Nouveau cadre économique du Saint-Siège: 4 décisions

L'Administration du patrimoine, les retraites, les médias, l'IOR

Rome, (Zenit.org) Anita Bourdin | 885 clics

L'économiste français Jean-Baptiste Douville de Franssu, 51 ans, est le nouveau président de l'Institut pour les Œuvres de Religion (IOR).  Il est membre du Conseil pour l’économie institué le 24 février par le pape François, et qui s’est réuni le 4 juillet au Vatican. Il a participé, ce 9 juillet, à une conférence de presse sur le thème: « Nouveau cadre économique du Saint-Siège ».

La conférence de presse a réuni au Vatican autour du cardinal australien George Pell, préfet du Secrétariat pour l’économie, M. Joseph F.X. Zahra, économiste de Malte, vice-coordinateur du Conseil pour l’économie ; M. Jean-Baptiste de Franssu, membre du Conseil pour l’Economie, spécialiste en conseil et stratégie ; et M. Ernst von Freyberg, avocat, jusqu'ici président du Conseil d’administration de l’Institut pour les oeuvres de religion (IOR).

Nouveau "motu proprio" du pape François

Mais cette nomination n'est pas la seule nouveauté annoncée par le cardinal Pell, au cours de la conférence de presse: il a annoncé des changements à l’Administration pour le patrimoine du Siège Apostolique (APSA), à la Caisse des retraites du Vatican, aux médias du Vatican, et également à l'IOR.

Pour tout ce travail de réforme le cardinal Pell évoque une «transition pacifique».

Les compétences de la section ordinaire de l’APSA, définies par la Constitution Pastor Bonus de Jean-Paul II (28 juin 1988, art. 172-175) sont en effet transférées au Secrétariat pour l'économie. L’APSA ne conserve que ses compétences pour la section « extraordinaire » à laquelle elle se restreint.

Le pape François publie à ce sujet une lettre apostolique en forme de « motu proprio » en date du 8 juillet. Une décision qui s’inscrit dans la logique de la création du Secrétariat pour l’économie le 24 février dernier par le « motu proprio » Fidelis Dispensator et Prudens.

Une « Commission technique » devra faciliter la transition jusqu’au transfert complet de compétences d'un organisme à l'autre.

La Caisse des retraites

Le Conseil pour l’économie se dote d’un « Comité technique » pour étudier la situation de la Caisse des retraites, avec pour tâche de faire des propositions avant la fin de l'année civile. Son président sera le Secrétaire du Conseil pour l’économie, Mgr Brian Edwin Ferme, juriste, canoniste, ayant assumé des responsabilités dans les domaines de la gestion et de l’administration, notamment au sein du patriarcat de Venise.

Quatre experts sont nommés : Bernhard Kotanko (Autriche), Adrea Lesca (Italie), Antoine de Salins (France), Nino Savelli (Italie). Le comité aura comme membres des représentants de la Secrétairerie d'État, du Conseil pour l’économie et de la Caisse de retraite.

Antoine de Salins est Directeur des Gestions de Groupama AM, Directeur général adjoint, membre du comité de Direction depuis 2011. Il était auparavant, et depuis 2003, membre du Directoire du Fonds de réserve pour les retraites et Président de son Comité de sélection des gérants.

Diplômé de l’IEP Paris et ancien élève de l’ENA (1984-1986), 54 ans, il a auparavant exercé des responsabilités successives à la Direction du Trésor du Ministère de l’Economie et des Finances de 1986 à 2002, dans deux principaux domaines : d’une part, les affaires financières dans les départements du Trésor en charge des privatisations, du marché financier, des affaires monétaires et de la gestion de la trésorerie et de la dette de l’Etat et, d’autre part, à Bruxelles comme attaché financier, puis conseiller financier à la Représentation permanente de la France auprès de l’Union Européenne.

Antoine de Salins est, par ailleurs, depuis 2005, membre de la Commission de gestion collective de l’Autorité des marches financiers (AMF) et du conseil d‘administration des Principes d’Investissement Responsable de l’ONU (UNPRI) ainsi que du Comité d’investissement du Fonds de dotation du musée du Louvre depuis 2010.

Le Comité devra, précise le cardinal Pell, envisager les réformes nécessaires affrontées aussi par de nombreux pays occidentaux et adapter la Caisse des retraites du Vatican à la nouvelle structure administrative et économique vaticane.

Les médias du Vatican

Pour les médias du Vatican, un Comité a également été institué avec pour mission de faire des propositions dans les 12 mois.

