Ordinations à Paris : Homélie de Mgr Vingt-Trois

Messe pour l’ordination sacerdotale de douze diacres

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ROME, Lundi 2 juillet 2007 (ZENIT.org) – « Vous êtes comme enfantés à nouveau pour être les témoins et les serviteurs de la nouveauté radicale que constitue la venue du Christ en notre chair » : voici le texte de l’homélie de Mgr André Vingt-Trois, archevêque de Paris, lors de la messe pour l’ordination sacerdotale de douze diacres, le samedi 23 juin 2007, en la cathédrale Notre-Dame de Paris.



Homélie de Mgr Vingt-Trois

Jean-Baptiste, Louis-Pierre, Antoine, Étienne, Benoît, Olivier, Christophe, Vincent, Guillaume, Geoffroy, Xavier et Florent,

Chacun de vous a été appelé par son nom de baptême et par son nom de famille. Vous n’êtes pas arrivés ici de nulle part. Chacun de vous est l’héritier d’une longue tradition familiale qui vous a façonnés en vous transmettant ses mœurs et ses valeurs et cette histoire, vous la relisez avec reconnaissance et dans l’action de grâces. Avec vous, aujourd’hui, je veux remercier vos familles de tout ce qu’elles vous ont apporté.

Mais, si important que soit cet héritage, votre vocation et votre engagement de ce jour ne sont pas le fruit d’un formatage culturel, d’une pression familiale ni même d’un héritage chrétien. Le récit de la naissance de Jean-Baptiste peut nous aider à comprendre le mélange intime de nos ascendances et de la radicalité nouvelle que Dieu produit en nos vies.

L’évangile selon saint Luc relate l’annonce faite à Zacharie prévenant que l’enfant qui allait naître n’était pas le simple fruit naturel du ménage formé par Zacharie et Élisabeth. En effet, c’est d’une femme qui ne peut plus enfanter que Dieu allait faire naître un nouvel espoir non seulement pour Zacharie et Élisabeth, mais encore pour Israël tout entier. Et la marque de cette irruption de la nouveauté divine dans l’histoire humaine a été le nom que Dieu lui-même a choisi et donné pour cet enfant nouveau-né.

« Il s’appellera Jean. » Dans la culture biblique, vous le savez, le nom n’est jamais une simple dénomination ; il est aussi un message et ce message est le signe d’une mission. « Dieu fait grâce » : tel est le sens du nom donné à Zacharie pour son fils à naître. En interrompant la chaîne des noms usuels de cette famille, Dieu annonce l’avènement d’une nouvelle époque pour Israël. Une fois de plus, la miséricorde de Dieu va se manifester et agir en faveur des hommes. Dieu fait grâce, et cette grâce sera la venue du Fils unique dans la chair humaine pour sauver ce qui était perdu.

A partir d’aujourd’hui, vous n’êtes plus simplement inscrits dans la longue tradition de vos familles, ni même dans la continuité de vos quelques décennies d’existence. Vous êtes comme enfantés à nouveau pour être les témoins et les serviteurs de la nouveauté radicale que constitue la venue du Christ en notre chair. Aujourd’hui commence pour vous une nouvelle étape de votre vie. Certes, nous le savons, ce commencement a été longuement préparé par tout ce que vous avez reçu. Il s’inscrit même dans une histoire secrète dont Isaïe nous disait à l’instant qu’elle remonte à l’avant de votre naissance : « J’étais encore dans le sein maternel quand le Seigneur m’a appelé ; j’étais encore dans les entrailles de ma mère quand il a prononcé mon nom. » Ce commencement a été soigneusement préparé par vos années de formation au séminaire durant lesquelles vous avez approfondi en même temps votre connaissance du Mystère de Dieu et la réalité de votre relation intime avec le Christ.

