Pakistan : Des groupes terroristes somment d’éliminer le ministre Bhatti

Il est accusé de vouloir réviser la loi sur le blasphème

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ROME, Lundi 6 décembre 2010 (ZENIT.org) - L'organisation terroriste islamique « Lashkare-Toiba », l'une des plus importante d'Asie du Sud, et d'autres groupes talibans ont lancé une proclamation officielle (une sorte de fatwa) contre le ministre chargé des Minorités religieuses, le catholique Shabhaz Bhatti, a rapporté l'agence Fides, le 4 décembre.

Comme l'indiquent des sources fiables de Fides au Pakistan, le ministre est désormais dans le collimateur des militants : il devient un « objectif légitime » et « doit être tué en tant que complice de blasphème ». La proclamation serait motivée par l'engagement de Bhatti en faveur de la révision de la loi sur le blasphème.

Le ministre avait déjà reçu des avertissements et des menaces : l'organisation radicale « Majlis Ahrar-e-Islam », ces derniers jours, lui avait intimé l'ordre de « fermer sa bouche et de ne pas critiquer la loi sur le blasphème ». Voici quelques mois, le chef religieux Ahmed Mian Hammadi l'avait accusé de blasphème, le menaçant de « décapitation ». La position du Ministre sur le cas d'Asia Bibi et son effort concret afin de faire aboutir un projet de révision de la loi ont provoqué, dans un climat d'intolérance croissante, la nouvelle fatwa de groupes terroristes de la galaxie des talibans.

Mehdi Hasan, Président de la « Commission pour les Droits de l'Homme du Pakistan » commente pour Fides : « Nous condamnons ces proclamations irresponsables des groupes extrémistes et nous exprimons notre solidarité au ministre Bhatti. Nous sommes dans une situation de polarisation et d'intolérance croissantes. Mais certains partis politiques cherchent à exploiter le soutien des groupes militants islamiques. Il est du devoir du gouvernement d'arrêter les terroristes mais le gouvernement fait lui aussi objet de pressions ».

« La situation sociale prend un vilain pli et la tension s'accroît. Les pressions des groupes fondamentalistes se font plus fortes et les manifestations se succèdent. Nous sommes préoccupés du fait de possibles violences pouvant intéresser les leaders chrétiens et les lieux de culte » indique une source de la communauté chrétienne à Fides.

Hier, des groupes islamiques radicaux ont manifesté à Quetta et à Lahore, demandant le namuus-e-risalaat, ce qu'il est convenu d'appeler le « respect du prophète ». Le mullah Yousaf Qureshi, de la mosquée Masjid Mohabaat Khan de Peshawar, a mis une récompense de 500.000 roupies sur la tête d'Asia Bibi, sommant le gouvernement de ne tenter aucune manœuvre concernant la modification de la loi sur le blasphème. Pour demain 5 décembre, se prépare une autre manifestation à Islamabad afin de faire pression sur les institutions politiques et judiciaires : le 6 décembre en effet, la Haute Cour de Lahore devrait se prononcer sur la pétition qui voudrait empêcher le Président de concéder la grâce et annoncer la date de la première audience pour le procès en appel d'Asia Bibi.

Entre temps, se poursuit le travail de sélection visant à la formation de la Commission qui, à la demande du Président Zardari et sous la conduite du ministre Bhatti, devra étudier les modifications opportunes à apporter à la loi sur le blasphème. La Commission comprendra des leaders politiques, des chercheurs et des religieux islamiques ainsi que des représentants de la société civile et devra rédiger une proposition de révision afin de prévenir les abus résultant de l'application de cette norme.

Voir aussi une interview du ministre Bhatti à Fides.