Les experts nommés sont : Lord Christopher Patten (Royaume-Uni, président), Gregory Erlandson (Etats-Unis), Daniela Frank (Allemagne), le Père Eric Salobir, op (France), Leticia Soberon (Espagne), George Yeo (Singapour).

Sont nommés pour le Vatican: Mgr Paul Tighe, Giacomo Ghisani, Mgr Carlo Maria Polvani, Mgr Lucio Adrian Ruiz, Giovanni Maria Vian.

Leur tâche sera, indique le cardinal Pell, d’examiner comment adapter les médias du Vatican aux « nouvelles tendances de la consommation des médias", comment "améliorer la coordination » et comment «réaliser des économies financières importantes ». Les media numériques seront promus.

Deuxième phase de la réforme de l’IOR

Pour l'IOR, Jean-Baptiste de Franssu est nommé comme nouveau président pour piloter la deuxième phase de sa réforme, à partir de ce 9 juillet 2014.

Les réformes iront dans trois directions, indique le cardinal Pell:

- Renforcer l'activité de l'IOR;
- Orienter progressivement la gestion des actifs vers un Asset Management du Vatican (VAM) ;
- Concentrer les activités de l'IOR sur les conseils financiers et services de paiement pour le clergé, les congrégations religieuses, les diocèses, les employés du Vatican.

M. de Franssu souligne aussi un effort en direction des investissements dits « éthiques ».

Il se dit conscient de la « grande responsabilité » qu’il a acceptée au service du pape et du Saint-Siège, et donc au service « des pauvres et de la propagation de la foi », et des « catholiques du monde qui sont l’Eglise ».

Il inscrira son travail dans la « continuité » de ce qui a été réalisé par son prédécesseur, Ernst von Freyberg, avec lequel il a collaboré en tant que membre du Conseil pour l’économie et auquel il rend un hommage appuyé : « Je ferai tout mon possible pour poursuivre le bon travail d’Ernst von Freyberg ».

Il le remercie pour un « passage » de direction « extrêmement amical », mais aussi les 115 membres de « l’équipe de l’IOR » pour leur travail « parfois dans des circonstances difficiles, pour leur dévouement ».

Il dit inscrire son travail dans la continuité du « travail de transparence » commencé par Ernst von Freyberg, un travail qui constitue un « socle solide » pour la suite de la réforme.

« Le client en premier » : il s’agit d’offrir aux « clients » « service et qualité », un « niveau de qualité correspondant aux critères internationaux les plus performants dans ce monde très compétitif ».

Il se donne 24 mois pour la mise en place, « étape par étape » de la plateforme « hautement professionnelle » appelée VAM - « Vatican Asset Management » - qui servira toutes les institutions du Vatican.

Enfin, pas de conflit d’intérêt entre les activités précédentes ou présentes du nouveau président et son nouvel engagement : la signature d’un document du Saint-Siège selon les critères internationaux le garantit.

Ernst von Freyberg indique la nécessité de passer la main, pour la seconde phase de la réforme, à quelqu’un de spécialisé en management – lui-même est avocat -, et à quelqu’un qui assume ce poste à plein temps, ce qu’il ne pouvait pas faire. Il sera encore présent pendant quelques semaines pour la transition.

Il a souligné que dans son travail, il avait eu de « bonnes surprises » comme celle de découvrir que l’essentiel des dépôts à l’IOR venaient effectivement de congrégations religieuses, ou la liberté de mouvement qu’il a eu pour la réforme : « Personne ne vous bloque et il est assez facile de faire ce que nous avons fait ».

Le conseil d’administration de l’IOR va accueillir six nouveaux membres, M. Jean-Baptiste de Franssu compris : Clemens Boersig (Allemagne), Mme Mary Ann Glendon (Etats-Unis), et Michael Hintze (Australie).

Mgr Alfred Xuereb, secrétaire général du Secrétariat pour l’économie, sera le secrétaire (sans droit de vote) du Conseil d’administration de l’IOR, et Mgr Battista Ricca demeure le prélat de l’IOR.

Les cinq membres de la Commission cardinalice continuent leur rôle et ils seront rejoint par l’archevêque de Zagreb, le cardinal Josip Bozanic (Croatie). Ce sont les cardinaux Santos Abril y Castello (Espagnol, Rome, Sainte-Marie-Majeure), Thomas Christopher Collins (Toronto, Canada), Pietro Parolin (Italien, Cité du Vatican), Christoph Schönborn (Vienne, Autriche), Jean-Louis Tauran (Français, Rome, Dialogue interreligieux).