Mais ce que nous vivons aujourd’hui, ce que vous vivez aujourd’hui, n’est pas le simple produit historique de ces préparations. C’est une intervention de Dieu lui-même qui, par le ministère de son Église, vous consacre comme ministres de l’Alliance nouvelle et éternelle. Par l’imposition de nos mains et par l’onction de l’huile sainte, « la main du Seigneur est avec vous » et votre vie prend une nouvelle orientation. Récapitulant tout ce que vous avez reçu, le Seigneur vous envoie. Pour reprendre l’évangile de la multiplication des pains ; vous aviez en vos mains quelques pains et quelques poissons et il les reprend et il les bénit et il vous les confie à nouveau, mais cette fois pour nourrir toute la foule humaine.

Les voisins et la famille d’Élisabeth « se réjouissaient avec elle », nous dit l’évangile de saint Luc. Frères et Sœurs, je veux d’abord vous inviter à vous réjouir avec moi du don que Dieu fait aux hommes à travers notre ministère. Je rends grâce pour les centaines de prêtres que vous verrez tout à l’heure imposer les mains à leurs nouveaux frères. Je rends grâce particulièrement pour ceux qui fêtent leur jubilé de 70 ans, 65 ans, 60 ans, 50 ans, 25 ans et 10 ans de sacerdoce. Je rends grâce pour ceux qui nous entourent et pour ceux que l’âge ou la maladie retiennent loin de nous. Chers frères, vous qui fêtez cette anniversaire, entendez aujourd’hui la parole du prophète Isaïe, il disait : « Je me suis fatigué pour rien, c’est pour le néant, c’est en pure perte que j’ai usé mes forces » et bien aujourd’hui vous le voyez, vous ne vous êtes pas fatigués pour rien, vous n’avez pas usé vos forces en pure perte, votre droit subsistait au yeux du Seigneur et votre récompense auprès de Dieu. Je rends grâce pour les prêtres que le Seigneur me donne comme collaborateurs pour l’annonce de l’Évangile. Je rends grâce pour la vitalité des communautés chrétiennes à Paris, pour leur foi vivante et leur engagement dans la mission de l’Église : elles suscitent au cœur de jeunes hommes le désir de se donner tout entiers pour cette mission.

Je rends grâce pour tous les jeunes qui entendent l’appel du Seigneur et qui ne le repoussent pas mais qui le laissent grandir en eux et se disposent à y répondre avec générosité. Je rends grâce pour les femmes et les hommes consacrés qui donnent le témoignage de l’absolu. Je rends grâce pour les couples qui vivent la fidélité de l’amour jusqu’au bout et pour les familles qui développent le sens de la vie fraternelle entre leurs membres. Bénissons le Seigneur pour tout ce qu’Il réalise au milieu de nous et avec nous. Ne soyons pas paralysés par nos pauvretés ni par l’image idéalisée de nos souvenirs. Le don de Dieu, c’est l’aujourd’hui qu’il nous donne et la mission qu’il nous confie avec les moyens que nous avons.

Fils très aimés, je voudrais souligner brièvement quelques traits de la mission à laquelle vous allez être associés en ce vingt et unième siècle de notre vieille Europe.

Tout d’abord, nous sommes appelés à être des témoins de la foi au Christ ressuscité. Entendons-nous bien : beaucoup de nos contemporains ont encore quelques souvenirs d’un nommé Jésus-Christ, peut-être même quelque sympathie pour certaines valeurs évangéliques si elles ont le bon goût de rester dans les limites de la raison commune. Nous ne méprisons pas ces traces de christianisme éparses dans notre culture et nous sommes toujours prêts à les reconnaître et à les saluer. Mais ce dont nous vivons et ce que nous annonçons est d’un autre ampleur et réclame une autre adhésion : il s’agit de la personne de Jésus de Nazareth, vrai Dieu et vrai homme, de sa vie, de ses actions, de sa passion, de sa mort et de sa résurrection.

Vous n’êtes pas appelés à donner votre vie à un vague idéal de valeurs, même évangéliques. Vous êtes appelés à donner votre vie à une personne et à partager votre connaissance de cette personne : Jésus de Nazareth. La publication récente du livre de Joseph Ratzinger-Benoît XVI ne doit pas seulement nous réjouir comme un succès de librairie. Elle doit nous inciter à reprendre inlassablement notre quête de la vérité sur le Christ et animer notre passion de partager cette connaissance du Christ.

