On ne peut se résigner à un Moyen-Orient sans chrétiens

Le pape reçoit le patriarche grec melkite Gregorios III

Rome, (Zenit.org) Rédaction | 532 clics

Patriarcat Grec Melkite Catholique

d’Antioche et de tout l’Orient

d’Alexandrie et de Jérusalem

Communiqué

Pape François : On ne peut se résigner à un Moyen-Orient sans chrétiens. L’Eglise a besoin du patrimoine de l’Orient Chrétien

Gregorios III : Nous portons au Saint Père le salut filial d’une Eglise fière d’être en pleine communion avec le siège de Pierre, une Eglise qui est aujourd’hui une Eglise en détresse et pour laquelle le Pape François est Simon le Cyrénéen

Sa Béatitude Gregorios III, patriarche d’Antioche et de tout l’Orient, d’Alexandrie et de Jérusalem, accompagné de plus de 15 hiérarques, membres du Saint-Synode de l’Eglise grecque-melkite catholique et de près de 500 pèlerins laïcs, est venu, ce samedi 30 novembre, porter au Saint-Père, le pape François, le « salut filial et dévoué »de son Eglise qui est « fière d’être en pleine communion avec le Siège de Pierre et avec Votre Sainteté. Communion à laquelle nous avons été fidèles malgré les persécutions qui ont fait de nous, pendant des décennies, une Eglise des Catacombes. »

Le patriarche a présenté au pape François son Saint-Synode avant un entretien en tête à tête marqué en sceau de la franchise, de la simplicité, de la fraternité et de la communion. Le Saint-Père et Sa Béatitude Gregorios III ont alors rejoint les pèlerins dans la salle Clémentine.

Ces fidèles représentaient l’ensemble de l’Eglise grecque-melkite catholique. Ils sont venus nombreux du Liban, de Syrie, de Jérusalem et de Galilée, d’Egypte, des Etats-Unis, du Canada, d’Australie… La délégation libanaise comptait un député et ancien ministre, Monsieur Michel Pharaon, le ministre libanais des Télécommunications, Monsieur Nicolas Sehnaoui, et le Procureur général auprès de la Cour des Comptes, Monsieur Fawzi Khamis. La délégation syrienne comptait aussi un député, Madame Maria Saadeh et Monsieur Riad Sarji, Président de la société Saint Vincent-de Paul à Damas et son représentant au sein du dialogue islamo-chrétien.

Après avoir salué le Saint-Père, Gregorios III a présenté son Eglise en soulignant ses« trois principales caractéristiques ». « Une Eglise en pleine communion avec l’Eglise de Rome, fidèle à notre tradition orientale, en très bonne relation avec l’Eglise-sœur, orthodoxe, dans les Patriarcats d’Antioche, d’Alexandrie et de Jérusalem » « Une Eglise arabe par ses origines et ses racines » et enfin « une Eglise dans un monde à majorité musulmane. »

« Notre Eglise, ajoutera Gregorios III, est une Église de Communion et de Témoignage.. ; (qui) a une responsabilité toute spéciale envers ce monde, qui est notre monde. C’est là que nous vivons notre christianisme depuis près de deux mille ans, dont 1.434 années avec l’Islam. »

« Cette Eglise que vous aimez est aujourd’hui une Eglise en détresse » dira le patriarche au Saint-Père avant de poursuivre « Pour cette Eglise qui est dans une situation inédite dans son histoire, vous êtes Simon le Cyrénéen, qui portez sa croix avec elle, et cela avec compassion et amitié. Pour cette Eglise orientale, surtout en Syrie, vous êtes comme le Christ  qui apaisa la tempête sur le lac de Tibériade. Comme le Bienheureux Pape Jean Paul II, qui fit tomber le mur de Berlin par sa prière et ses interventions courageuses, vous avez fait, Très Saint Père, un miracle en appelant les chrétiens et le monde entier au jeûne et à la prière, le 7 septembre dernier. Vous avez ainsi provoqué un tournant dans la crise syrienne, et même dans la vision de la politique mondiale. Le monde a changé, après le 7 septembre 2013 ! »

« Nous vous assurons que, malgré les malheurs et la situation tout à fait tragique que nous vivons depuis bientôt trois ans, nous voulons rester et aider nos fidèles à rester. Vous nous avez interpelés en nous disant de ne pas laisser la flamme de l’espérance s’éteindre dans nos cœurs… Nous voulons être martyrs sur cette terre, martyrs par le sang, comme c’est le cas de certains de nos fidèles, dont trois hommes de Maaloula: Michel Thalab, Mtanios Thalab et Sarkis Zachem. Très Saint Père, ce sont de vrais martyrs, qui ont été sommés d’abjurer et ont fièrement refusé. Trois autres, cependant, ont cédé et ont été obligés de professer l’Islam, mais ensuite ils sont revenus à la foi de leurs ancêtres. »

Gregorios III concluera son adresse au Saint-Père en disant « Nous pouvons, nous voulons et nous devons rester ensemble chrétiens et musulmans, pour être témoins de l’Evangile et construire ensemble, chrétiens et musulmans, un monde et un avenir meilleurs pour nos jeunes générations »

« Nous voulons rester dans ce Proche-Orient pour répondre à l’appel de Jésus… “N’aie pas peur, petit troupeau” (Luc 12, 32), et  cela parce que nous avons une grande mission à accomplir pour le grand troupeau. N’ayez pas peur, nous dit le Christ, car “Je suis avec vous, pour toujours, jusqu’à la consommation des temps” (Matthieu 28, 20). Oui, nous voulons rester et être, comme Jésus nous l’a demandé, lumière, sel et levain »

Le Pape François a fait sienne les souffrances de notre Eglise et a lancé un appel pressant aux différents responsables « pour que cesse la violence », pour laisser la place au dialogue « pour trouver des solutions justes et durables à un conflit qui a déjà fait trop de mal ». Il a appelé et au savoir-vivre ensemble entre Chrétiens et Musulmans et à la « sauvegarde de la liberté religieuse. » Ajoutant  que l’on ne pouvait  « se résigner à un Moyen-Orient sans chrétiens » saluant le rôle particulier de l’Eglise grecque-melkite catholique dans le dialogue islamo-chrétien.

Le Saint-Père a demandé à chacun, Patriarche, évêques, prêtres et laïcs « d’assumer généreusement leurs responsabilités dans l’Eglise et dans la société. » Rappelant à ceux qui forment la « très importante diaspora » qu’il leur faut « sauvegarder leurs racines spirituelles, leurs traditions et leur identité parce que l’Eglise a besoin du patrimoine de l’Orient chrétien. »

La journée devait se conclure par les vêpres solennelles au Collège grec de Rome avant une liturgie pontificale célébrée, dimanche 1er décembre, par Sa Béatitude Gregorios III entouré des membres de son Saint-Synode à Santa-Maria in Cosmedin.

Raboué, le 30 novembre 2013