« Nous ne cédons pas à la culture du conflit » : Mgr Tomasi à Genève

Texte intégral

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ROME, Mercredi 7 février 2007 (ZENIT.org) – « Nous ne cédons pas à la culture du conflit tout comme nous n’acceptons pas que les luttes soient inévitables et la guerre un fait naturel », a déclaré Mgr Tomasi à Genève (cf. Zenit du 6 février).



Voici le texte intégral en français de l’intervention de Mgr Silvano M. Tomasi, nonce apostolique, Observateur permanent du Saint-Siège auprès du Bureau des Nations Unies à Genève, à l’occasion de la Rencontre interreligieuse pour la Paix, le 30 janvier 2007.

1. De religions et de cultures différentes, avec un passé différent, nous sommes réunis ce soir pour affirmer que la paix est un don précieux et un objectif à poursuivre. Nous ne cédons pas à la culture du conflit tout comme nous n’acceptons pas que les luttes soient inévitables et la guerre un fait naturel. Une telle confiance nous vient d’une vision de la paix qui est profondément ancrée dans les valeurs fondamentales et les idées partagées par toutes les traditions de foi, qui veut que Dieu, notre Créateur, a doté chaque personne d’une dignité inaliénable ainsi que des droits et des obligations, établissant une solidarité inébranlable entre tous les hommes et les femmes.

2. J’ai l’honneur de vous souhaiter la bienvenue à cette rencontre, désormais traditionnelle, pour un moment de prière et de réflexion inspiré par le Message annuel du Saint-Père à l’occasion de la célébration de la Journée mondiale de la Paix, que cette année a comme thème : « La Personne Humaine : Cœur de la Paix. » La principale préoccupation quotidienne des représentants des pays du monde entier et des organisations internationales ainsi que des autorités genevoises et les organisations de la société civile – un chaleureux accueil pour tous – est la recherche du mieux vivre ensemble et de répondre au désir naturel de paix de l’humanité.

3. Mais nous ne sommes pas naïfs. Le phénomène de la violence est devenu extrêmement complexe au XXIe siècle et pose des défis sans précédent à la communauté internationale. Le travail pour la paix implique de nos jours de chercher à combler le vide entre les riches et les pauvres ; à mettre fin aux guerres civiles, au terrorisme et aux conflits armés ; à arrêter la reprise de la course aux armements et la prolifération des armes diverses ; à rejeter la glorification de la violence dans les médias. Aujourd’hui, des millions de personnes sont affectées par les guerres, et les civils sont devenus des cibles au mépris du droit humanitaire. Ces victimes et les millions de personnes déracinées de force veulent la paix et le respect de leur dignité humaine. Nous vivons un moment difficile mais nous savons qu’il existe « une logique morale à l’intérieur de chaque être humain qui rend possible le dialogue entre les personnes et les peuples ».

4. La quête de la paix commence dans le cœur de chaque individu, passant ensuite aux pays et à la communauté internationale, un processus bien réglé et fondé sur le respect de la personne, du droit à la vie et à la liberté de religion, le libre exercice des droits humains fondamentaux, l’élimination des inégalités injustes. La question se pose alors pour savoir comment nous pouvons guérir le monde, d’aller au-delà de la simple tolérance et aider les autres avec respect et justice. Le besoin d’aller au-delà de la tolérance réside dans le fait que celle-ci n’est qu’une sorte d’acceptation passive des autres imposée par la loi, un premier pas sans doute, mais sans un engagement personnel. On a constaté qu’une civilisation de tolérance repose sur un terrain miné : dès que l’attention baisse, les mines explosent. Le respect, par contre, regarde les autres comme des partenaires de la même humanité, des enfants du même créateur qui, par des chemins différents, songent à une vie heureuse et paisible. Un dialogue effectif et des négociations de paix reposent sur les deux piliers du respect et de la justice, la justice dans les relations pratiques de chaque jour, qui met à l’épreuve la sincérité de nos paroles et des nos engagements. L’évolution du processus qui mène de la tolérance au respect et à la justice atteint sa perfection lorsqu’on découvre « que la plus grande vocation de chaque personne est l’amour ». Dans cette prise de conscience « nous trouvons l’ultime raison pour devenir des ardents défenseurs de la dignité humaine et des courageux bâtisseurs de paix ».

5. Aramin, un ancien soldat, membre actif des Combattants pour la Paix, un groupe d’anciens militants palestiniens et d’ex-soldats israéliens qui se sont mis ensemble afin d’encourager la réconciliation, a déclaré récemment : « Avec le temps, je me suis rendu compte que nous ne pouvions pas résoudre nos problèmes avec les armes et que nous devions parler à l’autre partie. » Il y a là une claire convergence avec le Message du Pape Benoît XVI : « La guerre représente toujours un échec de la communauté internationale et une perte grave pour l’humanité. » Si nous marchons ensemble sur le chemin du dialogue, du respect, de la justice et de l’amour, nous pourrons recevoir, même aujourd’hui, le don divin de la paix.