Témoins de la foi, nous sommes pasteurs d’un peuple qui nous est confié. Un peuple très divers dans ses origines, ses croyances et ses attentes. Nous savons que le premier langage directement compréhensible par tout homme n’est pas celui du catéchisme, c’est celui de l’amour. C’est à partir de l’amour que nous vivons entre membres de l’Église et à la qualité de l’amour que nous essayons de vivre avec nos contemporains que la question de la source de cet amour peut se poser réellement. Nous sommes les ministres de cet amour. Nous en sommes les ministres dans les communautés particulières auxquelles nous sommes envoyés. Nous en sommes les ministres auprès de tous les hommes. Pasteurs de l’Église, nous essayons de nous plonger tout entiers dans l’amour du seul vrai Pasteur qui donne sa vie pour ses brebis.

Établis dans la foi, fortifiés dans l’amour que nous avons reçu et que nous partageons, nous vivons dans l’espérance. Mais cette espérance n’est pas simplement comme une posture, comme la dynamique d’une utopie. Elle se définit par le contenu de ce que nous espérons. Dans une société marquée par la sollicitation permanente des désirs à assouvir, l’espérance qui nous anime n’est pas de pouvoir satisfaire tous les désirs et tous les appétits qui traversent les cœurs des hommes. Elle est de trouver notre repos dans la quiétude de l’amour partagé. Et nous savons que cette espérance ne sera totalement comblée qu’au-delà de cette vie, mais déjà elle éclaire chacune de nos journées et le tissu de nos relations.

C’est elle qui vous aidera à scruter le signes des temps pour y discerner les premières lueurs du jour nouveau et qui vous permettra de rendre le courage et la force aux êtres blessés qui viendront vers vous. C’est elle qui vous rendra heureux d’être ministres de la réconciliation entre Dieu et les hommes. C’est elle qui fera de vous des artisans de la paix. Je suis heureux de vous accueillir aujourd’hui dans la mission de l’Église et de vous associer au presbyterium parisien.

Frères et Sœurs, dans quelques instants nous allons implorer l’Esprit-Saint de venir consacrer ces nouveaux prêtres, puis nous invoquerons en leur faveur l’intercession de tous les saints. C’est l’Église tout entière qui se rassemble et nous portons ensemble cette prière de l’Église. Que la grâce qui nous est faite aujourd’hui ravive en nous le désir de prendre notre part de la mission de l’Église.

A tous les jeunes qui ont accompagné les nouveaux prêtres de leur prière cette nuit et à tous ceux qui nous ont rejoints ce matin, je dis : ouvrez les yeux et regardez, ouvrez les oreilles et écoutez ! Ce qui se passe ce matin est un événement important pour notre ville de Paris et pour la mission de l’Église en Ile-de-France. Cette mission a besoin d’acteurs décidés, d’hommes et de femmes qui s’engagent à suivre le Christ dans leur profession et dans leur vie familiale. Elle a besoin d’hommes et de femmes consacrés dans la vie religieuse. Elle a besoin de prêtres pour faire vivre les communautés chrétiennes et annoncer l’évangile. Aujourd’hui, lequel de ces appels vous est adressé, lequel de ces appels vous concerne ? Qu’est-ce que le Christ vous dit ? Qu’est-ce qu’Il vous demande au secret de votre cœur ? Quelle sera votre réponse ? Serez-vous de ceux qui le suivent dans la joie ou de ceux qui rentrent chez eux tous tristes ?

A chacune et à chacun d’entre vous qui participez à cette ordination, je souhaite qu’elle soit un temps de réconfort dans votre vie chrétienne, et un temps de renouveau dans votre chemin à la suite du Christ, un temps de joie et de bénédiction pour les dons que Dieu nous fait. Amen

+ André Vingt-Trois
Archevêque de Paris