Pakistan : Discrimination des minorités religieuses lors des inondations

Protestation des catholiques

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ROME, Vendredi 30 septembre 2011 (ZENIT.org) – Au Pakistan, l’Eglise « dénonce la discrimination dont sont victimes les minorités religieuses touchées par les inondations », rapporte « Eglises d’Asie », l’agence des Missions étrangères de Paris, dans une dépêche, que nous rapportons intégralement au lendemain de l’intervention du Saint-Siège à l’ONU en particulier sur la liberté religieuse (cf. Zenit du 28 septembre 2011).

Dans la province du Sindh, au Sud du Pakistan, qui a été la plus touchée par les pluies de mousson torrentielles et les inondations qui ont suivi, l’ONU avance un bilan de près de 400 morts, plus d’1,8 million de déplacés et d'au moins 665.000 maisons détruites. Dans tous les districts de la province, encore sous les eaux, la presque totalité des récoltes est perdue.

Dès le début de la catastrophe, la Caritas Pakistan, qui lors des inondations de 2010 était venue en aide à plus de 50.000 familles du Sindh, a mis en place les secours, distribué des colis alimentaires, des médicaments, des purificateurs d’eau et des tentes. Ce sont ces intervenants sur le terrain qui les premiers, ont rendu compte des discriminations touchant les minorités religieuses et les dalits (ex-intouchables) dont ils avaient été témoins.

Vers la mi-septembre, le diocèse d’Hyderabad et des organisations humanitaires ont décidé de lancer un appel à la communauté internationale. Dans leurs communiqués, ils ont dénoncé l’impossibilité d’accéder à l’aide humanitaire pour les minorités hindoues, chrétiennes, ahmadi, en particulier si elles appartenaient aux Scheduled Castes (SC) ou Scheduled Tribes (ST) et donc étaient considérées comme des dalits (1). Exclues des camps de réfugiés, oubliées des distributions alimentaires, elles ne recevaient même pas les aides qui leur étaient destinées, celles-ci étant systématiquement détournées par l’administration de la province, une pratique que l’Eglise avait déjà vigoureusement dénoncée lors des inondations de 2010 (2).

Le P. Samson Shukardin, vicaire général du diocèse d’Hyderabad et directeur diocésain de la commission Justice et Paix a témoigné auprès de l’agence Fides : « Tout le diocèse est touché et toutes les paroisses ont demandé de l’aide. Les évacués sont principalement des hindous mais il y a également des milliers de familles chrétiennes et musulmanes (...) Mais ce sont les populations tribales, présentes dans la moitié des paroisses, qui sont victimes de la plus grande discrimination ». Et le prêtre de citer comme exemple les chrétiens de l’ethnie aborigène parkari qui ont été chassés des camps de réfugiés du gouvernement dans le district de Badin, aussi bien en raison de leur religion que de leur statut de Scheduled Tribes (SC)  qui fait d’eux des intouchables.

Le district de Badin est l’un de ceux qui a été le plus affecté par la catastrophe. Dans cette région où 20 % des victimes sont des hindous aborigènes ou dalits, leur exclusion de l'aide humanitaire est visible : aucun d'eux n'a pu pénétrer dans l'un des 278 camps mis en place par les autorités, toute distribution d’eau et de nourriture leur a été refusée et ils ont dû s’installer sur le bord des routes, sans jamais avoir reçu aucun des secours d’urgence envoyés par des ONG hindoues, qui ont été confisqués dès leur arrivée dans le district par les forces de police.

La communauté ahmadi, considérée comme hérétique au Pakistan et régulièrement discriminée à ce titre, dénonce les mêmes exactions : « Les villages ahmadi inondés ont été délibérément ignorés et leurs habitants refoulés des camps de réfugiés du gouvernement. Nous avons dû louer nous même plusieurs bateaux pour sauver environ 370 Ahmadi et d’autres personnes piégées par les flots », a raconté Saleem-ud-din, l’un des responsables de la communauté ahmadi, à l’agence Ucanews le 27 septembre dernier.

Suite à la révélation par différents médias ces derniers jours, du traitement réservé aux dalits et minorités religieuses par les autorités du Sindh, ainsi qu'aux déclarations des leaders religieux et de plusieurs ONG demandant au gouvernement de faire cesser cette discrimination mettant en danger la vie de milliers de personnes, le président pakistanais Asif Ali Zardari a demandé un rapport au gouverneur de la province. « La discrimination basée sur la caste, la croyance ou la religion dans le cadre d’opérations de secours, d’aide ou de réhabilitation est inacceptable. Il s'agit d'une catastrophe humanitaire qui demande une réponse en dehors de toute considération partisane ou religieuse » a déclaré le porte-parole du président pakistanais.

(1) L’une des particularités de l’islam au Pakistan est son adaptation au sein de son organisation sociale et religieuse, du système hindou des castes. Les Scheduled Castes (dalits) et les Schedules Tribes ( peuples aborigènes), désignent des hors-castes, exclus en raison de l’impureté qui leur est attachée traditionnellement. En Inde ces catégories permettent de bénéficier d'une politique de discrimination positive ( quotas au sein de la fonction publique ou de l’enseignement,  possibilité de se présenter aux élections, etc.), ce qui n'est pas le cas au Pakistan. Sur les 3 millions d’hindous que compte le Pakistan, 2,5 millions sont des dalits, les membres appartenant aux hautes castes ayant migré en Inde lors de la partition de 1947.

(2) Voir EDA 537 : http://eglasie.mepasie.org/asie-du-sud/pakistan/de-fausses-ong-profitent-des-souffrances-des-chretiens-en-detournant-les-dons-pour-les-refugies?SearchableText