ONU : le droit des enfants de réfugiés à l'éducation

Le Saint-Siège appelle à « répondre à la vulnérabilité » des réfugiés

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Anne Kurian

ROME, mercredi 3 octobre 2012 (ZENIT.org) – Le Saint-Siège, appelant la communauté internationale à « répondre à la vulnérabilité » des réfugiés, invite notamment à faciliter l’accès des enfants à l’éducation, ce 2 octobre 2012.

Mgr Silvano M. Tomasi, observateur permanent du Saint-Siège aux Nations-Unies à Genève, a en effet pris la parole lors de la 63e Session du Comité exécutif – l’organe directeur – de l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), en cours du 2 au 5 octobre à Genève.

L'augmentation du nombre de conflits récents a produit « de nouvelles vagues de réfugiés et de personnes déplacées », constate Mgr Tomasi qui dénonce « l’inutilité de la violence comme méthode de règlement des différends » en regard du « prix de la souffrance » payé par des centaines de milliers de personnes, à la suite de « décisions politiques qui ne tiennent pas compte de leur impact humain ».

Ces personnes déracinées « de force » défient la communauté internationale à « répondre à leur vulnérabilité », ajoute l’archevêque : leur vie de famille a été perturbée, ils vivent une vie solitaire dans les camps de réfugiés ou dans des environnements urbains dangereux, et l'expérience traumatisante de la mort et de la destruction marque leur existence pour toujours.

Ces faits « se répètent à chaque nouvelle crise, sans, malheureusement, nous apprendre à éviter de telles tragédies », déplore-t-il.

Face à ces situations de « souffrance physique et psychologique », il est de « la responsabilité commune » de l'ONU de « rechercher et d'appliquer des formes plus créatives et concrètes de solidarité et de protection », souligne Mgr Tomasi.

L’accès à l’éducation des enfants de réfugiés

Evoquant les enfants de réfugiés qui naissent et grandissent dans des camps, l’archevêque rappelle leur « besoin d'espoir » et de « possibilité de devenir des adultes productifs ».

Il estime que « l'éducation » est un « facteur clé » dans ce développement : la « préparation des enseignants, la disponibilité d'établissements d'enseignement, les programmes d'enseignement réguliers », sont des « ressources inestimables » à cet égard.

Il encourage à ce sujet à ne pas « clore l'éducation des réfugiés à l'enseignement primaire », ce qui serait « retarder le développement des enfants ».

Concrètement, le Saint-Siège invite les États qui accueillent des populations réfugiées à « éliminer tous les obstacles – permis d'études, manque d'accès aux bourses du gouvernement – à la formation continue pour ces enfants », afin que « leur potentiel puisse être réalisé ».

Quant aux pays qui ne peuvent pas répondre à ces objectifs, « la solidarité internationale doit les aider », estime Mgr Tomasi, car « l'investissement dans l'éducation assure des avantages pour l'avenir ».

Partage des charges

Le Saint-Siège exprime sa « reconnaissance » aux pays qui ont « maintenu leurs frontières et leurs cœurs ouverts » pour accueillir les réfugiés fuyant le conflit dans les États voisins. Il invite la communauté internationale à « partager le fardeau que ces nouveaux réfugiés ajoutent chez nombre de leurs hôtes ».

En effet, la richesse d'un pays et son niveau de développement doivent être pris en compte dans la « répartition des charges », car, selon les paroles de Benoît XVI, « c'est une grave responsabilité morale et inconditionnelle, fondée sur l'unité de la race humaine, et sur la dignité commune et le destin partagé des riches et des pauvres, qui sont sans cesse rapprochés par le processus de mondialisation ».

Le Saint-Siège encourage par conséquent à « imaginer des mécanismes concrets pour une répartition plus équitable des responsabilités dans le monde globalisé d'aujourd'hui ».

La solidarité internationale est d’autant plus importante que « la crise économique persistante limite les options de réponse aux situations d'urgence actuelles », et qu’une « sécheresse dévastatrice dans certaines parties du monde » a affaibli encore davantage l’économie.

Les prix des aliments sont « volatils » et les produits alimentaires sont « excessivement utilisés pour les biocarburants », déplore Mgr Tomasi, craignant que « la nourriture pour les camps de réfugiés ne coûte plus cher et soit insuffisante », ce qui serait « une tragédie supplémentaire ».

Outils de prévention

Toutefois, il s’agit aussi de « prévenir les flux de réfugiés ».

A cet égard, Mgr Tomasi propose de considérer la notion de « citoyenneté » comme un « droit fondamental égalisateur », au-delà de l'appartenance « ethnique ou religieuse » de la population d'un pays : cela « pourrait être un bon exemple d'une nouvelle compréhension de la cohésion sociale qui aide à prévenir les conflits », fait-il observer.

Pour le Saint-Siège, la « formation à une attitude de réconciliation », aux antipodes de l’enseignement de la haine et de la vengeance, « permettra d'atténuer le risque de vengeance et de violence future » et donc « le flux conséquent de réfugiés ».

« Le cercle vicieux peut être brisé par le pardon, le dialogue et la réconciliation », affirme l’archevêque.

Ne pas oublier les déplacés internes

Enfin, il invite à ne pas oublier les « personnes déplacées internes », qui sont cette année plus nombreuses que les réfugiés.

Le Saint-Siège se dit « conscient » des réticences à ce sujet, à cause de la « crainte d’un "glissement de mission" » où la mission fondamentale du HCR, la protection des réfugiés, souffrirait.

Mais, dénonce-t-il, les réticences peuvent être aussi dû au fait que la présence « de yeux neutres, internationaux, pendant les conflits armés internes » ou la « fourniture d'une assistance pour sauver la vie de groupes localement défavorisées » pourraient « ne pas être les bienvenus ».

C’est pourquoi le Saint-Siège encourage à « faire du supplémentaire pour les personnes déplacées par les conflits armés », notamment en évaluant les besoins de protection des populations victimes.