ONU: Mgr Martino rappelle le principe de "l'égale dignité des Nations"

Face au marchandage des votes…

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CITE DU VATICAN, Jeudi 13 mars 2003 (ZENIT.org) – Mgr Renato Martino, président du conseil pontifical Justice et paix met en garde sur les moyens par lesquels sont acquis les votes à l'ONU, dans un entretien accordé au quotidien italien "Il Corriere della Sera" (www.corriere.it) et rappelle le principe de "l'égale dignité des Nations".



Chercher des voix par des propositions alléchantes ou des menaces est une humiliation contraire à l'égale dignité des Nations, proteste Mgr Martino, qui fait allusion aux prochains votes au conseil de Sécurité où chaque partie tente de convaincre les pays en voie de développement de rejoindre son camp.

"Le renvoi du vote au Conseil de Sécurité est un fait positif, reconnaît l'ancien représentant du Saint-Siège à l'ONU. Tout motif de renvoyer l'action militaire est bienvenu. Plus on a de temps, et mieux on évalue la réalité et la façon d'y répondre par des décisions. Au fil des jours, pourra aussi grandir chez les responsables des Etats, l'écoute de l'opinion publique, que je considère comme un facteur décisif".

Mais il précise à propos de cette compétition à l'acquisition des votes: "Il faudrait laisser les votants libres de toute ingérence. Il n'est pas juste que les grands exercent sur les petits une pression plus forte que leur capacité de résistance. Lorsque l'on fait des promesses ou des menaces pour l'avenir d'un peuple, quel que soit celui qui les fait, on fausse le processus décisionnel et l'on fait du tort au principe de l'égale dignité des Nations".

Pour Mgr Martino, il faudrait au contraire employer « la force de la raison, et pas les raisons de la force », comme l'a dit l'archevêque Jean-Louis Tauran. Les Nations Unies sont nées pour offrir des garanties à tous les pays et il n'est pas acceptable que leur fonctionnement même soit soumis à des logiques de domination.

Au cas où le Conseil de Sécurité n'arrivait pas à trancher, ou serait paralysé par des votes croisés, Mgr Martino indique que pourrait être envisagée une "session d'urgence" de l'Assemblée générale: là, tous les pays pourraient parler et voter et toute la communauté internationale serait placée devant ses responsabilités".

Mais si le renvoi devait entraîner une décision extérieure aux Nations Unies, Mgr Martino déplore: "Ce serait un fait gravissime, peut-être le plus grave de l'histoire des Nations Unies. Cela mettrait en cause non seulement leur crédibilité, mais aussi leur avenir".

Mgr Martino rappelle en effet que la situation actuelle n'est pas "comparable" avec celle de 1991 pour la Guerre du Golfe et de 1999, pour celle du Kosovo, attaques qui furent le fruit de décisions extérieures à l'ONU…

"Les trois circonstances, dit-il, ne sont pas comparables ni pour ce qui est de l'urgence de l'intervention, ni pour le niveau d'engagement des Nations Unies, qui est cette fois maximum. En 1991, il y avait eu l'invasion d'un pays souverain, en 1999, il y avait l'exigence d'arrêter un génocide en acte. Cette fois-ci, il n'y a pas la même urgence. Mais surtout nous sommes en présence d'un engagement des Nations Unies très élevé est prolongé au cours des années, qu'il n'y avait pas eu dans les deux autres cas. Le Conseil de Sécurité a pris en charge la situation avec la résolution sur les inspections, qui est toujours en vigueur: le travail des inspecteurs n'est pas encore achevé. M. Blix a dit qu'ils auraient besoin de quatre autres mois. Et donc, qu'est-ce qui arriverait? Une attaque en dehors de l'ONU chasserait de l'Iraq, manu militari les inspecteurs de l'ONU?"

A propos d'une éventuelle "déception" de l'opinion publique américaine devant l'absence d'action militaire, Mgr Martino explique: "Il faudrait bien mettre au clair que l'Iraq doit être désarmé et que son désarmement par des voies pacifiques est en train de se réaliser, sous la responsabilité des Nations Unies. Justement grâce à la pression exercée par les Etats-Unis et par Londres avec le déploiement de leur machine de guerre. De même tous devraient tenir compte de ce fait compréhensible par les opinions publiques, que le 11 septembre a profondément blessé la Nation américaine".

Enfin, Mgr Martino estime que la position du pape a eu une influence sur le fait que l'on ait pas encore eu d'affrontement. Mais combien, "on ne peut le mesurer", estime le prélat. Il invite à avoir présent à l'esprit "l'écho vraiment extraordinaire qu'a eu, également en dehors de l'Eglise catholique, son appel à la journée de prière et de jeûne. Je suis encore décidé à espérer que, aussi grâce à Jean-Paul II, la guerre n'ait pas lieu. J'étais petit, mais j'ai vu la seconde guerre mondiale et ce souvenir me suffit pour renforcer mon espérance".