P. Cantalamessa : Si le Christ est mort pour « mes » péchés, c’est moi qui ai tué le Christ

Troisième prédication de Carême au Vatican

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ROME, Vendredi 7 avril 2006 (ZENIT.org) – Dans cette troisième prédication de carême, proposée ce vendredi matin au pape et à la curie romaine, le père Raniero Cantalamessa, OFM Cap, prédicateur de la Maison pontificale, invite dans un premier temps à « contempler » la passion, puis à réfléchir à « notre réponse » à la passion du Christ.



Invitant à contempler la passion, le prédicateur évoque la « fascination » exercée par le Saint-Suaire. Indépendamment de son « authenticité », le père Cantalamessa affirme qu’il s’agit « de la représentation la plus solennelle et la plus sublime de la mort que l’œil humain ait jamais contemplée ».

« Ce corps est séparé de l’âme mais pas de la divinité. Quelque chose de divin se reflète sur le visage martyrisé mais empreint de majesté du Christ du Saint-Suaire », déclare-t-il.

Poursuivant la « contemplation » de la passion, le père Cantalamessa explique en quoi consiste la passion du corps du Christ puis la passion de son âme.

Après avoir décrit le « supplice » de la crucifixion, il déclare : « Mais la passion de l’âme du Christ fut bien plus profonde et bien plus douloureuse que la passion de son corps ».

Il indique trois causes principales de la passion de l’âme du Christ : la solitude, le mépris et l’humiliation, le fait de devenir « péché ».

Le Christ fait d’abord l’expérience de la solitude. Tous l’abandonnent : la foule, les disciples et enfin « son Père lui-même ». « La solitude atteint son paroxysme sur la croix lorsque Jésus, dans son humanité, se sent abandonné, y compris par le Père : ‘Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné’ », poursuit le prédicateur capucin.

« Il est devenu l’athée, le sans Dieu, afin que les hommes puissent revenir à Dieu. Il existe en effet un athéisme actif, coupable, qui consiste à refuser Dieu et un athéisme passif, de souffrance et d’expiation, qui consiste à être rejeté, ou à se sentir rejeté par Dieu », ajoute-t-il.

« L’humiliation et le mépris constituent un autre aspect de la Passion intérieure du Christ », explique le père Cantalamessa. « Mais la passion de l’âme du Sauveur a une cause encore plus profonde que la solitude et l’humiliation ».

En effet « Jésus à Gethsémani est l’impiété, toute l’impiété du monde. Il est, écrit l’Apôtre, l’homme qui a été « fait péché ». C’est contre lui que ‘se révèle’ la colère de Dieu. L’attraction infinie qui existe depuis toute éternité entre le Père et le Fils est traversée à présent par une répulsion tout aussi infinie entre la sainteté de Dieu et la malice du péché, et cela signifie ‘boire la coupe’ ».

Après avoir contemplé la passion, le prédicateur invite à réfléchir à la « réponse » que nous donnons à la passion.

Rappelant que Jésus a été mis à mort, « pour nos péchés », selon les paroles de saint Paul, il déclare : « Judas qui trahit, Pierre qui renie, la foule qui crie « Barabbas et non celui-là ! », c’est moi. Chaque fois que j’ai préféré ma satisfaction, ma commodité, mon honneur à celui du Christ, cela s’est réalisé ».

Le père Cantalamessa poursuit en expliquant que « le fruit de la méditation de la passion » est une conversion, un « changement de cœur ». Le point de départ de la conversion est, pour l’Ecriture « celui de la dureté de cœur », du « cœur de pierre », c’est-à-dire « le refus de se soumettre à Dieu, de l’aimer de tout son cœur, d’obéir à sa loi », et le point d’arrivée de la conversion, l’image « du cœur contrit, blessé, déchiré, circoncis, du cœur de chair, du cœur nouveau ».

Le prédicateur explique ensuite « comment s’opère ce changement du cœur » : le Christ se tient à la porte et frappe.

S’il s’agit de la « première conversion, de l’incrédulité à la foi, ou du péché à la grâce, le Christ est dehors et frappe sur les parois du cœur pour entrer ; lorsqu’il s’agit de conversions successives, d’un état de grâce à un autre plus élevé, de la tiédeur à la ferveur, c’est le contraire qui se produit : le Christ est à l’intérieur et frappe sur les parois du cœur pour sortir ! », affirme-t-il.

Expliquant la deuxième situation, il déclare : « Dans la plupart des âmes engagées sur un chemin spirituel, le Christ n’est pas emprisonné dans une cuirasse, mais est en quelque sorte en liberté surveillée. Il est libre de se déplacer mais dans des limites bien précises. Cela se produit lorsque, de manière tacite, on lui fait comprendre ce qu’il peut nous demander et ce qu’il ne peut pas nous demander. La prière oui, mais pas jusqu’à compromettre le sommeil, le repos, l’information saine… ; obéissance oui mais qu’il n’abuse pas de notre disponibilité ; chasteté oui mais pas jusqu’à nous priver de quelque spectacle de détente, même s’il est un peu poussé… En somme, l’utilisation de demi-mesures ».

Le père Cantalamessa cite un exemple de cette conversion, la conversion de la « tiédeur à la ferveur » : celui de sainte Thérèse d’Avila qui tentait de « concilier ces deux ennemis si opposés : la vie de l’esprit avec les goûts et les passe-temps des sens ».

« Ce fut précisément la contemplation de la Passion qui donna à Thérèse l’élan décisif pour changer », raconte le prédicateur.

Sainte Thérèse a un jour découvert une statue qui venait d’être déposée dans l’oratoire : « Elle représentait notre Seigneur recouvert de plaies, tellement vraie, que lorsque je la vis je fus bouleversée car elle représentait combien il avait souffert pour nous, raconte sainte Thérèse : j’éprouvai une telle douleur à la pensée de l’ingratitude avec laquelle je répondais à ces plaies, que mon cœur s’est comme brisé ».

Le prédicateur de la Maison pontificale conclut par cette exhortation : « Au moment où de toutes parts on fait pression pour enlever le crucifix dans les salles et les lieux publics, nous chrétiens devons le fixer plus que jamais sur les parois de notre cœur ».