« Nous ne sommes pas les derniers des Mohicans » , par le card. Meisner

L'archevêque de Cologne, un vétéran des synodes

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Propos recueillis par Jan Bentz

Traduction d’Océane Le Gall

ROME, jeudi 18 octobre 2012 (ZENIT.org) – Le cardinal Joachim Meisner, archevêque de Cologne, est un « vétéran » des synodes et celui sur la nouvelle évangélisation est sa onzième assemblée générale. Il a évoqué pour les lecteurs de Zenit la situation de l’Eglise en Allemagne.

Zenit - Une transmission de la foi approfondie, qui ne s’adapte pas à l’esprit des temps, provoque de la résistance. Nous,  chrétiens, nous devons nous exposer à cette résistance. Est-ce votre avis ?

Card. Joachim Meisner – Il est arrivé souvent que, dans l’annonce, le message soit rejeté dès le début, comme a dit Siméon à Marie : «  pour la chute et le relèvement de beaucoup » (Lc 2,34). Il n’y a pas de quoi s’étonner, on doit tout simplement accepter cela. Malgré tout la foi conduit à la libération de l’homme. Avec l’incarnation de Dieu on s’est inculturé dans le monde humain, maintenant l’homme est invité à s’inculturer dans le monde de Dieu, afin que puisse naitre une civilisation de l’amour.

Nous ne venons pas comme ceux qui n’ont rien mais plutôt comme ceux qui apportent quelque chose: nous devons être conscient de cela. Nous ne sommes pas les derniers des Mohicans … nous sommes les premiers messagers d’un nouveau monde, dont la majorité des gens ne sait encore rien. Lors de la confirmation c’est sur le front qu’ont met l’huile, pas sur le dos. Nous devons nous incliner, mais marcher la tête haute.

Lors de votre intervention au synode, vous avez dit « aujourd’hui, la plupart des chrétiens sont heureux si personne ne leur pose des questions ».  Ce manque d’assurance chez les croyants ne puise-t-il pas ses racines dans  l’ignorance?  N’est-ce pas aux pasteurs d’enseigner la foi de manière plus claire?

Il y a cinquante ans, lors d’un sermon que je tenais devant une assemblée de la conférence épiscopale à Fulda, j’ai dit: « la transmission de la foi s’est écroulée complètement. Les croyants ne sont pas les seuls responsables, c’est aussi la faute des catéchistes, la nôtre, celle des témoins ». Cela a fait grand bruit dans tout le pays, même certains de mes confrères ont dit que ce n’était pas juste. Aujourd’hui tout le monde me donne raison. « Le cœur ne ressent pas ce que l’œil ne voit pas » était, semble-t-il, la devise.

Un point de départ serait par exemple le baptême comme introduction à une vie de foi. Le baptême des enfants ne se justifie que lorsque les parrains –marraines et les parents garantissent une approche de l’enfant à la théorie et aux principes de la foi. Aujourd’hui beaucoup de gens ne savent rient du tout. Chez nous, à Cologne, il y a la « Journée portes ouvertes à la mosquée ». Une représentante de notre conseil paroissial y a participé et quand on lui a demandé d’expliquer la trinité elle n’a pas su répondre. Il faut simplement reconnaître que l’on ne peut pas continuer comme ça, qu’il faut informer une fois pour toutes! Nous avons le catéchisme universel, nous avons le catéchisme des jeunes, mais personne ne semble les lire!

On dirait qu’en Allemagne les gens se réfèrent trop à l’Eglise locale et perd de vue Rome. D’après vous, est-il important que les allemands s’ouvrent davantage à l’Eglise universelle?

Il semblerait que nous les allemands nous ayons un penchant pour l’Eglise nationale. Ce phénomène a commencé avec la Réforme et continue encore aujourd’hui. Nous sommes tentés de penser que nous sommes les pionniers de l’Eglise universelle. Mais les choses ne vont pas sans Pierre. En nous incorporant à l’Eglise toute entière beaucoup de problèmes seront évalués dans leur juste perspective et deviendront bien plus petits. D’un autre côté nous recevons beaucoup de confiance et de courage.

J’ai vécu en République démocratique allemande jusqu’en 1989. La liberté intérieure venait toujours du lien avec Rome. En RDA ils voulaient créer leurs propres diocèses. J’expliquais que cela n’allait pas et que seule le Saint-Père pouvait décider. D’un autre côté, on m’a dit lors de débats politique: « Vous êtes insupportable ! Mais derrière vous il y a un petit homme en blanc à Rome avec un milliard  de catholiques, c’est pourquoi nous devons vous prendre au sérieux ». Même si on n’était que 4%...

Dans votre diocèse, avez-vous remarqué cette tendance des jeunes à vouloir revenir aux formes classiques d’adoration? Y a-t-il un tournant vers la transcendance? Est-ce un aspect fondamental de la nouvelle évangélisation ?

Oui, bien sûr.  Nous avons souvent entendu cela, que la beauté est un élément fondamental de la transcendance: Ens et verum et bonum et pulchrum convertuntur. Pour les chrétiens, la beauté est visible dans la liturgie. La liturgie existe pour nous, nous allons vers elle. Il y a l’adoration des saints, des anges de Dieu et nous participons à cette adoration. C’est pourquoi l’Eglise nous invite, au début de la liturgie, à reconnaître notre faute, afin que « purifiés » nous nous adaptions à ces « concélébrants » célestes. Pour notre église, ceci est vital. On le perçoit aussi dans les mouvements de jeunes. Nous avons parlé après les Journées Mondiales de la jeunesse de comment on pouvait continuer ces expériences. Chez nous il y a l’initiative Nightfever, un mouvement de jeunes. Je suis toujours très ému de voir tout cet élan qu’il y a dans les questions de foi. C’est beaucoup plus simple qu’avec les plus grands. Les jeunes développent à nouveau un sens pour la forme et pour le contenu.

Nous en avons un exemple avec les servants de messe à la cathédrale de Cologne. La plupart sont des hommes, jeunes te moins jeunes, qui se recrutent réciproquement. Ils prennent la communion toujours sur la langue, de leur propre chef. Cela est très important.

Ce qui m’attriste le plus c’est vraiment la profanation de l’Eucharistie. Un jour, pendant une grande messe j’ai distribué plus de 4.000 communions. J’ai alors dit au curé local que sa communauté devait « éclater » d’énergie eucharistique. Mais non, il sentait le contraire,  qu’elle était en chute.

Nous avons beaucoup démantelé mais rien n’a été mis à sa place. Par exemple le jeune eucharistique n’existe plus, les voiles et les bancs ont disparu pour la communion. Tout le monde peut s’approcher et recevoir la communion dans la main. C’est pour cela aussi que les gens n’ont plus de respect. C’est pour cela que les « remariés » se sentent exclus. Beaucoup d’entre eux sont fidèles mais ne peuvent recevoir la communion. D’autres, au contraire, ont négligé leur vie de foi, mais se présentent et « ouvrent leur petite main » …

Il faut créer une nouvelle culture de l’eucharistie. A Cologne, l’année prochaine nous avons le Congrès eucharistique, dont nous attendons beaucoup.