Nigeria : le card. Onaiyekan appelle le gouvernement à agir

L'Osservatore Romano dénonce des tragédies meurtrières

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Anne Kurian

ROME, mercredi 28 novembre 2012 (ZENIT.org) – Le cardinal nigérian Onaiyekan appelle le gouvernement à agir et L’Osservatore Romano s’élève contre ces tragédies meurtrières, alors que de nouvelles violences sévissent au Nigeria. Les chrétiens, cibles des attaques, vivent entre peur et affermissement de leur foi.

La violence se poursuit en effet au Nigeria : deux voitures piégées conduites par des kamikazes ont explosé dans l’église protestante Saint-André du complexe militaire de Jaji, ville de l’état de Kaduna, dimanche 25 novembre 2012. Un bilan fait état d’au moins onze morts et de dizaines de blessés.

Le lendemain, lundi 26 novembre, un nouveau massacre a causé huit victimes dans un assaut d’hommes en uniformes militaires, à bord d’un véhicule de l’armée, qui ont tiré sur des civils dans un bar de Heipang, non loin de Jos, dans l’état de Plateau.

Pour un réveil du gouvernement

Le cardinal John Onaiyekan, archevêque d’Abuja, capitale du pays, exprime son inquiétude à l’Aide en l’Eglise en détresse italienne (ACS), après l’attaque dans la base militaire, une « énième tragédie », mais qui cette fois a touché « un des plus grands complexes militaires du pays ».

Pour le cardinal, c’est un « signal préoccupant », car il signifie « qu’aucun lieu n’est à l’abri ». Il souhaite que ces derniers attentats « réveillent » le gouvernement, poussant les autorités à « défendre plus vaillamment les citoyens ».

Rappelons que le cardinal Onaiyekan, qui a été créé cardinal samedi dernier 24 novembre (cf. Zenit du 24 octobre 2012), est un artisan de paix et un homme de dialogue : il a notamment reçu le Prix de la Paix 2012 de Pax Christi le 31 octobre 2012 (cf. Zenit du 29 octobre 2012). Son cardinalat est un signe de la sollicitude du pape pour les chrétiens du pays et pour la paix au Nigeria.  

Il y a un mois, le 28 octobre 2012, Mgr Mathew Ndagoso, archevêque de Kaduna, avait déjà appelé les dirigeants du pays à être « des agents sincères de réconciliation et de paix, afin d'assurer le développement du pays et la coexistence pacifique de toutes les personnes, indépendamment de leurs différences ethniques ou religieuses ».

La foi, fortifiée par les épreuves

Le P. Joseph Salihu, recteur du séminaire majeur du Bon Berger de Kaduna, rapporte selon ACS que « la peur grandit chez les fidèles » : chaque dimanche les bancs des églises sont plus dépouillés « et il n’est pas facile pour les séminaristes et les prêtres d’apporter une parole de réconfort ».  

Le recteur se dit préoccupé en particulier pour les jeunes, auprès desquels le fondamentalisme semble avoir une certaine « attractivité ». Cet état des choses est dû au « faible niveau d’éducation » et au « manque total de perspectives futures », qui permettent aux extrémistes de recruter très facilement, estime-t-il.

C’est pourquoi il insiste : « il est indispensable que les jeunes reçoivent une instruction adéquate et aient des possibilités de trouver du travail ».

Cependant, ajoute-t-il, « il y a également des jeunes qui, après avoir vu la mort en face, choisissent la voie du sacerdoce, déterminés à apporter leur témoignage de foi à leurs compatriotes ».

Corroborant cette assertion, le P. Sylvester Dagin, recteur du séminaire majeur de Saint Augustin de Jos, dans l’état de Plateau, explique que sa province « est l’une des plus durement touchées par les fondamentalistes mais ceci a fortifié la foi de notre peuple, qui n’a jamais été si forte ».

Protestation de L’Osservatore Romano

L'édition italienne de L’Osservatore Romano a élevé de son côté une protestation le 26 novembre dernier : « Encore un dimanche de sang pour les chrétiens du nord du Nigeria », écrit le journal du Vatican, pour lequel « le rituel tragique » du « terrorisme des miliciens fondamentalistes du groupe Boko Haram » se répète « depuis trop longtemps », peut-on lire.

Il dénonce « ce qui ressemble à un massacre systématique des chrétiens » par des fondamentalistes dont le nom en langue hausa — population musulmane du nord du pays — signifie “l’éducation occidentale est péché”.

Il énumère également différentes attaques, rappelant que plus de 3.000 personnes ont déjà trouvé la mort depuis 2009, selon les rapports d’organisations humanitaires.

Le gouvernement nigérian a promis de fortes récompenses pour des informations sur la capture de 19 chefs du groupe terroriste, le 23 novembre dernier.