P. Cantalamessa : Seul le Christ peut nous rendre capables de nous aimer les uns les autres

Evangile du Dimanche 6 mai

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ROME, Vendredi 4 mai 2007 (ZENIT.org) – Nous publions ci-dessous le commentaire de l’Evangile du Dimanche 6 mai, proposé par le père Raniero Cantalamessa OFM Cap, prédicateur de la Maison pontificale.



Evangile de Jésus Christ selon saint Jean 13, 31-35

Quand il fut sorti, Jésus déclara : « Maintenant le Fils de l'homme est glorifié, et Dieu est glorifié en lui. Si Dieu est glorifié en lui, Dieu en retour lui donnera sa propre gloire ; et il la lui donnera bientôt.
Mes petits enfants, je suis encore avec vous, mais pour peu de temps, et vous me chercherez. J'ai dit aux Juifs : Là où je m'en vais, vous ne pouvez pas y aller. Je vous le dis maintenant à vous aussi. Je vous donne un commandement nouveau : c'est de vous aimer les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres. Ce qui montrera à tous les hommes que vous êtes mes disciples, c'est l'amour que vous aurez les uns pour les autres. »

© AELF


Un commandement nouveau

Il y a un mot qui revient à plusieurs reprises dans les lectures de ce Dimanche. On parle d’un « ciel nouveau » et d’une « terre nouvelle », de la « nouvelle Jérusalem », de Dieu qui fait « toutes choses nouvelles » et enfin, dans l’Evangile, du « commandement nouveau » : « Je vous donne un commandement nouveau : (…) comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres ».

Les mots « nouveau », « nouveauté » appartiennent à ce petit nombre de mots « magiques » qui évoquent toujours et uniquement un sens positif. Flambant neuf, un vêtement neuf, une vie nouvelle, un jour nouveau, une année nouvelle. Ce qui est nouveau devient une « nouvelle ». Ils sont synonymes. « Nouvelle » comme adjectif, signifie une chose nouvelle et comme substantif, une information. L’Evangile est appelé « bonne nouvelle » précisément parce qu’il contient la nouveauté par excellence.

Pourquoi ce qui est nouveau nous plaît tant ? Pas seulement parce que ce qui est nouveau, qui n’a pas été utilisé (par exemple une automobile), en général fonctionne mieux. Si ce n’était que pour cette raison, pourquoi accueillerions-nous l’année nouvelle, le jour nouveau, avec tant de joie ? La raison profonde est que la nouveauté, ce que l’on ne connaît pas encore et que l’on n’a pas expérimenté, laisse davantage de place à l’attente, à la surprise, à l’espérance, au rêve. Et le bonheur est précisément engendré par tout cela. Si nous étions certains que la nouvelle année nous réserverait exactement les mêmes choses que la précédente, ni plus, ni moins, elle ne nous plairait plus.

Nouveau ne s’oppose pas à « ancien » mais à « vieux ». « Ancien », « antiquité », « antiquaire » ont en effet une connotation positive. Quelle est la différence ? Est « vieux » ce qui se détériore avec le temps et perd de sa valeur ; est « ancien » ce qui avec le temps s’améliore et acquiert de la valeur. C’est pour cette raison que l’on essaie aujourd’hui d’éviter l’expression « Vieux Testament » et que l’on préfère parler d’ « Ancien Testament ».

Cela dit, passons maintenant à la parole de l’Evangile. Une question vient immédiatement à l’esprit : comment se fait-il que l’on qualifie de « nouveau » un commandement qui était connu depuis l’Ancien Testament (cf. Lv 19, 18) ? Ici, la distinction entre vieux et ancien est à nouveau utile. « Nouveau » ne s’oppose pas, dans ce cas, à « ancien » mais à « vieux ». L’évangéliste Jean lui-même écrit dans un autre passage : « Mes bien aimés, ce que je vous écris n'est pas un commandement nouveau, mais un commandement ancien… Et pourtant, ce commandement que je vous écris est nouveau » (1Jn 2, 7-8). Alors, c’est un commandement nouveau ou un commandement ancien ? L’un et l’autre. Ancien selon l’écriture car il avait été donné depuis longtemps ; nouveau selon l’Esprit, car la force de le mettre en pratique n’est donnée qu’avec le Christ. Nouveau ne s’oppose pas, ici, je le disais, à ancien mais à vieux. Le commandement d’aimer son prochain « comme soi-même » était devenu un commandement « vieux » c’est-à-dire faible et usé, à force d’être transgressé, car la Loi imposait certes l’obligation d’aimer, mais elle ne donnait pas la force pour le faire.

Pour cela, il fallait la grâce. Et en réalité, le commandement de l’amour n’est pas devenu, en soi, un commandement nouveau lorsque Jésus l’a formulé, durant sa vie, mais lorsque, mourant sur la croix et nous donnant l’Esprit Saint, il nous rend de fait capables de nous aimer les uns les autres, infusant en nous l’amour qu’il a lui-même pour chacun de nous.

Le commandement de Jésus est un commandement nouveau au sens actif et dynamique : parce qu’il « renouvelle », rend nouveau, transforme tout. « C’est cet amour qui nous renouvelle, faisant de nous des hommes nouveaux, héritiers du nouveau Testament, qui chantent le cantique nouveau » (St Augustin). Si l’amour parlait, il pourrait faire siennes les paroles que Dieu prononce dans la deuxième lecture d’aujourd’hui : « Voici que je fais toutes choses nouvelles ».