ONU : Appel du Saint-Siège pour réduire la pauvreté

Si l’on peut sauver des banques, à plus forte raison des hommes…

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ROME, Lundi 29 mars 2010 (ZENIT.org) - Le Saint-Siège estime que les pays qui ont réussi à trouver de l'argent pour sauver les institutions financières dans le contexte de la crise économique devraient avoir aussi des ressources pour aider les pauvres, a déclaré son représentant à l'ONU, Mgr Celestino Migliore, dans son intervention à la 64ème session de l'assemblée générale de l'organisation des Nations unies à New York. 

L'observateur permanent du Saint-Siège à l'Onu à New York, intervenait mercredi dernier dans les discussions du IVème Dialogue de haut niveau sur le financement du développement, sur le thème : « Le consensus de Monterrey et la déclaration de Doha sur le financement du développement : Etat d'application et travail à venir ».  

Dans son intervention, Mgr Migliore a souligné « l'impact destructeur de la récente crise financière sur les populations les plus vulnérables du monde », affirmant que tous, gouvernements et citoyens, partageaient la même inquiétude face à cette situation.  

« De fait, a-t-il ajouté, l'ombre obscure de cette crise pourrait frustrer les efforts accomplis jusqu'ici pour aider à réduire la pauvreté et entraîner une augmentation du nombre immense des personnes vivant dans un état de pauvreté extrême ».  

Quant aux aspects positifs, Mgr Migliore a souligné que la crise avait « donné lieu à une coopération politique internationale sans précédent, évidente dans les trois rencontres successives de haut niveau du G20 à Washington, Londres et Pittsburgh en 2009 ». 

« Ces rencontres ont permis d'aboutir à un accord sur des mesures d'urgence visant à relancer l'économie mondiale, y compris concernant les incitations fiscales et monétaires qui ont pu éviter une catastrophe mondiale », a-t-il affirmé. 

« Quoiqu'il en soit, la stabilisation de certaines économies ou la relance d'autres ne signifie pas que la crise est finie ». Pour Mgr Migliore, « l'ensemble de l'économie mondiale, où l'interdépendance entre les pays est très forte, ne saurait fonctionner sans problème si les conditions qui ont provoqué la crise persistent, mais surtout s'il continue d'y avoir des inégalités fondamentales au niveau des richesses entre individus et nations ». 

Un impératif moral

Le représentant du Saint-Siège estime qu'on « ne peut attendre la stabilité définitive et permanente de l'économie mondiale sans prendre de mesures », une des raisons essentielles étant, selon lui, qu' « une réactivation des économies chez les populations plus pauvres servirait sans nul doute à garantir une stabilité universelle et durable ». 

« Mais la raison plus importante est un impératif moral : ne pas laisser toute une génération, soit près d'un cinquième de la population mondiale, dans des conditions de pauvreté extrême » 

De même qu'il est urgent, a-t-il ajouté, de « réformer, renforcer et moderniser le système commun de financement pour le développement des pays, tout comme les programmes de l'ONU, en incluant les agences spécialisées et les organisations régionales, de manière à les rendre plus efficaces, transparentes et coordonnées, aussi bien au niveau mondial que local ». 

« Dans ce sens la crise a montré de manière évidente la nécessité urgente de procéder à une réforme du Fonds monétaire international (FMI), dont les structures et les manières de faire doivent refléter les réalités du monde actuel, et non celles qui prévalaient au lendemain de la seconde guerre mondiale », a indiqué Mgr Migliore. 

« La communauté internationale, par le biais de la Banque mondiale et d'importantes institutions multilatérales, devrait continuer à privilégier la lutte contre la pauvreté ». 

Mgr Migliore a reconnu également qu'« à la fin de la seconde guerre mondiale la communauté internationale a été capable d'adopter un système complet en mesure de garantir la paix et d'éviter dans le même temps que le monde ne connaisse un nouveau désordre économique ». 

La crise mondiale actuelle, « offre les mêmes chances, et exige une approche mondiale, basée sur les ressources, sur le transfert des connaissances et sur l'éducation ».

« Pour atteindre cela, toutes les nations, sans exception, doivent s'engager dans un multilatéralisme renouvelé », a-t-il estimé. 

« De même que l'efficacité des mesures adoptées pour affronter la crise actuelle devrait toujours se mesurer en fonction de leur capacité à résoudre le problème principal ». 

« N'oublions pas que le même monde qui pourrait trouver en quelques semaines des trillions de dollars pour redresser les banques et les institutions financières d'investissement n'a toujours pas su trouver 1% de cette quantité servant à couvrir les besoins des personnes souffrant de la faim, à commencer par les trois milliards de dollars nécessaires pour nourrir les écoliers qui n'ont pas de quoi manger ou les cinq milliards nécessaires pour soutenir le fonds alimentaire d'urgence du Programme alimentaire mondial ».