Pakistan: 200 musulmanes à l'école catholique de Swat

L'instruction, une garantie pour le pays

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Traduction d’Océane Le Gall

ROME, lundi 12 novembre 2012 (ZENIT.org) –  L’école catholique des sœurs de la présentation à Sangatte, dans le cœur de la Vallée de Swat, forcée à fermer ses portes en 2009 après plusieurs actions des talibans (en 2007 et 2009) qui dominaient le territoire, accueille aujourd’hui 200 jeunes musulmanes, rapporte l’agence vaticane Fides.

L’institut, né en 1962, «  a rouvert depuis quelques mois et les travaux de reconstruction sont en bonne voie », rapporte à sœur Riffat Sadiq, ancienne directrice de l’école, à l’occasion de la Journée de soutien organisée au Pakistan pour la jeune militante de 14 ans, Malala Yousafzai, qui a survécu à un attentat perpétré contre elle le mois dernier par les talibans.

Durant la campagne contre l’instruction des femmes, des groupes de talibans avaient en effet obligé plus de 400 écoles à fermer et en avaient détruit ou endommagé plus de 150 autres dont l’institut de Sangatte. Au printemps 2012, l’école des sœurs d’origine irlandaise a rouvert ses portes et en quelques mois les inscriptions sont montées à 200.

La religieuse explique qu’avant sa fermeture forcée l’école accueillait un millier d’élèves. Un chiffre qu’elle espère à nouveau atteindre dès que d’autres salles de cours seront finies.

La quasi totalité des élèves sont musulmanes, issues de familles tribales et très pauvres, et  selon elle, la population locale est heureuse, les soutient et les encourage dans leurs efforts.

L’instruction, cœur et charisme de la mission des sœurs de la Présentation, précise encore Sœur Riffat Sadiq, « est fondamentale pour la croissance et le développement du pays ».

Les religieuses de la Présentation sont présentes sur le subcontinent indien depuis plus de 100 ans, où elles gèrent 9 écoles dans trois provinces du Pakistan (Sindh, Punjab, Khyber-Pakhtunkhwa), garantissant une instruction à plus de 7.000 filles, dont une majorité de musulmanes.

Quant à la journée de soutien pour Malala, célébrée dans tout le Pakistan, elle a réunie le gouvernement pakistanais, les Eglises et les minorités civiles, la société civile et tout la nation, rapporte toujours l’agence fides.

A cette occasion, le gouvernement  a annoncé le lancement d’un nouveau programme d’alphabétisation pour une durée de 4 ans, devant toucher plus de trois millions d‘enfants de familles pauvres, dans des zones reculées ou défavorisées.

« Le Pakistan ne permettra pas aux radicaux d’imposer leurs plans. Malala Yusufzai est le visage modéré, moderne, et pluriel du Pakistan », a déclaré le premier ministre Raja Pervez Ashraf, disant de la jeune fille qu’elle était « la voix qui a défendu l’instruction féminine, un droit garanti dans la Constitution ».

Paul Bhatti, le ministre fédéral pour l’harmonie, interpellé lui aussi par l’organe d’information des œuvres pontificales missionnaires, a reconnu que la jeune Malala « laissera un signe important dans l’histoire du Pakistan »,  précisant que celle-ci s’élevait contre l’injustice et l’extrémisme dans la société depuis l’âge de 9 ans.

Aujourd’hui, a-t-il dit, « toute la société pakistanaise a pris conscience de l’urgence de combattre le terrorisme et l’extrémisme, et de garantir les droits des femmes ».

Le gouvernement, a-t-il ajouté, envisage aussi de « changer la définition même du nom des « talibans » (qui signifie étudiants),  ces derniers n’étant que des criminels et certainement pas des étudiants ».

« Espérons que le programme d’instruction féminine à peine commencé puisse avoir des effets positifs, quand bien même avons-nous à combattre une mentalité enracinée dans les familles, qui n’envoient pas leurs enfants à l’école ».

« L’affaire Malala et la mobilisation actuelle, a conclu le ministre, montre à la communauté internationale que dans la société du Pakistan règne l’espérance de construire et de protéger le pluralisme et le respect de la dignité humaine ».