P. Cantalamessa : Les femmes sont l’espérance d’un monde plus humain

Homélie prononcée lors de la célébration de la Passion, en la Basilique Saint-Pierre

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ROME, Vendredi 23 mars 2007 (ZENIT.org) – Pourquoi les femmes ont-elles résisté au scandale de la croix ? Pourquoi sont-elles restées proches du Christ alors que tout semblait fini et que même ses disciples les plus proches l’avaient abandonné ? Pourquoi ont-elles été les premiers témoins de la résurrection ?



Le père Raniero Cantalamessa, OFM. Cap., prédicateur de la Maison pontificale, a répondu à ces questions au cours de l’homélie qu’il a prononcée ce vendredi lors de la célébration de la Passion du Seigneur, présidée par le pape Benoît XVI, en la Basilique Saint-Pierre.

Après avoir expliqué que la présence de Marie au pied de la croix était naturelle, une mère ne pouvant abandonner son fils, le père Cantalamessa s’est interrogé : « Mais pourquoi les autres femmes étaient-elles là ? Qui étaient-elles et combien étaient-elles ? »

« Venues avec Jésus de Galilée, ces femmes l’avaient suivi, en pleurant, sur le chemin du Calvaire », a-t-il expliqué.

« Cet événement est trop marqué et trop extraordinaire pour qu’on le traite à la légère », a-t-il poursuivi.

« On les appelle, avec une certaine condescendance masculine, ‘les femmes pieuses’, mais elles sont bien plus que des ‘femmes pieuses’, ce sont des ‘Mères Courage’ ! Elles ont défié le danger de se montrer aussi ouvertement en faveur d’un condamné à mort », s’est-il exclamé.

« Il existe actuellement un débat animé sur qui a voulu la mort de Jésus : les chefs juifs ou Pilate, ou les deux. Une chose est certaine : ce sont des hommes, et non des femmes », a poursuivi le P. Cantalamessa.

« Aucune femme n’est impliquée, même indirectement, dans sa condamnation. La seule femme païenne mentionnée dans les récits, la femme de Pilate, s’est elle aussi opposée à sa condamnation. Jésus est certes mort pour les péchés des femmes également mais historiquement elles sont les seules à pouvoir dire : ‘Nous ne sommes pas responsables de ce sang’ », a affirmé le prédicateur de la Maison pontificale.

« Le fait que les auteurs et les inspirateurs des évangiles y fassent piètre figure et qu’ils attribuent un rôle merveilleux aux femmes est l’un des signes les plus sûrs de l’honnêteté et de la vraisemblance historique des évangiles, a ajouté le prédicateur capucin. Qui aurait permis que soit conservée de mémoire impérissable l’histoire honteuse de leur peur, de leur fuite, de leur reniement, aggravée encore par la confrontation avec la conduite si différente de quelques pauvres femmes ? Qui l’aurait permis, s’il n’y avait pas été conduit par la fidélité à une histoire qui semblait désormais infiniment plus grande que leur propre misère ? »

« On s’est toujours demandé pourquoi les ‘femmes pieuses’ sont les premières à voir le Ressuscité et sont chargées de l’annoncer aux apôtres. C’était le meilleur moyen de rendre la résurrection peu crédible. Le témoignage d’une femme n’avait aucun poids, a poursuivi le P. Cantalamessa en ajoutant qu’effectivement « les apôtres eux-mêmes prirent tout d’abord les paroles des femmes pour ‘du radotage’ typiquement féminin et n’y crurent pas ».

Les femmes ont été les premières à voir le Christ ressuscité « car elles avaient été les dernières à l’abandonner mort, et même après sa mort elles venaient apporter des aromates à son sépulcre », a répondu le prédicateur.

Mais « pourquoi les femmes ont-elles résisté au scandale de la croix ? Pourquoi lui sont-elles restées proches alors que tout semblait fini et que même ses disciples les plus proches l’avaient abandonné et organisaient le retour chez eux ? » s’est interrogé le P. Cantalamessa avant de redonner la réponse que Jésus avait donnée de manière anticipée « quand, répondant à Simon, il dit, en parlant de la pécheresse qui lui avait lavé et embrassé les pieds : Elle a beaucoup aimé ! »

Les femmes suivaient Jésus « pour le servir », « non dans l’espoir de faire carrière à sa suite », a-t-il expliqué.

Le P. Cantalamessa a précisé que cette présence des femmes « contient un enseignement vital pour nous aujourd’hui : notre civilisation, dominée par la technique, a besoin d’un cœur afin que l’homme puisse y survivre sans se déshumaniser totalement. »

« Il faut espérer que s’ouvre enfin pour l’humanité une ère de la femme : une ère du cœur, de la compassion », a-t-il ajouté.

La femme a elle aussi « besoin d’être sauvée par le Christ, a-t-il expliqué. Mais il est certain qu’une fois sauvée par le Christ et ‘libérée’ sur le plan humain, d’anciens assujettissements, la femme peut contribuer à sauver notre société de certains maux profondément enracinés qui la menacent : la violence, la volonté de puissance, l’aridité spirituelle, le mépris de la vie… ».

« Femmes chrétiennes, continuez à porter la bonne nouvelle aux successeurs des apôtres et à nous les prêtres, leurs collaborateurs : ‘Le Maître est vivant ! Il est ressuscité ! Il vous précède en Galilée, c’est-à-dire où que vous alliez !’…Aux côtés de toutes les femmes de bonne volonté, vous êtes l’espérance d’un monde plus humain », a conclu le prédicateur de la Maison pontificale.