« Nous avons besoin du pape au Mexique : j'ai beaucoup prié pour cela »

Par l'ambassadeur près le Saint-Siège, Federico Ling

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ROME, jeudi 2 février 2012 (ZENIT.org) – « Nous avons besoin du pape à Mexico : j’ai beaucoup prié pour cela », confie l’ambassadeur du Mexique près le Saint-Siège, Federico Ling Altamirano, à propos du prochain voyage de Benoît XVI dans son pays (23-25 mars 2012), et à Cuba (26-28 mars 2012).

L’ambassadeur a accordé cet entretien à Zenit, après une rencontre informelle entre ambassadeurs et journalistes, organisée jeudi 19 janvier à Rome, par l’agence Prestomedia, Mediatrends et par la Fondation espagnole pour la promotion sociale de la culture.

ZENIT - Que va faire le pape au Mexique ?

Federico Ling – Je pense que, comme l’a dit Sa Sainteté le 12 décembre, lors de la messe pour la célébration de la Vierge de Guadalupe, au Vatican, l’Amérique latine lutte pour ne pas perdre, et pour faire grandir, son identité catholique, qui a plus de 500 ans et qui mérite donc une visite du pape.

Cuba et le Mexique : avec le Mexique, il y a peut-être un lien historique, mais à Cuba, jusqu’à aujourd’hui, les rapports ne sont pas faciles...

Cette remarque est juste mais il est vrai aussi que le Mexique est le second pays au monde pour le nombre des catholiques et que la ligne qui va de Rome au Mexique passe au-dessus de La Havane.

Vous vous attendiez à cette nouvelle ?

Il y a trois ans, il y avait peu d’espoir. Je n’avais pas d’autre possibilité que de prier, et c’est ce que j’ai fait.

Mais le Mexique avait invité le pape ?

Oui, le président du Mexique, Felipe Calderon, l’avait invité personnellement deux fois. Peut-être que l’appel presque angoissé du président a pesé sur cette décision ; il s’est exprimé plus ou moins dans ces termes : « Nous avons besoin de vous dans notre pays, justement maintenant où nous devons affronter le crime organisé, qui a déjà causé une immense douleur et fait de nombreuses victimes innocentes ».

Peut-être pas toujours innocentes !

Sûrement pas, mais les criminels aussi ont une femme, des enfants, des parents. Il y a trop de larmes, trop de difficultés. Et puis cela crée un état psychologique qui fait que le peuple mexicain, comme d’autres pays en Amérique latine, se sent orphelin.

Comment la visite du pape peut-elle aider les pays latino-américains ?

Le pape va apporter une grande aide ici, seulement par sa présence. Il n’est pas nécessaire qu’il parle beaucoup. Mais s’il le fait, tant mieux. Il suffit qu’il dise : « Je suis votre père, je viens vous aider à résoudre vos problèmes et je suis toujours à vos côtés dans votre douleur. Je vous bénis et je prie la Vierge de Guadalupe de vous aider à sortir de toutes ces difficultés ».

A plusieurs occasions, au Brésil par exemple, à Aparecida, le pape a déjà donné des orientations, n’est-ce pas ?

Oui, à la messe de Guadalupe, par exemple, il a été très précis. On le dit dans différents lieux à Cuba et au Mexique : il sera très apprécié. Ici, dans la basilique Saint-Pierre, entre les rites et les cérémonies, ses paroles peuvent paraître académiques, mais là-bas, elles auront une résonance plus « locale ».

Le cardinal Jaime Ortega, de Cuba, a dit à Zenit que les latino-américains étaient demandeurs de bénédictions...

De bénédictions, oui, mais pas uniquement. Il faudra justement réfléchir à la manière d’encourager la participation et la présence des fidèles pendant cette visite. Pour ma part, j’ai l’impression que ce sera un grand succès.

Qu’est-ce que ce voyage va apporter au pontificat de Benoît XVI ?


Benoît XVI est souvent décrit comme un pape conservateur et, parce qu’il est allemand, peu papiste et peu marial ; le voyage fera justement tomber ces mythes, et puis un rêve deviendra réalité.

Qu’est-ce que Benoît XVI a prévu pour ce voyage ?


Quel que soit son programme, cela se passera bien ; ce voyage améliorera son image non seulement en Amérique latine, mais aussi en Europe, parce que cela va rompre avec le cliché selon lequel il serait un pape euro-centrique qui ne visiterait que des pays comme Malte ou Saint Marin parce qu’il aurait peur d’aller plus loin…

Et donc ?...


Non, non, ce pape n’a peur de rien. Je suis fasciné par la finesse avec laquelle il encourage la dévotion à la Vierge de Guadalupe, contredisant ainsi ceux qui le disent peu marial. Et puis, pour nous qui ressentons le besoin d’une paternité, le pape est comme un père.

Propos recueillis par H. Sergio Mora