ONU: pour l'accès des personnes malvoyantes à la connaissance

Plaidoyer de Mgr Tomasi

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Anne Kurian

ROME, mercredi 3 octobre 2012 (ZENIT.org) – Le Saint-Siège plaide pour l’accès des personnes malvoyantes à la connaissance, soulignant que la propriété intellectuelle doit être ordonnée au bien commun.

Mgr Silvano M. Tomasi, observateur permanent du Saint-Siège aux Nations-Unies à Genève, est intervenu au cours de la 50e série de réunions des assemblées des États membres de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI) le 1er octobre 2012 à Genève.

Tous appelés à contribuer  

L’archevêque se réjouit des « progrès significatifs et positifs » qui ont eu lieu dans « divers secteurs importants de l'Organisation », notamment concernant le système international des droits des artistes interprètes de l'audiovisuel.

Dans cette même lignée, le Saint-Siège exprime son souhait de parvenir à « un accord sur un instrument international juridiquement contraignant sur ​​les limitations et exceptions en faveur des personnes malvoyantes ou avec des handicaps de l’imprimé ».  

En effet les personnes ayant une déficience visuelle ont accès à « seulement 5% des livres publiés dans les pays développés » et environ 1% dans les pays plus pauvres », déplore Mgr Tomasi : ce manque de disponibilité de « formats utilisables tels que l'audio, le caractère large ou le braille » à une époque où la technologie apporte « d'énormes quantités d'informations pour les ménages et les entreprises » est « choquant », dénonce-t-il.

« L'article 27 de la Déclaration universelle des droits de l'homme reconnaît à toute personne le droit de prendre part librement à la vie culturelle de la communauté et de jouir des arts », rappelle-t-il.

Pour se faire, l’archevêque souligne la « nécessité » de veiller à ce que « le droit d'auteur ne soit pas un obstacle à l'égalité d'accès à l'information, la culture et l'éducation des personnes ayant des difficultés de lecture et d'autres incapacités ».

« Il serait profondément indigne de l'homme d'admettre seulement ceux qui sont entièrement fonctionnels à la vie de la communauté », insiste-t-il en citant Jean-Paul, y voyant une « forme grave de discrimination », qui privilégie « ceux qui sont forts et en bonne santé sur les faibles et les malades ».

Au contraire, « toutes les personnes sont appelées à contribuer à la société », affirme-t-il.

En ce sens, le Saint-Siège appelle à créer un « instrument international pour aider les personnes pauvres ou handicapées à développer leurs compétences afin de tirer le meilleur parti de leurs capacités et ressources », à la fois pour leur « épanouissement personnel » et pour leur « contribution à la société ».

La propriété intellectuelle et bien commun

Si la protection de la propriété intellectuelle est « nécessaire au progrès et à la juste indemnité des chercheurs et des producteurs », cependant « l'objectif principal de nouvelles connaissances est au service du bien commun de la communauté humaine », estime l’archevêque.

Comment concevoir justement ce bien commun ? « Dans sa plénitude, fondé sur une logique qui conduit à l'acceptation d'une plus grande responsabilité », répond Mgr Tomasi, et non pas « selon une vision réductrice subordonnée seulement à l'avantage de certaines personnes ».

En d’autres termes, le bien commun nécessite la « capacité constante de rechercher le bien d'autrui comme s'il était son propre bien » : concrètement, poursuit l’archevêque, « la répartition des biens créés doit être effectivement mise en conformité avec les normes du bien commun, c’est-à-dire la justice sociale ».

La propriété intellectuelle, conclut-il, que ce soit dans toute approche « scientifique, technique ou juridique », doit respecter la création, à la fois dans le domaine « de la connaissance et de la découverte » et à la fois dans la « reconnaissance de la nature des choses: la matière, l'intellect, les êtres vivants, et surtout, la personne humaine ».