ONU : priorité à la création d'emplois

Intervention de Mgr Tomasi

Rome, (Zenit.org) Anne Kurian | 491 clics

« Dans l'environnement économique international faible et turbulent actuel, la création d'emplois est la priorité du développement mondial », estime le Saint-Siège à la tribune de l’ONU.

Mgr Silvano M.Tomasi, représentant permanent du Saint-Siège aux Nations Unies à Genève est intervenu, lors de la 102e session de la Conférence internationale du travail (5-20 juin 2013), le 12 juin.

Alors qu’aujourd’hui, « les êtres humains sont considérés comme des biens de consommation qui peuvent être utilisés et jetés », à cause d’une « vision purement économique de la société, qui recherche le profit égocentrique », Mgr Tomasi invite à « promouvoir les conditions d'une reprise fondée sur une importante création d'emplois ».

« « Dans l'environnement économique international faible et turbulent actuel, la création d'emplois est la priorité du développement mondial », estime-t-il.

Il suggère concrètement de suivre le « principe de subsidiarité » et de donner la première place à la « dimension sociale du travail » en promouvant « la solidarité désintéressée et le retour à l'éthique centrée sur la personne ». En résumé, « un changement radical est nécessaire dans la politique actuelle afin de lutter contre les difficultés structurelles du chômage ».

Le rôle-clé de la famille

Déplorant une reprise « très lente » du marché du travail, l’archevêque constate que les jeunes restent « particulièrement touchés par la crise » : quelque 73 millions de jeunes sont actuellement au chômage et les statistiques prévoient l'augmentation de leur taux de chômage de 12,6 à 12,9% d'ici à 2017.

Pour le Saint-Siège, « le chômage des jeunes est devenue une urgence majeure », en particulier en Europe, où leurs difficultés à trouver un emploi côtoie un vieillissement de la population : un « conflit entre les générations » est en effet à craindre si l'ancienne génération allonge sa présence active sur le marché du travail alors que la nouvelle génération ne peut y entrer.

Pour remédier à ce conflit, Mgr Tomasi recommande aux politiques et aux institutions de donner « un rôle clé à la famille », qui est « le lieu principal où les conflits intergénérationnels d'intérêts potentiels peuvent être résolus ». À cet égard, « en plus des politiques qui favorisent l'emploi des jeunes, il est nécessaire de mettre en œuvre des politiques visant à promouvoir la participation des femmes en facilitant la conciliation entre travail et famille ».

L’éducation, pierre angulaire

En outre, le Saint-Siège plaide pour une plus grande attention au système d'éducation, « pierre angulaire de toute stratégie de développement », car si le chômage des jeunes « met en lumière l'incapacité de l'économie à générer des opportunités d'emploi suffisantes pour les nouvelles générations » il souligne aussi « les difficultés du système éducatif à générer les qualifications et les compétences requises sur le marché du travail ».

L’éducation est « la principale source de capital humain, le moteur le plus efficace de la croissance économique », poursuit Mgr Tomasi, soulignant que « les personnes instruites prennent pleinement conscience de la valeur de toutes les personnes et de la valeur du travail ».

Les tâches cruciales du système éducatif sont non seulement de « tirer le meilleur parti des talents de chaque individu », mais aussi de « transmettre efficacement les compétences et l'expertise utiles pour le marché du travail ».

Moyen de sortir de la pauvreté

« L'expérience montre que le travail est le moyen de sortir de la pauvreté » et que « l'expansion d’un emploi productif et décent est le moyen par lequel les économies se développent et se diversifient », ajoute l’archevêque, qui invite les partenaires sociaux et les syndicats à « accroître les possibilités d'emploi pour les personnes à risque de marginalisation et d'exclusion sociale ».

Il encourage aussi à « mobiliser l'aide internationale au développement » en soutenant les investissements dans l'infrastructure des pays à faible revenu et en soutenant l’accès à la connaissance.

Plaidant pour « un regard neuf sur le travail », fondé « sur des principes éthiques et des valeurs spirituelles », le Saint-Siège préconise une attention spéciale à « l'innovation technologique » qui « modifie la capacité de production et la capacité des activités à générer des emplois » et aux « inégalités croissantes de revenus et de possibilités », qui « affaiblissent le tissu social et politique des sociétés et alimentent un cycle de baisse de l'incertitude économique, politique et sociale ».