Oser "la grande aventure de l'esprit humain"

Chercher Dieu, par le card. Marx

Rome, (Zenit.org) | 1138 clics

Le livre d’un prêtre Tchèque propose aux croyants et à l’Eglise dans son ensemble un chemin pour « rejoindre les cœurs » des hommes : il s’agit d’ « une invitation à la recherche en se risquant dans la grande aventure de l’esprit humain : chercher et trouver Dieu », commente le cardinal Marx.

Le cardinal Reinhard Marx président de la Commission des épiscopats de la Communauté européenne (COMECE), participait à la présentation de l’ouvrage « Proche de ceux qui sont loin » (Vicino ai lontani), du prêtre Tchèque Tomas Halik, publié par la Librairie éditrice vaticane. L’Osservatore Romano du 27 février 2013 rapporte des extraits de son intervention.

Le cardinal analyse d’emblée que « la crise de l’Eglise et la crise de Dieu sont étroitement liées » : en effet, « on ne peut parler de crise de Dieu, mais plutôt de crise de notre façon de parler de Dieu, de notre confession de Dieu, de notre comportement ecclésial vis-à-vis de Dieu, de notre prière, de notre liturgie ».

Supporter l’altérité de Dieu

Pour le cardinal, au-delà du « débat sur les réformes dans la vie concrète de l’Eglise », il y a « l’exigence et l’importance d’un cheminement à la rencontre du Dieu toujours plus grand », c’est-à-dire « la recherche du mystère qui est plus grand que tout ce que nous pouvons penser ou dont nous pouvons discuter ».

Il invite par conséquent à se remettre en question : « Que signifie le fait que le mystère de Dieu demeure caché aux yeux de beaucoup  et que même les croyants font l’expérience douloureuse de l’absence de Dieu ? Cette recherche et cette question se reflètent-elles dans notre annonce, dans nos célébrations des sacrements, dans notre prière ? Considérons-nous comme réellement vrai le mystère absolu de Dieu ? Supportons-nous son altérité ? Se peut-il qu’une partie de la crise de notre vie ecclésiale réside aussi dans le fait que notre langage sur Dieu, notre façon de parler de Dieu, ait été, et est parfois, trop sûr de soi, trop réducteur, trop médiocre, trop mesquin, trop sentimental, et peu exigeant sur le plan intellectuel ? »

Le cardinal estime que le livre de Tomas Halik se situe dans cette lignée : il « refuse de proclamer la foi sur la base de vérités superficielles et naïves, qui ne laissent aucune place à la recherche et à la discussion », et il « s’oppose à une Eglise qui n’apporte que des réponses et qui ne pose aucune question », une Eglise « trop sûre d’elle et trop confiante en Dieu », qui ne peut pas « rejoindre les cœurs de ceux qui s’adonnent à la recherche ».

Etre patient avec Dieu

Au contraire, souligne-t-il, « parler de Dieu n’est possible que si on le fait avec humilité et dans un esprit d’adoration ».

Comment nourrir cette attitude ? Citant l’Evangile « Demandez et l'on vous donnera ; cherchez et vous trouverez ; frappez et l'on vous ouvrira » (Mt 7, 7), le cardinal explique qu’ « il s’agit de respecter la mesure du temps de Dieu et son altérité, c’est-à-dire de frapper et d’être patient avec Dieu, et de ne pas se mettre devant lui comme celui qui sait déjà et qui veut défoncer la porte ».

Il poursuit : « Ainsi notre prière devient une invitation à la recherche en se risquant dans la grande aventure de l’esprit humain : chercher et trouver Dieu. Il faut donc renforcer et affirmer les trois invitations de Jésus : « Prie ! Cherche ! Frappe ! », auxquelles il faut ajouter : « Sois patient ! Attends ! Garde-toi des affirmations et des vérités à peu de frais ! Reste absorbé dans ta recherche ! » ».

Et si ce mouvement de recherche ne restera pas sans réponse, cependant il faut se rappeler que « la réponse demeure dans les mains de Dieu », insiste le cardinal, invitant les croyants à entrer dans ce chemin dans leur prière personnelle.

Inclure les recherches de tous les hommes

Le livre de Tomas Halik souligne que cette attitude est « le point fondamental qui est à la base de tout dialogue, et même du dialogue entre croyants et non croyants, dans la mesure où la frontière entre les deux groupes ne peut pas être clairement identifiée ».

Avec cette attitude, l’Eglise pourra aussi « aider les hommes à chercher comment aller de l’avant », sur un mode de prédication et de prière « toujours inclusif et non exclusif », c’est-à-dire inclusif « des recherches de tous les hommes, puisqu’il est toujours question de salut ».

Au contraire, met en garde le cardinal, « une Eglise qui tourne en rond sur elle-même dans la prière, dans la liturgie et dans ses actions, n’aurait pas bien compris à fond l’évangile » : « On ne peut se contenter de dévotion, il est nécessaire de ne jamais arrêter de chercher, de tendre vers le Dieu toujours plus grand, même quand il semble apparemment voilé et caché. »

Le cardinal conclut en rendant hommage à Benoît XVI, à « son mouvement intérieur, sa joie, sa foi convaincante, qui est aussi une foi de recherche et d’émerveillement ».

Anne Kurian avec Hélène Ginabat