ONU: "S'il vous plaît, ne sacrifiez pas le Liban!"

Appel du card. Raï à la communauté internationale

Rome, (Zenit.org) Anne Kurian | 717 clics

« S’il vous plaît, ne sacrifiez pas le Liban » : c’est l’appel du cardinal Raï à la communauté internationale, demandant de l’aide pour accueillir les réfugiés syriens. « Que le monde aide le Liban, pour dire qu’il est possible de vivre ensemble en étant différents. »

Le cardinal Béchara Boutros Raï, patriarche d’Antioche des maronites, a participé à une conférence-débat au siège de l’ONU à Genève, le 9 avril 2014 : il y a souligné la « richesse » de la présence des chrétiens dans le monde arabe, a dénoncé la déstabilisation actuelle du Moyen Orient, et a évoqué les perspectives d’avenir de la Syrie.

Il faut sauver le Liban

Son intervention était aussi un plaidoyer pour la survie de son pays : car s’il faut « aider le million et demi de réfugiés syriens au Liban », qui « ne peuvent plus attendre une solution au drame qu’ils sont en train de vivre », il faut aussi « sauver le Liban », explique-t-il au micro de Radio Vatican.

« Fort du dicton libanais ‘Seules les mains qui ont connu les clous, savent toucher les blessures’, le Liban n’a pas pu fermer les portes, n’a jamais pu dire ‘ça suffit !’. Nous avons toujours dit : ‘Si nous étions à leur place! Si c’était nos familles !’. Nous ne pouvons pas fermer la porte aux gens innocents. »

Mais « cela ne veut pas dire que le Liban doit assumer tout seul ce poids : il ne s’agit pas seulement d’un grand poids économique et social mais également d’une menace pour la sécurité du pays », explique-t-il, dénonçant notamment l’arrivée d’armes sur le territoire.

Il lance un appel à la communauté internationale : « S’il vous plaît, ne sacrifiez pas le Liban parce qu’avec son sens de l’humanitaire il reçoit des personnes désespérées… Que le monde aide ce pays que le pape Jean Paul II désignait comme un modèle pour l’Orient et l’Occident, pour dire qu’il est possible de vivre ensemble en étant différents. »

« Il ne faut pas sacrifier un pays où la coexistence entre musulmans et chrétiens est organisée par la Constitution. Vous voulez la démocratie ? Au Moyen Orient le Liban l’apporte ! Vous voulez des droits de l’homme ? Le Liban l’apporte ! Vous voulez les libertés, toutes les libertés civiles ? C’est le Liban qui les apporte ! Vous voulez la coexistence entre les religions, les cultures ? C’est le Liban ... ! », insiste-t-il.  

Le cardinal propose une solution : « Que soient installés des camps en territoire syrien, dans les espaces de sécurité sous le contrôle de l’Etat, ou bien dans un "no man's land", entre les deux frontières. »

Danger pour la paix mondiale

Evoquant l’assassinat du P. Frans van der Lugt, bien connu au Liban, le cardinal pense « qu’il a été tué par des fondamentalistes », qui persécutent « les chrétiens et les musulmans » : « les fondamentalistes commettent atrocités, violences, terrorisme, mort, assassinats, au nom de la religion, donc portent atteinte à la religion même ».

Il estime que « cela n’est pas représentatif de l’Islam. L’Islam est autre chose, il a ses valeurs » : « je veux dire à la communauté internationale et à l’opinion publique que la majorité des musulmans est modérée », poursuit-il, déplorant « un choix politique qui fomente et encourage le fondamentalisme », notamment par des envois d’armes aux rebelles.

« Il faut que les modérés musulmans dénoncent cela ouvertement, mais il faut aussi que la communauté internationale se rende compte qu’elle ne peut pas continuer à promouvoir et soutenir les groupes fondamentalistes, car ils sont un danger pour la région, pour les chrétiens, pour la paix mondiale. »

Le rôle de l’Eglise dans ce contexte est de « renvoyer toujours aux quatre piliers de la paix du pape Jean XXIII : vérité, justice, liberté et amour. Si ces piliers n’existent pas, alors la paix ne saurait exister. Voilà la voix prophétique de l’Eglise », ajoute-t-il.

Le cardinal affirme aussi qu’à l’origine « de tout ce qui se passe au Moyen Orient, il y a les conflits israélo-palestinien et israélo-arabe », où « s’alimentent, comme un feu, les autres conflits » : « si la communauté internationale veut vraiment la paix au Moyen Orient, elle doit commencer par résoudre le conflit israélo-palestinien et israélo-arabe ».

Avec Océane Le Gall pour la traduction