P. Cantalamessa : Vaincre le mal par le bien

Méditation de l’Evangile du dimanche 22 octobre

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ROME, Vendredi 20 octobre 2006 (ZENIT.org) – Nous publions ci-dessous le commentaire de l’Evangile de ce dimanche, proposé par le père Raniero Cantalamessa OFM Cap, prédicateur de la Maison pontificale.



Evangile de Jésus Christ selon saint Marc 10, 35-45

Jacques et Jean, les fils de Zébédée, s'approchent de Jésus et lui disent : « Maître, nous voudrions que tu exauces notre demande. » Il leur dit : « Que voudriez-vous que je fasse pour vous ? » Ils lui répondirent : « Accorde-nous de siéger, l'un à ta droite et l'autre à ta gauche, dans ta gloire. » Jésus leur dit : « Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire à la coupe que je vais boire, recevoir le baptême dans lequel je vais être plongé ? » Ils lui disaient : « Nous le pouvons. » Il répond : « La coupe que je vais boire, vous y boirez ; et le baptême dans lequel je vais être plongé, vous le recevrez. Quant à siéger à ma droite ou à ma gauche, il ne m'appartient pas de l'accorder, il y a ceux pour qui ces places sont préparées. »
Les dix autres avaient entendu, et ils s'indignaient contre Jacques et Jean. Jésus les appelle et leur dit : « Vous le savez : ceux que l'on regarde comme chefs des nations païennes commandent en maîtres ; les grands leur font sentir leur pouvoir. Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi. Celui qui veut devenir grand sera votre serviteur. Celui qui veut être le premier sera l'esclave de tous : car le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude. »

© AELF


Les grands exercent le pouvoir

« Jésus les appelle et leur dit : ‘Vous le savez : ceux que l'on regarde comme chefs des nations païennes commandent en maîtres ; les grands leur font sentir leur pouvoir. Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi. Celui qui veut devenir grand sera votre serviteur. Celui qui veut être le premier sera l'esclave de tous’ ». Après le jugement sur l’argent, l’évangile de ce dimanche nous fait connaître le jugement du Christ sur une autre des grandes idoles du monde : le pouvoir. Le pouvoir, pas plus que l’argent, n’est pas non plus intrinsèquement mauvais. Dieu est lui-même défini comme « le Tout-puissant » et les Ecritures disent que « la force est à Dieu » (Ps 62, 12).

Cependant, l’homme ayant abusé du pouvoir qui lui avait été accordé, le transformant en domination du plus fort et en oppression du faible, qu’a fait Dieu ? Pour nous donner l’exemple, il s’est dépouillé de sa toute-puissance : le « tout-puissant » s’est fait « impuissant ». « Il s’est dépouillé, prenant la condition d’esclave » (Ph 2, 7). Il a transformé la puissance en service. La première lecture du jour contient une description prophétique de ce sauveur « impuissant » : « Comme un surgeon il a grandi devant lui, comme une racine en terre aride. Objet de mépris, abandonné des hommes, homme de douleur, familier de la souffrance ».

Une nouvelle puissance est ainsi révélée, celle de la croix. « Ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre les sages » (1 Co 1, 27). Dans le Magnificat Marie chante de manière anticipée cette révolution silencieuse opérée par la venue du Christ : « Il a renversé les puissants de leurs trônes » (Lc 1, 52).

Qui est accusé par cette dénonciation du pouvoir ? Uniquement les tyrans et les dictateurs ? Si seulement il en était ainsi ! Dans ce cas, il s’agirait d’exceptions. En revanche, cela nous concerne tous. Le pouvoir a des ramifications infinies, il s’insère partout, comme le sable du Sahara lorsque souffle le sirocco. Dans l’Eglise également. La question du pouvoir ne se pose donc pas seulement pour le monde politique. Si nous nous arrêtons ici, nous ne faisons que nous unir à la foule de ceux qui sont toujours prêts à frapper la poitrine… des autres, en signe de repentir pour leurs propres fautes. Il est facile de dénoncer les fautes collectives, ou du passé ; plus difficile de dénoncer les fautes personnelles ou du présent.

Marie affirme que Dieu : « Déployant la force de son bras, il disperse les superbes, il renverse les puissants de leurs trônes Lc 1, 51 s.). Elle indique de manière implicite un domaine précis dans lequel il faut commencer à combattre la « volonté de puissance », le domaine du cœur. Notre intelligence (« les pensées du cœur ») peut devenir une sorte de trône sur lequel nous siégeons, pour dicter des lois et foudroyer ceux qui ne s’y soumettent pas. Nous sommes – sur le plan des désirs au moins, sinon dans les faits – des « puissants sur des trônes ». Dans la famille elle-même, il peut arriver malheureusement que notre volonté innée de domination et de répression se manifeste, provoquant des souffrances continues à ceux qui en sont victimes ; souvent (mais pas toujours), la femme.

Qu’oppose l’Evangile, au pouvoir ? Le service ! Un pouvoir pour les autres et non pas sur les autres. Le pouvoir confère une autorité, mais le service confère quelque chose de plus, l’autorité dans le sens de poids, qui signifie respect, estime, ascendant réel sur les autres. Au pouvoir, l’Evangile oppose également la non-violence, c’est-à-dire un pouvoir d’un autre type, un pouvoir moral et non physique. Jésus disait qu’il aurait pu demander au Père douze légions d’anges pour mettre en déroute les ennemis qui s’apprêtaient à venir le crucifier (Mt 26, 53), mais il préféra prier pour eux. Et c’est ainsi qu’il remporta sa victoire.

Toutefois, le service ne s’exprime pas toujours et uniquement par le silence et la soumission au pouvoir. Il peut parfois inciter à élever courageusement la voix contre le pouvoir et contre ses abus. C’est ce qu’a fait Jésus. Il a fait l’expérience au cours de sa vie, de l’abus du pouvoir politique et religieux de l’époque. Pour cette raison, il est proche de tous ceux qui, dans n’importe quel milieu (dans la famille, la communauté, la société civile) font personnellement l’expérience d’un pouvoir mauvais et tyrannique. Avec son aide, il est possible, comme il l’a fait lui-même, de ne pas « succomber au mal » et même de vaincre « le mal par le bien » (Rm 12, 21).