P. Cantalamessa : Que font les saints au Paradis ?

Homélie du jeudi 1er novembre

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ROME, Mercredi 31 octobre 2007 (ZENIT.org) – Nous publions ci-dessous le commentaire de l’Evangile du jeudi 1er novembre, proposé par le père Raniero Cantalamessa OFM Cap, prédicateur de la Maison pontificale.

Evangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 5, 1-12a



Quand Jésus vit la foule, il gravit la montagne. Il s'assit, et ses disciples s'approchèrent.
Alors, ouvrant la bouche, il se mit à les instruire. Il disait :
« Heureux les pauvres de coeur : le Royaume des cieux est à eux !
Heureux les doux : ils obtiendront la terre promise !
Heureux ceux qui pleurent :ils seront consolés !
Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice : ils seront rassasiés !
Heureux les miséricordieux :ils obtiendront miséricorde !
Heureux les coeurs purs :ils verront Dieu !
Heureux les artisans de paix :ils seront appelés fils de Dieu !
Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice :le Royaume des cieux est à eux !
Heureux serez-vous si l'on vous insulte, si l'on vous persécute et si l'on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi.
Réjouissez-vous, soyez dans l'allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux ! C'est ainsi qu'on a persécuté les prophètes qui vous ont précédés.

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Qui sont les saints ?

Depuis longtemps les scientifiques envoient des signaux dans le cosmos, dans l’attente de réponses de la part d’êtres intelligents vivant sur une planète perdue. Depuis toujours l’Eglise dialogue avec les habitants d’un autre monde, les saints. C’est ce que nous proclamons lorsque nous disons : « Je crois à la communion des saints ». S’il existait des êtres vivants en dehors du système solaire, la communication avec eux serait impossible car entre la question et la réponse il y aurait des millions d’années. Ici en revanche la réponse est immédiate car il existe un centre de communication et de rencontre commun qui est le Christ ressuscité.

Peut-être aussi en raison du moment de l’année auquel elle a lieu, la Toussaint a quelque chose de particulier qui explique sa popularité et les nombreuses traditions qui y sont liées dans certains secteurs du christianisme. Saint Jean explique pourquoi dans la deuxième lecture : « dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons ne paraît pas encore clairement » ; nous sommes comme l’embryon dans le sein de la mère, qui aspire à naître. Les saints sont ceux qui sont « nés » (la liturgie appelle le jour de la leur mort « jour de naissance », dies natalis) ; les contempler, c’est contempler notre destin. Alors qu’autour de nous la nature se dépouille et les feuilles tombent, la fête de tous les saints nous invite à lever les yeux ; elle nous rappelle que nous ne sommes pas destinés à nous décomposer dans la terre comme les feuilles.

L’Evangile est celui des béatitudes. Le choix de ce passage a été motivé par une béatitude en particulier : « Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice : ils seront rassasiés ! ». Les saints sont ceux qui ont eu faim et soif de justice, c’est-à-dire, dans le langage biblique, de sainteté. Ils ne se sont pas résignés à la médiocrité, ils ne se sont pas contentés de demies mesures.

La première lecture de la fête de la Toussaint nous aide à comprendre qui sont les saints. Ce sont ceux qui ont « lavé leurs vêtements… dans le sang de l'Agneau ». La sainteté se reçoit du Christ ; elle ne vient pas de nous. Dans l’Ancien Testament, être saint signifiait « être séparé » de tout ce qui est impur ; dans le sens chrétien, cela signifie plutôt le contraire, c’est-à-dire « être unis », au Christ. Les saints, c’est-à-dire les sauvés, ne sont pas seulement ceux qui figurent dans le calendrier ou l’album des saints. Il y a aussi les « saints inconnus » : ceux qui ont risqué leur vie pour leurs frères, les martyrs de la justice et de la liberté, ou du devoir ; les « saints laïcs », comme quelqu’un les a appelés. Sans qu’ils le sachent, leurs vêtements ont également été lavés dans le sang de l’Agneau, s’ils ont vécu selon leur conscience et ont eu à cœur le bien de leurs frères.

Une question vient spontanément à l’esprit : « Que font les saints au paradis ? La réponse se trouve, ici encore, dans la première lecture : les sauvés adorent, jettent leurs couronnes devant le trône, et proclament : « Louange, gloire, sagesse et action de grâce… ». La véritable vocation humaine, qui est d’être la « louange de la gloire de Dieu » (cf. Ep 1, 14), se réalise en eux. Leur chœur est dirigé par Marie qui, au ciel, poursuit son cantique de louange : « Mon âme exalte le Seigneur ». C’est dans cette louange que les saints trouvent leur béatitude et leur allégresse : « Mon âme exulte en Dieu ». L’homme est ce qu’il aime et ce qu’il admire. En aimant et en louant Dieu, on s’identifie à lui, on participe à sa gloire et à son bonheur à lui.

Un jour, un saint, saint Simon le Nouveau Théologien, eut une expérience mystique de Dieu tellement forte qu’il se dit en lui-même : « Si le paradis n’est que cela, ça me suffit ! ». Mais la voix du Christ lui dit : « Tu es bien médiocre si tu te contentes de cela. La joie que tu as éprouvée, comparée à celle du paradis, est comme un ciel peint sur une toile comparé au vrai ciel ».