritairement chrétienne.

Les tueries se sont produites pendant le couvre-feu instauré par le gouvernement après les attaques de janvier pour éviter de nouveaux affrontements, mais les forces de sécurité n'ont pas arrêté les agresseurs sur leur chemin.

Environ 500 familles ont été déplacées par les attaques et beaucoup d'autres personnes ont été affectées. Caritas leur apportera une aide alimentaire, des vêtements, des couvertures et autre matériel humanitaire.

Caritas développe des programmes d'aide

Caritas Nigeria travaille en étroite coopération avec d'autres membres du réseau Caritas pour développer des programmes d'aide et de promotion de la paix sur place.

« Les employés de Caritas à Jos nous tiennent au courant de la situation », a déclaré le cardinal Oscar Rodriguez Maradiaga, président de Caritas Internationalis, depuis le siège de l'organisation au Vatican. « Les membres Caritas du monde entier condamnent ces terribles tueries. De tels crimes horribles ne doivent plus pouvoir se reproduire », a-t-il dit.

« Nous souhaitons exprimer notre solidarité avec ceux qui ont perdu un proche et avec les employés de Caritas Nigeria. Notre confédération mondiale est prête à soutenir des efforts de promotion de la paix », a assuré le cardinal.

Après les tueries de janvier, Caritas a apporté une aide d'urgence à 15 000 personnes. Néanmoins, les violences ont durablement marqué la population. Des enfants devenus orphelins à cause des tueries et d'autres personnes affectées auront besoin d'être suivies à long terme. Des communautés entières ont été dévastées, leurs habitants sont désespérés.

« Le gouvernement a lancé une enquête pour trouver les coupables, mais je ne crois pas que les choses vont beaucoup changer. Justice ne sera pas faite », a estimé le père Audu.

Il s'agit d'un conflit très complexe. Des aspects politiques, religieux, économiques et ethniques entrent en jeu.

Caritas Nigeria, en étroite coopération avec différents membres internationaux de Caritas, a mis en place un projet pour promouvoir la paix au niveau local.

« Les gens ne font plus confiance aux forces de sécurité et au gouvernement. Chaque groupe se croit victime de discriminations. Avec nos projets, nous voulons rapprocher les différents groupes au niveau local. Des tensions existent, nous ne devons pas nier cela. Mais elles ne peuvent jamais justifier l'emploi de la violence. Nous devons faire comprendre aux gens que les problèmes peuvent être résolus de façon pacifique », a dit le père Fom.