P. Cantalamessa : Faites aux autres ce que vous voudriez qu’ils fassent pour vous

Commentaire de l’Evangile du dimanche 18 février

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ROME, Vendredi 16 février 2007 (ZENIT.org) – Nous publions ci-dessous le commentaire de l’Evangile de ce dimanche proposé par le père Raniero Cantalamessa OFM Cap, prédicateur de la Maison pontificale.



Evangile de Jésus Christ selon saint Luc 6, 27-38

Je vous le dis, à vous qui m'écoutez : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent. Souhaitez du bien à ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous calomnient. A celui qui te frappe sur une joue, présente l'autre. A celui qui te prend ton manteau, laisse prendre aussi ta tunique. Donne à quiconque te demande, et ne réclame pas à celui qui te vole. Ce que vous voulez que les autres fassent pour vous, faites-le aussi pour eux. Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle reconnaissance pouvez-vous attendre ? Même les pécheurs aiment ceux qui les aiment. Si vous faites du bien à ceux qui vous en font, quelle reconnaissance pouvez-vous attendre ? Même les pécheurs en font autant. Si vous prêtez quand vous êtes sûrs qu'on vous rendra, quelle reconnaissance pouvez-vous attendre ? Même les pécheurs prêtent aux pécheurs pour qu'on leur rende l'équivalent. Au contraire, aimez vos ennemis, faites du bien et prêtez sans rien espérer en retour. Alors votre récompense sera grande, et vous serez les fils du Dieu très-haut, car il est bon, lui, pour les ingrats et les méchants.
Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux. Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés ; ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés. Pardonnez, et vous serez pardonnés. Donnez, et vous recevrez : une mesure bien pleine, tassée, secouée, débordante, qui sera versée dans votre tablier ; car la mesure dont vous vous servez pour les autres servira aussi pour vous. »

© AELF


Ne juger pas

L’Evangile de ce dimanche renferme une sorte de code moral qui doit caractériser la vie du disciple du Christ. Le tout se résume dans la fameuse « règle d’or » de la conduite morale: « Tout ce que vous voulez que les autres fassent pour vous, faites-le vous-mêmes pour eux ». Cette règle, si elle était appliquée, suffirait à elle seule à changer le visage de la famille et de la société dans laquelle nous vivons. L'Ancien Testament la connaissait sous sa forme négative: « Ne fais à personne ce que tu n’aimerais pas subir » (Tb 4, 15); Jésus la propose sous sa forme positive: « Faire aux autres tout ce que nous voudrions qu’ils fassent pour nous », qui est beaucoup plus exigeant.

Mais ce passage de l’Evangile porte aussi son lot d’interrogations. « A qui te frappe sur une joue, présente encore l’autre ; à qui t’enlève ton manteau, ne refuse pas ta tunique. A quiconque te demande, donne, et à qui t’enlève ton bien ne le réclame pas … ». Jésus ordonnerait-il donc à ses disciples de ne pas s’opposer au mal, de laisser faire les violents ? Comment cette vision est-elle conciliable avec l’exigence de combattre l’arrogance et le crime, et de dénoncer tout cela avec fermeté, au prix même des risques encourus ? Que dire de la « tolérance zéro », aujourd’hui invoquée par certains face à l’augmentation de la micro criminalité ?

Non seulement l’Evangile condamne cette exigence de légalité, mais elle la renforce. Il y a des situations où la charité n’exige pas de tendre l’autre joue, mais d’aller tout droit à la police pour dénoncer le fait. La règle d’or, qui vaut pour tous les cas, nous l’avons entendu, c’est de faire aux autres ce que nous voudrions qu’ils fassent pour nous. Si vous, par exemple, étiez victime d’un vol ou d’un chantage, ou que quelqu’un vous rentre dedans et emboutisse votre voiture, vous seriez certainement contents de voir que celui qui a assisté au fait est prêt à aller témoigner en votre faveur. Et bien c’est ce que l’Evangile vous demande de faire, au lieu de vous réfugier toujours derrière cette phrase: « Je n’ai rien vu, je ne sais rien ». Le crime prospère car il est couvert par la peur et le silence.

Mais prenons les paroles de l’Evangile de demain, qui sont en quelque sorte plus dangereuses : « Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés ; ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés ». Est-ce à dire que l’impunité a la voie libre ? Et que dire alors des magistrats qui font les juges à plein temps, par profession ? Que l’Evangile les condamne dès le départ ? L’Evangile n’est pas si naïf ou si irréaliste qu’on pourrait le penser à première vue. Ce qu’il nous ordonne ce n’est pas tant de bannir tout esprit de jugement de notre vie, mais plutôt de bannir de notre jugement le venin qui est en lui! C’est-à-dire, cette partie de hargne, de refus, ou de vengeance qui se mélange souvent à l’évaluation objective des faits. Le commandement de Jésus : « Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés » est immédiatement suivi, nous l’avons vu, par le commandement : « Ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés » (Lc 6, 37). La seconde phrase sert à expliquer le sens de la première.

La Parole de Dieu bannit ces jugements « sans pitié », sans miséricorde. C’est une pratique qui, avec le péché, condamne sans appel les pécheurs. A juste titre, la conscience du monde civil rejette aujourd’hui, presque à l’unanimité, la peine de mort, reconnaissant qu’il s’agit davantage d’un acte de vengeance de la part de la société, que d’un réel souci de se défendre ou d’une manifestation de dépit face au crime, auquel on pourrait d’ailleurs répondre, non moins efficacement, par d’autres types de peine. Et il n’est d’ailleurs pas rare, dans ce cas-là, qu’une personne soit exécutée à la place de celle qui a vraiment commis le crime et qui entre temps, s’est repentie et a radicalement changé !