Ordre de Malte : découvrir ma capacité à aimer

Entretien avec Albrecht von Boeselager

Rome, (Zenit.org) Britta Dörre | 817 clics

Les jeunes bénévoles de l’Ordre de Malte font « des expériences décisives qui leur indiquent la route » et découvrent « leur propre capacité à aimer », estime Albrecht von Boeselager, Grand hospitalier, qui explique aux lecteurs de Zenit le rôle de son Ordre.

Albrecht von Boeselager, né en 1949, est entré dans l’Ordre de Malte en 1976. En 1982, il s’est vu confier la charge de chancelier de l’Association allemande de l’Ordre et il est devenu membre du comité directeur du Corps des secours de l’Association allemande (Malteser Hilfsdienst) dans le diocèse de Cologne. En 1985, il a prêté serment pour devenir Chevalier en obédience (Obödienzritter). A partir de 1989, Albrecht von Boeselager reçoit la charge de Grand hospitalier, qui sera renouvelée quatre fois. De 1994 à 2005, il a été membre du Conseil pontifical « Cor Unum » ; depuis 1990, il est membre du Conseil pontifical pour les services de la santé (pour la pastorale de la santé). Albrecht von Boeselager, est marié et a cinq enfants.

Zenit – Comment se révèle, dans les temps modernes, l’âme chevaleresque d’un membre de l’Ordre de Malte, qui vient d’une tradition très ancienne ?

Albrecht von Boeselager – Les membres partagent un même appel à s’engager, selon l’Évangile et en étroite communion avec l’Église, à la solidarité et à la paix à travers un amour actif pour leur prochain. Il est particulièrement important de montrer que l’on est disposé à se mettre au service des pauvres et des malades. C’est pour cela que notre devise est « Tuitio Fidei et Obsequium Pauperum » (Témoignage de foi et service des pauvres). En latin, « obsequi » ne signifie pas simplement « suivre, prendre soin » mais implique une volonté authentique de se mettre au service de son prochain. Les Dames et les Chevaliers de l’Ordre de Malte témoignent de cette devise et la vivent pendant leur service volontaire dans le secteur caritatif.

Dans l’encyclique Caritas in veritate, le pape Benoît XVI a écrit : « C’est une exigence de la justice et de la charité que de vouloir le bien commun et de le rechercher. […] On aime d’autant plus efficacement le prochain que l’on travaille davantage en faveur du bien commun qui répond également à ses besoins réels. Tout chrétien est appelé à vivre cette charité, selon sa vocation et selon ses possibilités d’influence au service de la pólis ». Est-ce que cela rejoint votre Ordre ?

Cette citation met en évidence deux aspects de la « Caritas ». D’un côté, la perception des véritables besoins de la personne est au centre, comme c’est le cas dans les nombreux projets d’aide de l’Ordre de Malte. Aider pour s’aider soi-même est le mot-clé, parce que la dignité de l’être humain doit toujours être protégée dans toutes les interventions d’aide. Le second point indiqué par le pape Benoît XVI est l’engagement volontaire, lui aussi caractéristique de notre Ordre. Nos membres et nos volontaires s’engagent là où, souvent, l’État n’est pas en mesure, par lui-même, d’apporter l’aide nécessaire. Un tel engagement est d’une importance fondamentale pour une société libre et disposée à assumer ses responsabilités.

En tant que Grand hospitalier, vos fonctions sont extrêmement variées…

Il me revient la charge de coordonner les œuvres de l’Ordre des Prieurés des associations dans le monde entier. Naturellement, je peux compter sur l’aide de mes collaborateurs sur place. L’Ordre est organisé de manière décentralisée pour pouvoir répondre au mieux aux exigences des personnes. En parlant avec les responsables locaux, je discute au cas par cas des possibilités qui nous semblent les plus appropriées pour aider sur le terrain.

Je suis heureux de ne pas faire seulement un travail de bureau mais de toujours avoir la possibilité, au cours de mes visites, de me faire une idée de la situation locale. Pouvoir sentir les besoins, mais aussi toute la gratitude des personnes pour notre travail et pour l’aide que nous apportons, est pour moi la plus grande des motivations.

Sur la toile, votre site indique que « ne peuvent être admises que les personnes d’une moralité irréprochable et d’un comportement chrétien exemplaire et qui ont acquis dans le temps des mérites reconnus par l’Ordre souverain, ses institutions et ses œuvres ». Quelles sont les qualités requises pour un jeune candidat ?

L’expression est évidemment un peu vieillie et il faut l’interpréter au sens moderne. « Moralité irréprochable » signifie qu’un jeune doit se sentir tenu de vivre les valeurs chrétiennes, en essayant de les mettre en œuvre, justement avec une « moralité irréprochable ». Le terme de « mérites » signifie en fait simplement qu’il doit manifester un intérêt sérieux pour le travail de l’Ordre de Malte. L’Ordre de Malte attend du candidat ou de la candidate qu’il fasse preuve d’un véritable engagement.

Pendant les pèlerinages, à Lourdes ou ailleurs, avec des personnes malades ou handicapées, ou au cours de vacances et de projets pendant le temps libre pour des jeunes handicapés, les jeunes volontaires rencontrent souvent pour la première fois la réalité et les besoins des personnes malades ou handicapées. Ce sont souvent des expériences décisives qui leur indiquent la route. Ils apprennent à voir le monde avec un regard différent et à percevoir une réalité qui n’a souvent pas de place dans leur univers habituel. En outre, il leur est souvent donné de faire l’expérience et de découvrir leur propre capacité à aimer.

Quels sont les projets qui vous tiennent particulièrement à cœur ?

En général, le succès de tous les projets me tient à cœur, et je n’ai de préférence pour aucun des engagements de l’Ordre de Malte en particulier. Actuellement, nous sommes spécialement occupés par la crise en Syrie et nous cherchons comment apporter de l’aide aux personnes qui vivent là-bas. Un autre projet important est consacré à protéger et à aider les femmes maltraitées et violentées dans l’est du Congo où, chaque jour, d’innombrables victimes d’une violence aveugle subissent mauvais traitements, viols et mutilations.

Mais ce qui est aussi extrêmement préoccupant, c’est la progression de la pauvreté en Europe. Le profil des personnes pauvres en Europe a profondément changé. Désormais, sont aussi touchées des personnes qui semblent, en apparence, mener une existence bourgeoise normale. C’est pour cela que l’Ordre de Malte a lancé de nombreux projets pour aider ces personnes. Il est triste et préoccupant que tant de personnes ne veuillent pas voir la pauvreté de leur prochain et préfèrent fermer les yeux. Par notre travail, nous voulons vaincre l’ignorance, sensibiliser les personnes et aider vraiment ceux qui sont dans le besoin.

Un dernier message pour nos lecteurs ?

Au cours de la Journée mondiale de la jeunesse à Cologne, en 2005, un terrain spécial, proche de la colline de l’autel, avait été réservé pour les personnes handicapées qui participaient à la messe avec le Saint-Père, Benoît XVI. Mais ce terrain a été occupé par d’autres participants pendant la nuit et les jeunes handicapés n’ont donc pas pu participer à la messe. On ne peut pas faire de reproches aux responsables de l’organisation, mais ce fait a éveillé mon attention. Pour nous, c’est vraiment un appel à nous engager, y compris dans l’Église, envers les personnes désavantagées et, si nécessaire, à découvrir le toit et à démolir le plafond, comme l’ont fait les porteurs dans la maison de Pierre.

Traduction d'Hélène Ginabat