ONU: Le Saint-Siège demande une « commission » pour « construire la paix »

Intervention du cardinal Sodano

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ROME, Dimanche 18 septembre 2005 (ZENIT.org) – L’ONU est une institution « toujours plus nécessaire pour la paix et pour le progrès de toute l’humanité », a affirmé le cardinal Angelo Sodano au sommet de l’ONU, le 16 septembre. Il appelait de ses vœux « une réforme qui soit attentive aux réelles exigences de nos peuples ». Et il demandait la formation d’une commission pour « construire la paix » (Peacebuilding commission).



« Ma voix veut être aussi l’écho de celle des catholiques du monde entier qui voient dans les Nations Unies une institution toujours plus nécessaire pour la paix et pour le progrès de toute l’humanité », a déclaré d’emblée le cardinal secrétaire d’Etat, envoyé spécial du pape Benoît XVI, et représentant le Saint-Siège à ce sommet. Il évoquait à la fois la nécessité de trouver des moyens de « désarmer l’agresseur » et la « responsabilité de protéger ».

« La longue histoire des opérations de paix (peacekeeping), avec ses succès et ses échecs, offre un trésor d’expériences pour développer des moyens d’action susceptibles, à l’avenir, de résoudre les conflits », ajoutait le cardinal secrétaire d’Etat avant de proposer : « Dans cette perspective, le Saint-Siège est favorable à la création d’un organisme pour ramener la paix dans les pays éprouvés par des conflits armés. Le Saint-Siège est donc favorable à la Peacebuilding Commission, qui pourrait tracer les lignes d’une ambitieuse stratégie et la mettre en pratique, afin de surmonter les facteurs de rivalités ethniques qui sont à l’origine des conflits et qui peuvent toujours les rallumer ».

« Soixante années se sont écoulées depuis ce jour déjà lointain du 26 juin 1945 qui a vu naître cette Organisation destinée à mettre en œuvre les quatre grands objectifs proclamés dans le préambule de son Statut. Au long de ces années, beaucoup a été fait au service de l’humanité », disait le cardinal Sodano tout en reconnaissant « des signes d’usure » et la nécessité d’une rénovation qui réponde « aux grands défis du temps présent ».

« L’ONU n’est évidemment pas un super-gouvernement, continuait le cardinal Sodano à propos de la réforme à entreprendre. Elle est plutôt la résultante de la volonté politique de chacun des pays membres. Les gens ordinaires, les milliards de personnes qui constituent ce « we the people » dont parle la Charte des Nations Unies, disent cependant aux responsables des Nations : donnez-nous une institution moderne, capable de prendre des résolutions et de les faire respecter. C’est là un appel qui nous est adressé par des hommes et des femmes découragés par tant de promesses faites et non tenues, par des résolutions adoptées et que l’on n’a pas fait respecter. Que ce cri fasse surgir en nous la ferme détermination d’entreprendre une réforme institutionnelle de l’ONU, une réforme qui soit attentive aux réelles exigences de nos peuples plutôt qu’aux équilibres de pouvoir ! »

Il rappelait, à propos de la paix à défendre par les Nations Unies et le cadre juridique qu’elles se sont données: « On peut dire que les mécanismes prévus dans les chapitres VI et VII du Statut des Nations Unies conservent toute leur valeur et contiennent les critères nécessaires pour prévenir les menaces contre la paix et pour garantir la sécurité collective. Mais aujourd’hui ce cadre juridique doit être complété par les instruments juridiques internationaux nécessaires en ce qui concerne le désarmement, le contrôle des armements, la lutte contre le terrorisme et la criminalité internationale, ainsi que la coopération effective entre les Nations Unies et les organismes régionaux, tout ceci afin de résoudre les situations de conflit ».

Le cardinal Sodano mentionnait « les tragédies survenues dans les Balkans, au Moyen Orient et en Afrique », qui « doivent nous faire réfléchir ». Il évoquait la question de « désarmer l’agresseur » en ces termes : « Notre engagement actuel pour susciter une culture apte à prévenir les conflits est important, mais il conviendra aussi de bien approfondir le problème de l’usage de la force pour désarmer l’agresseur. La « Responsabilité de protéger » est née d’un concept politique et juridique très important, qui s’est progressivement enrichi au long des soixante ans d’existence de l’ONU. Il renvoie, en ce qui forme son noyau essentiel, à la prééminence de la dignité de tout homme ou de toute femme en tant que personne sur l’État et sur tout système idéologique ».

« Le Saint-Siège demande aux États, déclarait le cardinal Sodano, d’avoir le courage de continuer les discussions sur les modes d’application et sur les conséquences pratiques du principe de la « Responsabilité de protéger », afin que soit porté remède de manière opportune, par l’intermédiaire du Conseil de Sécurité et en suivant les indications du chapitre VII du Statut de l’ONU, à toutes les situations dans lesquelles les autorités nationales ne veulent pas ou ne peuvent pas protéger leurs populations face à des menaces internes et externes. Le Statut des Nations Unies, dans son préambule, précise justement que les Nations Unies sont nées « pour préserver les générations futures du fléau de la guerre ». »

« Dans ce but, atteindre et même dépasser les Millenium Development Goals demeure un devoir de justice au service de la dignité humaine et, en même temps, une condition indispensable pour la paix et la sécurité collective, y compris en ce qui concerne l’élimination ou la diminution substantielle du danger du terrorisme et de la criminalité internationale », faisait observer l’envoyé de Benoît XVI.