P. Cantalamessa : « Qui cherche Jésus sans la croix trouvera la croix sans Jésus »

Homélie du dimanche 9 septembre

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ROME, Vendredi 7 septembre 2007 (ZENIT.org) – Nous publions ci-dessous le commentaire de l’Evangile du dimanche 9 septembre, proposé par le père Raniero Cantalamessa OFM Cap, prédicateur de la Maison pontificale.



Evangile de Jésus Christ selon saint Luc 14, 25-33
De grandes foules faisaient route avec Jésus ; il se retourna et leur dit : « Si quelqu'un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et soeurs, et même à sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple. Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher derrière moi ne peut pas être mon disciple. Quel est celui d'entre vous qui veut bâtir une tour, et qui ne commence pas par s'asseoir pour calculer la dépense et voir s'il a de quoi aller jusqu'au bout ?
Car, s'il pose les fondations et ne peut pas achever, tous ceux qui le verront se moqueront de lui :
'Voilà un homme qui commence à bâtir et qui ne peut pas achever !' Et quel est le roi qui part en guerre contre un autre roi, et qui ne commence pas par s'asseoir pour voir s'il peut, avec dix mille hommes, affronter l'autre qui vient l'attaquer avec vingt mille ? S'il ne le peut pas, il envoie, pendant que l'autre est encore loin, une délégation pour demander la paix.
De même, celui d'entre vous qui ne renonce pas à tout ce qui lui appartient ne peut pas être mon disciple.

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Si quelqu’un vient à moi…

L’Evangile de ce dimanche est l’un de ceux que l’on aurait la tentation d’atténuer et d’adoucir comme un discours trop dur pour les oreilles des hommes d’aujourd’hui : « Si quelqu'un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère… ». Précisons tout de suite une chose : l’Evangile est certes parfois provocateur, mais il n’est jamais contradictoire. Un peu plus loin, toujours dans l’Evangile de Luc, Jésus rappelle avec force le devoir d’honorer son père et sa mère (cf. Lc 18, 20) et, à propos des maris et de leurs femmes, il dit qu’ils doivent être une seul chair et que l’homme n’a pas le droit de séparer ce que Dieu a uni. Comment peut-il donc maintenant nous dire de « haïr » (1) notre père, notre mère, notre femme, nos enfants et nos frères et sœurs ?

Il faut se souvenir d’une chose. Le comparatif de supériorité et d’infériorité n’existe pas en hébreu (aimer une chose plus qu’une autre) ; l’hébreu simplifie et réduit tout au fait d’aimer ou de haïr. La phrase : « Si quelqu’un vient à moi sans haïr son père, sa mère… », doit donc être comprise dans le sens : « Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père et à sa mère… ». Il suffit, pour le comprendre, de lire le même passage dans l’Evangile de Matthieu qui dit : « Qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi » (Mt 10. 37).

Ce serait une grossière erreur de penser que cet amour pour le Christ entre en concurrence avec les différents amours humains : pour les parents, le conjoint, les enfants et les frères et sœurs. Le Christ n’est un « rival en amour » de personne et n’est jaloux de personne. Dans l’œuvre de Paul Claudel « Le soulier de satin », le personnage principal, fervente chrétienne mais également follement amoureuse de Rodrigue, s’exclame, comme si elle n’osait pas y croire : cet amour des créatures les unes pour les autres est donc permis ? Vraiment, Dieu n’est pas jaloux ? Et son ange gardien lui répond : Comment pourrait-il être jaloux de ce qu’il a fait lui-même ? (cf. acte III, scène 8).

L’amour pour le Christ n’exclut pas les autres amours mais les ordonne. C’est même l’amour dans lequel tout amour authentique trouve son fondement et son appui ainsi que la grâce nécessaire pour aller jusqu’au bout. Ceci est le sens de la « grâce d’état » que le sacrement du mariage confère aux conjoints chrétiens. Il assure que, dans leur amour, ils seront soutenus et guidés par l’amour que le Christ a eu pour son épouse, l’Eglise.

Jésus ne suscite d’illusions chez personne mais ne déçoit pas non plus ; il demande tout parce qu’il veut tout donner ; en réalité, il a tout donné. On pourrait se demander : mais de quel droit cet homme, qui a vécu il y a vingt siècles dans un endroit inconnu du monde, demande-t-il à tous cet amour absolu ? Il n’est pas nécessaire de remonter bien loin pour trouver la réponse. Elle se trouve dans sa vie terrestre que nous connaissons grâce à l’histoire : il a lui, le premier, tout donné pour l’homme. « Il nous a aimés et s’est livré pour nous » (cf. Ep 5, 2).

Dans notre Evangile, Jésus nous rappelle également quel est le banc d’essai et le signe de l’amour authentique pour lui : « prendre sa croix sur soi ». Prendre sa croix ne signifie pas partir à la recherche de souffrances. Jésus n’est pas non plus allé chercher sa croix ; il l’a prise sur lui, en obéissance à la volonté du Père, celle que les hommes lui mettaient sur les épaules et par son amour obéissant il a fait de cet instrument de supplice un signe de rédemption et de gloire. Jésus n’est pas venu augmenter les croix humaines mais leur donner un sens. Il a été dit très justement que « qui cherche Jésus sans la croix trouvera la croix sans Jésus », c’est-à-dire qu’il trouvera également la croix mais sans la force pour la porter.

(1) Ndlr : Ce terme n’est pas utilisé dans la traduction liturgique. Il est utilisé dans la Bible de Jérusalem et également dans la traduction italienne à laquelle se réfère le P. Cantalamessa